Vincent Van Gogh / Antonin Artaud

VAN GOGH autoportrait 1889Van Gogh – autoportrait – 1889

Une exposition audacieuse au Musée d’Orsay, nous offre en parallèle la parole et la peinture: les mots d’Antonin Artaud et les tableaux de Vincent Van Gogh.
Les mots sont puissants, corrosifs à l’image de son auteur tourmenté, animé d’amertume et de désespoir. Les tableaux expriment une intensité extrême dans la couleur et le mouvement qui animent les paysages autant que les humains.
En tant que visiteuse lambda, je dirai très modestement que cette exposition exceptionnelle, d’une richesse inouïe a occasionné pour certains visiteurs semble-t-il, de la surprise et même du désarroi. La tentation numéro un étant sans doute de se précipiter pour voir les tableaux, le nom de Van Gogh opérant sa magie. En effet, le visiteur non préparé pénètre dans la folie d’un auteur remarquable, Antonin Artaud, mais folie tout de même. C’est peut-être là que se situe la trame subtile qui interpelle chacun.
Antonin Artaud (1896-1948), écrivain, dessinateur, poète, homme de théâtre, fondateur du « théâtre de la cruauté », était peu motivé semble-t-il par les tableaux de Van Gogh. Mais voilà! Dans un article, il est décrété que Van Gogh est malade mental (ce qui est la vérité) mais pire encore, que sa folie est « du type dégénéré »!

ARTAUD Antonin portraitAntonin Artaud – Portrait –

Antonin Artaud réagit. Lui qui souffre de troubles neuropsychiatriques, qui a testé des drogues hallucinogènes, qui a subi des dizaines d’électrochocs et neuf années d’internement, lui qui est d’abord un créateur va écrire « Van Gogh, le suicidé de la société ». Le voilà défenseur de la folie et du génie.
Selon ses termes, « Il y a dans tout dément un génie incompris dont l’idée qui luisait dans sa tête fit peur ». Sans vouloir faire la psychanalyse d’Antonin Artaud, cela ressemble quand même un petit peu à une projection personnelle. Allons voir du côté de son écriture.

ARTAUD Antonin détailÉcriture d’Antonin Artaud

Le graphisme est incliné avec des mouvements amples, des finales de mots contenues ou lancées voire disproportionnées, une pression très irrégulière tantôt très appuyée comme dans « que » ligne 4 ou au contraire variable au sein d’une même lettre « q » de « qui » ligne 1. Ceci nous indique un élan puissant imprévisible, une alternance d’intériorité et d’expression de soi brusque, avec des colères et des attitudes de provocations excessives, démesurées (voir le « l » de cheval). Un mélange d’agressivité (on a des petites pointes aigües comme dans le « r » de « fer » ligne 5) et d’angoisse (avec toutes les noirceurs des lettres) sur un fond de dépression que l’on remarque par les fins de mots qui tombent (« mais un bâton de bois de fer »). Cet état est chronique, comme un rythme intérieur. En effet, le geste se reprend et après chaque mot, se situe bien à nouveau sur la ligne. Mais le geste retombe sans cesse. Antonin Artaud estimait pouvoir diriger son corps, contrôler toutes ses pulsions. Ce n’est pas ce que dit son écriture, celle-ci révèle plutôt une lutte intérieure douloureuse. D’autres documents écrits confirment cette constante.

VAN GOGH oliviers sous le soleilOliviers sous le soleil – Vincent Van Gogh –

Pourquoi disait-il, « les peintures de Van Gogh me donnaient-elles ainsi l’impression d’être vues de l’autre côté de la tombe d’un monde où les soleils, en fin de compte, auront été tout ce qui tourna et éclaira joyeusement ». Est-ce un regard visionnaire, sachant que Vincent Van Gogh, lorsqu’il était enfant, allait le dimanche avec son père sur la tombe de … Vincent Van Gogh , son frère décédé avant lui. Le génie et la folie naissent parfois dans la souffrance.

Antonin Artaud voit et ressent dans les tableaux du peintre, des convulsions, des ébullitions, tracées par son « pinceau en ébriété ». « Je suis aussi comme le pauvre Van Gogh, je ne pense plus, mais je dirige chaque jour de plus près de formidables ébullitions internes … »

VAN GOGH nuit étoilée 2Nuit étoilée – Vincent Van Gogh –

Dans lest toiles de Vincent Van Gogh, effectivement le mouvement est présent dans tous les éléments, ondulations, tourbillons, spirales, autant de formes qui animent la vie. Des bords du chemin jusqu’aux étoiles, du plus concret au céleste, la dynamique est bien là comme un principe vivant. Car précise, Antonin Artaud « l’histoire entière de ce qu’on appela un jour l’âme vit et meurt dans ses paysages convulsionnaires et dans ses fleurs ». Bien sûr qu’il se projette Antonin Artaud! Et nous aussi ? Si l’expression de l’artiste nous touche, nous sommes bien sur son registre, dans une certaine mesure en tout cas.

Sylvie Chermet-Carroy
Graphologue

Site de graphologie

Publicités

La spirale


à dessiner, à observer et même à vivre intérieurement.

Pourquoi la spirale? Qu’a-telle donc de particulier?
Elle est présente dans les sculptures de la préhistoire, dans le règne végétal avec les vrilles de la vigne, dans l’abstraction mathématique avec la spirale logarithmique (sur laquelle je ne m’étendrai pas, c’est promis).

ESCARGOT coquille

Le mouvement spiralé est présent (ouf c’est plus facile à voir) dans la coquille des escargots, mais aussi dans le mouvement des galaxies.

Galaxie du tourbillon

Galaxie duTourbillon

Energie, mouvement, elle anime notre langage. Ne dit-on pas « être emporté dans une spirale », parfois infernale d’ailleurs! Et pour cause puisqu’elle débute par un point et dans un mouvement tournant elle va …. à l’infini. On risque de ne jamais l’arrêter (j’ose à peine penser à la spirale inflationniste dont parlent les économistes) Nous y voilà! La spirale dans sa symbolique, nous entraîne. Bref, elle est partout, au cœur de la vie.

Les enfants la dessinent spontanément dès l’âge de trois ans. Et chez l’adulte, ça dépend! Elle apparaît dans des tableaux de peintres, dans des fresques. Elle n’est pas que décorative loin de là.

TRISKEL

Triskel celtique

Différentes traditions
Symbole puissant dans la tradition celtique, les triskels tracent trois spirales agencées autour d’un axe. Dans la métaphysique celtique, il s’agit des énergies en œuvre dans l’univers. Le déroulement et l’enroulement à partir d’un centre sont à l’image du monde en mouvement illimité.
Chez les Dogons, on lui associe le principe même de l’existence. C’est la vibration créatrice de l’univers. Dans de multiples civilisations, associée aux mythes de fécondité au déroulement inexorable de la vie, la spirale représente le voyage qu’accomplit l’âme du défunt après la mort, vers sa destination finale.
Sur les frises de vases anciens et de mosaïques notamment dans l’art Crétois, on remarque le mouvement en double spirale, enroulement et déroulement, double polarité qui représente le lien avec l’au-delà, la continuité entre les deux mondes. Ces formes prenant une signification magique tout en étant décoratives.

Si vous dessinez
Les agendas, les brouillons, les prises de notes sont souvent agrémentés de dessins faits à la va-vite. Cercles, carrés, croix ont leur signification. La spirale tracée seule, n’est pas extrêmement fréquente dans les griffonnages. Elle coexiste la plupart du temps avec des figures plus complexes à moins qu’elle ne réponde à un but purement artistique. Elle apporte une dynamique et met de la vie dans un graphisme très simple. La façon dont elle est tracée exprime un désir d’expansion, une volonté de réalisation personnelle.

Ainsi lorsque l’envie vous prend de dessiner une spirale, cela veut dire que vous avez conscience de votre individualité (représentée par le point), que vous voulez prendre davantage votre expansion dans la vie, manifesté par l’élargissement circulaire et incessant. C’est la marque d’une énergie dynamique qui demande à s’exprimer de façon créatrice. Cela peut être physique ou abstrait.

spirale008

Au-delà de cette forme, existent d’autres questions qui préoccupent le dessinateur: l’élan vital qui l’incite à créer, à s’affirmer, à se sentir exister.

Sylvie Chermet-Carroy
Graphologue

Mon site
Pour en savoir plus ; « Ce que révèlent vos gribouillis » Editions Le Courrier du Livre

Gribouillis