Picasso

« Comme la plupart des grands maîtres, en marge de son œuvre, il nourrit son enfer. Un petit cahier est toujours à portée de sa main pour recevoir ses plus immédiates et intimes confidences« .
Ces propos sont de Brassaï, le photographe hongrois.

Picasso portrait

Né en Espagne, fils d’un professeur des beaux-arts, Pablo Ruiz Picasso a marqué profondément le XXème siècle, peintre, sculpteur, graveur, céramiste et même un peu écrivain, il a illustré des livres, accompagné des poèmes et peint des toiles monumentales. Picasso a tout expérimenté. Sa création se nourrit de tout et se relie à de multiples dimensions, intellectuelles, artistiques, sensorielles, politiques. Se renouvelant sans cesse, il invente le cubisme avec Georges Braque. Il marque son époque et ouvre tous les champs d’exploration possibles.

L’écriture de Picasso

PICASSO Lettre
Ce qui est caractéristique: c’est l’intensité, la démesure, l’originalité et l’indiscipline. Cela veut dire: le refus de tout enfermement.

En témoignent une écriture aux formes simplifiées et une mise en page toute personnelle qui invente ses propres règles, tantôt organisée tantôt indisciplinée (des lignes qui se bousculent, parfois des ajouts dans les marges). C’est à l’image d’un être qui ne se moule dans aucun modèle, qui structure et déstructure sa propre façon de penser. Le trait passe de la délicatesse à la lourdeur, d’un appui mesuré à des écrasements de plume qui contrecarrent le mouvement sans en arrêter la progression. Celle-ci est extrêmement rapide. Là, réside l’originalité de sa création, une façon de ne jamais s’arrêter, de ne mettre aucune barrière ni à la pensée ni à l’expression. D’ailleurs disait-il, « Si l’on sait exactement ce que l’on va faire, à quoi bon le faire« .

Des angoisses sur la vie, l’amour, la mort, transpercent le graphisme avec notamment des « a » et des « o » bouchés, par exemple « à notre affaire » ligne 4. Le symbolisme du « a » représente la force de la vie et le « o » est en relation avec la mort.

Celle-ci est omniprésente dans l’œuvre de Picasso mais aussi dans son existence. Pablo Ruiz Picasso porte le prénom du frère de son père, prêtre mort avant sa naissance. Sa fille surnommée Maya, a reçu le même prénom que sa propre sœur, morte à 7 ans.

Ainsi la vie et la mort se côtoient. « Chaque tableau » disait-il, « est une fiole pleine de mon sang« .

Après le suicide de son ami Casagemas Picasso se met à peindre tout en bleu. Des crânes sont posés dans des natures mortes. Les scènes de tauromachie mettent en peinture une lutte pour la vie et pour la mort.

Picasso période bleue

« Guernica » dans sa dimension tragique est sans doute une des toiles les plus connues, créée à la suite des bombardements qui ont détruit cette ville basque pendant la période franquiste.

Des lettres plongent profondément dans le domaine des pulsions, d’autres restent en suspens très au-dessus de la ligne (domaine de l’esprit). Ce mouvement fait un lien constant entre l’inconscient et une recherche qui se situe dans le domaine de la pensée. « Je ne peins pas ce que je vois, je peins ce que je pense » affirmait-il.

Une sexualité exigeante
Dans l’écriture, les formes plongeantes vers le bas représentent le domaine des pulsions et de la sexualité. Elles sont tour à tour nettes ou pâteuses, contrôlées ou disproportionnées. Les épaississements du trait, la noirceur, expriment autant les conflits intérieurs que l’impétuosité des désirs et l’érotisme insatisfait.

Douceur et violence s’accompagnent comme deux aspects indissociables. Dans le graphisme, les petites courbes souples s’articulent entre des pointes acérées en forme de poignard. Tendresse et violence ont habité le personnage et sont à la source de la création.

Picasso Femme au miroir

Malgré la puissance du graphisme, l’instabilité du tracé trahit une certaine vulnérabilité. Picasso, au dire de ses proches était parfois terrorisé par des superstitions et accomplissait de nombreux rituels pour exorciser ses peurs. L’écriture révèle la puissance de l’inconscient dans lequel il a puisé incessamment pour vivre, pour faire sortir ses angoisses et nous livrer sa création.

Sylvie Chermet-Carroy
Graphologue

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