Hector BERLIOZ au Panthéon

Considéré  comme le plus grand musicien romantique français, décrié de son vivant,  Hector Berlioz (1803-1869) compositeur, critique musical et écrivain est resté incompris dans son propre pays. Pour Debussy, il était « le musicien préféré de ceux qui ne connaissent pas très bien la musique » ! Auteur de « la Symphonie fantastique » « Harold en Italie » « la Damnation de Faust », inspiré par Goethe, il est aujourd’hui considéré comme un précurseur de l’orchestre moderne. Après un parcours difficile, il s’éteint dans le dénuement moral et matériel, seul et ruiné.

Regardons ensemble le parcours de cet homme à travers les fluctuations de son écriture à travers différentes étapes de sa vie.

Écriture d’Hector Berlioz à 15 ans

Berlioz 15 ans004

Ce qui est frappant sur le plan graphologique, c’est avant toute chose, une maturité exceptionnelle.  Ici ressortent déjà toutes les qualités, les tendances de l’adulte ce qui n’est pas une anomalie en soi car la personnalité est toujours déjà bien établie à cet âge et parfois avant. Mais l’organisation spatiale du texte (les espaces entre les mots), la tenue de la ligne, la personnalisation du graphisme sont autant d’éléments surprenants et rares dans l’écriture d’un adolescent de cet âge. Nous sommes loin d’une écriture scolaire !

 C’est  une exception remarquable, les prémices du génie ou d’un comportement hors normes mais structuré. Aujourd’hui, on dirait peut-être «  Hector est un surdoué !» sauf qu’on peut être surdoué sans avoir totalement atteint une maturité affective. Dans l’écriture d’Hector Berlioz, seule la signature est un peu maladroite, hésitante. Elle comporte des relâchements, une sorte de mollesse entre le H et le « e ». Or, les majuscules représentent inconsciemment le « moi social » qui bien sûr n’est  pas encore accompli à cet âge. Notons qu’Hector est tracé plus gros que Berlioz. Le prénom c’est ce qui symboliquement nous rattache à l’enfance bien davantage que le nom de famille qui s’adresse au monde l’extérieur.

Écriture d’Hector Berlioz à 35 ans

Berlioz 35 ans 2003

La composante intellectuelle domine dans les combinaisons de lettres personnalisées. L’agitation dans la zone supérieure de l’écriture (les « t », les « d »), les volutes, les écrasements de plumes, sont autant la marque d’une créativité intellectuelle que d’une angoisse profonde. Dans ses « Mémoires » Hector Berlioz nous raconte qu’en écrivant « La Symphonie fantastique », l’adagio (scène aux champs) l’a complètement épuisé pendant des semaines alors que pour écrire « la marche au supplice », pas de problème, c’est venu tout seul, composé en une nuit !

Les formes pointues voire effilées comme des lames nous rappellent que son sens critique était parfaitement aiguisé et toujours disponible pour lancer des réparties sans douceur. Les élans vers autrui (le mouvement vers la droite) est soit arrêté dans son élan, soit catégorique (« tel » ligne 5), soit carrément agressif (mouvements « nord-est » des « e » dans les « je » du dernier paragraphe).

On en conclut que la sociabilité n’était pas son fort et qu’un côté hautain et vindicatif était sa réponse systématique aux autres et aux évènements.

« La musique adoucit les mœurs » ?

Il paraît ? Ça dépend ! D’après Berlioz elle concerne les hommes intelligents  et « elle n’est pas faite pour tout le monde ». Elle peut même susciter des réactions négatives chez les hypersensibles, dit-il. Comme c’est quelqu’un de rigoureux, il donne des exemples dont « le roi de Danemark, Eric, que certains chants rendaient furieux au point de tuer ses domestiques ».

Les envolées de plume, les grossissements soudains (« suffrage » ligne 4, le « s » de « paroles » dernier paragraphe) expriment l’emballement inconsidéré, l’exagération, la démesure, l’orgueil,  un imaginaire décuplé qui retombe ensuite (mots recroquevillés et petits) avec repli sur soi et réflexion pour repartir de plus belle sur un mode intransigeant. C’est peut-être cela qui lui a permis de tenir bon et d’aller de l’avant coûte que coûte. De nombreuses épreuves affectives l’ont profondément marqué. Hector Berlioz a eut du succès à l’étranger mais son attirance pour le grandiose l’a littéralement ruiné. Notamment en voulant produire un opéra (130 musiciens) qui lui a coûté une immense fortune.

Écriture d’Hector Berlioz 3 ans avant sa mort

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Le trait a changé. Il est devenu léger, presque grêle par endroit, à l’image d’une vitalité qui s’amoindrit.

Comparée à d’autres documents au cours de sa vie, on note la même qualité intellectuelle, la créativité vivace, une sécheresse qui s’est cependant un peu adoucie (les « m » et les « n » sont pour la plupart légèrement arrondis). Les finales qui étaient agressives sont parfois recourbées « sœur » ligne 1, ce qui signale que l’agressivité s’est atténuée, transformée en désir d’accaparer, d’amener les autres à soi. On a quand même quelques sursauts cinglants (« elle » au milieu du texte, 3 lignes avant la fin). On ne change pas comme ça lorsqu’on a une forte personnalité ! Les qualités sont restées intactes.

Hector Berlioz qui a été tant décrié est proposé aujourd’hui pour figurer au Panthéon. Sa force intérieure, son énergie fulgurante et sa capacité à dépasser les contingences ordinaires en font un grand musicien pour tous les temps.

Sylvie Chermet-Carroy

Consultations, cours, analyse d’écritures et de dessin (adulte et enfant)

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