Boris Vian, 100 ans

Écrivain, poète, critique, parolier, musicien de jazz, Boris Vian a multiplié les talents mais aussi  les scandales.  Né en 1920 à Villa d’Avray, atteint de rhumatisme articulaire à douze ans avec u problème cardiaque, Boris Vian décréta qu’il mourrait avant 40 ans. Il est décédé à 39 ans.

Après avoir fait l’école Centrale de Paris, il a travaillé comme ingénieur, milieu dans lequel il s’ennuyait, préférant la musique, le jazz et la fête.  Réputé pour son humour, sa dérision, lié d’amitié avec Raymond Queneau, Jacques Prévert et bien d’autres, parolier de Serge Regiani et de Juliette Gréco, animateur du mouvement Zazou, romancier surréaliste, Boris Vian  peu reconnu comme écrivain de son vivant, connaît la gloire posthume à travers les générations et les continents.

Sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, Boris Vian écrit en 15 jours « J’irai cracher sur vos tombes » pastiche de roman noir américain qui traite de racisme et de violence. Le scandale éclate et il s’ensuit de sérieux déboires avec la justice.

Quel éclairage nous apporte l’écriture ?

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L’écriture est caractéristique par son extrême rapidité, sa nervosité, son instabilité. Le personnage est-il donc instable ? Pas tant que cela ! En effet, les lettres sont très liées (« paupière » ligne 4, « lentement » ligne 5). Paradoxe ou richesse de la personnalité, la vivacité voire l’exaltation cohabite avec la ténacité : Boris Vian ne lâche pas prise. Tenace, voire têtu, il va au bout de ce qu’il désire même si les moments de relâchement sont présents notamment dans « les larmes plein les mains » ligne 1. Mais ces relâchements ne durent pas et l’énergie repart de plus belle. Ceci nourrit la créativité et l’imaginaire. « L’automne à Pékin », « l’Ecume des jours » font cohabiter la sensibilité, l’humour, le surréalisme.

Plus profondément, on observe que certains mots chutent sous la ligne (« torturés » ligne 7), d’autres sont montants. Ceci traduit une alternance de dépression et d’emballement. Cela ne freine pas le mouvement mais signale une souffrance profonde sous-jacente. Boris sans doute, n’en parlait pas, réputé pour avoir un humour glacé et un enthousiasme délirant.

Boris Vian l’insoumis

soldat

Un constante dans tous les écrits : les « i » qui sont toujours soit incisifs, soit agressifs, parfois normaux, hésitants et très hauts, ou acérés, ou avec un trait horizontal catégorique (dans « vivant » ligne 9).  La lettre « i » mérite un long développement, mais je résume : elle se rattache au symbolisme du père, de l’autorité. Ici, les «i » expriment le défi, le rejet de l’autorité. Associé aux autres éléments de l’écriture, c’est même le refus catégorique de subir le pouvoir des autres ! Révolte et audace ne font qu’un !

La chanson  « Le déserteur » écrite par Boris Vian dans le contexte de guerre d’Indochine, n’a pas fait l’unanimité ! Encore un scandale. Et cependant, la fin a été adoucie par l’ami Raymond Queneau qui était un peu affolé par le texte initial. La fin de la chanson de Boris «Prévenez vos gendarmes/que j’emporte des armes/Et que je sais tirer/ est devenue  « Prévenez vos gendarmes /Que je serai sans arme/ Et qu’ils pourront tirer » Mouloudji s’y est mis également et a apporté quelques modifications. Chanson interdite d’antenne, mais maintenue ensuite par Mouloudji dans son répertoire à l’Olympia. Joan Baez l’a chantée également.

Provocateur, novateur, idéaliste, Boris Vian abritait aussi une grande sensibilité. Celle-ci était peut-être un peu masquée mais bien présente. L’écriture nous montre que l’affectif était bousculé, pas toujours harmonisé mais intériorisé.

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Sylvie Chermet-Carroy

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Auteure de :

  • « Interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture » Éditions Exergue
  • « La signature ou l’intimité dévoilée » Éditions Guy Trédaniel Éditeur

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Donald TRUMP et Harry POTTER

Grâce à Donald TRUMP, l’auteure de Harry POTTER, JK Rowling change d’avis radicalement sur la graphologie. Il ne s’agit pas d’un coup de baguette magique !

Non, simplement peu intéressée par la graphologie, JK Rowling fait volte-face en découvrant l’analyse graphologique de la signature du Président américain.

Signature de D. Trump

TRUMP et son portrait

Il faut dire que cette signature est une véritable caricature en ce qui concerne la dureté, la rigidité, l’absence d’empathie et surtout la mégalomanie, tout ceci révélé sans ambiguïté par la taille inhabituelle, les angles pointus, et la rigidité systématique de l’ensemble.

Joanne Kathleen Rowling lance stupéfaite : « Je ne croyais pas à la graphologie jusqu’à il y a trois minutes. »
Ce qui m’interpelle ici, ce n’est pas Monsieur Trump mais plutôt la croyance. On entend souvent dire :

  • Ah ! je crois en la graphologie, et toi ?
  • Non je n’y crois pas. Maintenant j’y crois !

Nous sommes en plein sur l’équilibre fragile entre rationnel et irrationnel. Dans notre société qui se veut rationnelle, on met vite de côté tout ce qui n’est pas palpable et mesurable avec les normes officielles. La graphologie n’est pas du ressort de la croyance, c’est une technique et un art.

Mais alors, est-ce que l’auteure de Harry Potter est rationnelle ou irrationnelle ?

J K Rowling, née Angleterre, issue d’une famille modeste, a fait des études de littérature. Puis elle a enchaîné des petits boulots. C’est dans la plus grande précarité qu’elle a écrit son roman Harry Potter traduit aujourd’hui dans 80 langues et édité dans 200 pays.

Penchons-nous sur son écriture pour découvrir sa personnalité.

Nous avons deux types de documents, un petit carnet au tracé bien appliqué et une lettre au graphisme plus spontané.

Le petit carnet

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Dans les pages de ce carnet, on remarque, un trait bien appuyé, épais, des lettres rondes mais bien fermées, des mots qui montent et descendent sur la ligne. La personnalité est concrète, sensuelle, affective mais secrète. JK Rowling a les pieds par terre, même si les lignes dansent un peu ce qui traduit des fluctuations dans le rapport au réel. Tant mieux pour l’imagination dont elle n’a jamais manqué ! Elle a écrit son premier roman à six ans!

Toutefois dans les différentes pages du carnet, on remarque cette constante : des mots qui montent puis redescendent comme dans « cauldron » ligne 2, ou « brass scales ». Ceci alerte sur un terrain dépressif avec cependant une formidable capacité « à tenir bon » dans les moments difficiles. Ceci est confirmé par sa façon de tracer les chiffres. Les « 1 » sont très appuyés, soulignés d’un trait pointu.

Les chiffres ont aussi un symbolisme et le 1 c’est l’élan qui incite au départ, c’est notre individualité, notre capacité à nous mobiliser pour aller de l’avant.

Les situations difficiles, JK Rowling en a traversées, ainsi que la dépression après un divorce au Portugal et un retour en Grande-Bretagne seule avec son bébé. Cependant, elle n’a jamais arrêté d’écrire, passant du concret, aussi dur soit-il, à son univers intérieur peuplé de fantastique et de profondeur.

La lettre spontanée

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Dans la lettre spontanée, subtilité, imagination, richesse intellectuelle sont présentes à tous niveaux ce qui n’empêche pas la volonté de s’affirmer nettement (les barres de « t ») et de savoir faire front le cas échéant. Il y a donc de la douceur et de la puissance, voire de la combattivité. D’ailleurs après avoir été décriée par l’Eglise (par le cardinal Ratzinger, devenu le pape Benoît XVI),  accusée de prôner la sorcellerie (non vous ne rêvez pas !), elle a reçu quantité d’invectives. Elle cite à un moment donné Wilson Churchill : « Vous avez des ennemis ? C’est bien. Cela signifie que vous vous êtes battus pour quelque chose au moins une fois dans votre vie. »

JK Rowling a travaillé pour Amnesty International. Elle participe, aujourd’hui, à l’aide à l’enfance. Elle lutte contre la précarité. Elle aide de nombreuses associations caritatives.

La signature

On retrouve ces qualités amplifiées dans la signature (qui représente le Moi social). La puissante énergie du « j » sert à créer les autres lettres. Les lettres gonflées et disproportionnées sont à l’image d’une imagination débordante mais le trait horizontal sur la ligne de base nous indique que JK Rowling a bien les pieds sur terre. L’affirmation finale vers le bas nous le confirme.

On note une coupure après la lettre « o » qui symbolise les épreuves, notre relation à la destinée. Chaque lettre alphabétique a un symbolisme profond.

La lettre « o » nous renvoie aussi aux questions sur la vie et la mort. Par cette coupure JK Rowling met à distance les épreuves traversées pour se réaliser en regardant l’avenir (la droite). Au fond d’elle, ce tracé nous révèle que JK Rowling est animée de questions sur la mort et sur la destinée. Elle a écrit son roman à la mort de sa mère, période très douloureuse.

Curieusement dans la plupart de ses signatures on voit la lettre « k » comme coupée en deux traçant un canal vertical. En fait, cela crée un passage entre le haut et le bas, entre la terre et le ciel, entre le spirituel et le matériel. Quand on sait que la lettre « k » symbolise le magnétisme que chacun porte en soi, cela met l’accent sur une ouverture au sein de son être entre le visible et l’invisible.

Ai-je dit que JK Rowling était rationnelle ou irrationnelle ? D’après vous ? Elle possède ces deux dimensions. Ses romans qui plaisent tant, traduits dans 200 pays, jouent sur la frontière de ces deux univers. Au fait, vous y croyez à la graphologie ?

Sylvie Chermet-Carroy

Graphologue

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Auteure de « Interprétez les lettres et les chiffres dans l’écriture ». Edition Exergue

« La signature ou l’intimité dévoilée » Guy Tredaniel Editeur

« Ce que révèlent vos gribouillis » Le courrier du Livre

Hector BERLIOZ au Panthéon

Considéré  comme le plus grand musicien romantique français, décrié de son vivant,  Hector Berlioz (1803-1869) compositeur, critique musical et écrivain est resté incompris dans son propre pays. Pour Debussy, il était « le musicien préféré de ceux qui ne connaissent pas très bien la musique » ! Auteur de « la Symphonie fantastique » « Harold en Italie » « la Damnation de Faust », inspiré par Goethe, il est aujourd’hui considéré comme un précurseur de l’orchestre moderne. Après un parcours difficile, il s’éteint dans le dénuement moral et matériel, seul et ruiné.

Regardons ensemble le parcours de cet homme à travers les fluctuations de son écriture à travers différentes étapes de sa vie.

Écriture d’Hector Berlioz à 15 ans

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Ce qui est frappant sur le plan graphologique, c’est avant toute chose, une maturité exceptionnelle.  Ici ressortent déjà toutes les qualités, les tendances de l’adulte ce qui n’est pas une anomalie en soi car la personnalité est toujours déjà bien établie à cet âge et parfois avant. Mais l’organisation spatiale du texte (les espaces entre les mots), la tenue de la ligne, la personnalisation du graphisme sont autant d’éléments surprenants et rares dans l’écriture d’un adolescent de cet âge. Nous sommes loin d’une écriture scolaire !

 C’est  une exception remarquable, les prémices du génie ou d’un comportement hors normes mais structuré. Aujourd’hui, on dirait peut-être «  Hector est un surdoué !» sauf qu’on peut être surdoué sans avoir totalement atteint une maturité affective. Dans l’écriture d’Hector Berlioz, seule la signature est un peu maladroite, hésitante. Elle comporte des relâchements, une sorte de mollesse entre le H et le « e ». Or, les majuscules représentent inconsciemment le « moi social » qui bien sûr n’est  pas encore accompli à cet âge. Notons qu’Hector est tracé plus gros que Berlioz. Le prénom c’est ce qui symboliquement nous rattache à l’enfance bien davantage que le nom de famille qui s’adresse au monde l’extérieur.

Écriture d’Hector Berlioz à 35 ans

Berlioz 35 ans 2003

La composante intellectuelle domine dans les combinaisons de lettres personnalisées. L’agitation dans la zone supérieure de l’écriture (les « t », les « d »), les volutes, les écrasements de plumes, sont autant la marque d’une créativité intellectuelle que d’une angoisse profonde. Dans ses « Mémoires » Hector Berlioz nous raconte qu’en écrivant « La Symphonie fantastique », l’adagio (scène aux champs) l’a complètement épuisé pendant des semaines alors que pour écrire « la marche au supplice », pas de problème, c’est venu tout seul, composé en une nuit !

Les formes pointues voire effilées comme des lames nous rappellent que son sens critique était parfaitement aiguisé et toujours disponible pour lancer des réparties sans douceur. Les élans vers autrui (le mouvement vers la droite) est soit arrêté dans son élan, soit catégorique (« tel » ligne 5), soit carrément agressif (mouvements « nord-est » des « e » dans les « je » du dernier paragraphe).

On en conclut que la sociabilité n’était pas son fort et qu’un côté hautain et vindicatif était sa réponse systématique aux autres et aux évènements.

« La musique adoucit les mœurs » ?

Il paraît ? Ça dépend ! D’après Berlioz elle concerne les hommes intelligents  et « elle n’est pas faite pour tout le monde ». Elle peut même susciter des réactions négatives chez les hypersensibles, dit-il. Comme c’est quelqu’un de rigoureux, il donne des exemples dont « le roi de Danemark, Eric, que certains chants rendaient furieux au point de tuer ses domestiques ».

Les envolées de plume, les grossissements soudains (« suffrage » ligne 4, le « s » de « paroles » dernier paragraphe) expriment l’emballement inconsidéré, l’exagération, la démesure, l’orgueil,  un imaginaire décuplé qui retombe ensuite (mots recroquevillés et petits) avec repli sur soi et réflexion pour repartir de plus belle sur un mode intransigeant. C’est peut-être cela qui lui a permis de tenir bon et d’aller de l’avant coûte que coûte. De nombreuses épreuves affectives l’ont profondément marqué. Hector Berlioz a eut du succès à l’étranger mais son attirance pour le grandiose l’a littéralement ruiné. Notamment en voulant produire un opéra (130 musiciens) qui lui a coûté une immense fortune.

Écriture d’Hector Berlioz 3 ans avant sa mort

Berlioz 1866005

Le trait a changé. Il est devenu léger, presque grêle par endroit, à l’image d’une vitalité qui s’amoindrit.

Comparée à d’autres documents au cours de sa vie, on note la même qualité intellectuelle, la créativité vivace, une sécheresse qui s’est cependant un peu adoucie (les « m » et les « n » sont pour la plupart légèrement arrondis). Les finales qui étaient agressives sont parfois recourbées « sœur » ligne 1, ce qui signale que l’agressivité s’est atténuée, transformée en désir d’accaparer, d’amener les autres à soi. On a quand même quelques sursauts cinglants (« elle » au milieu du texte, 3 lignes avant la fin). On ne change pas comme ça lorsqu’on a une forte personnalité ! Les qualités sont restées intactes.

Hector Berlioz qui a été tant décrié est proposé aujourd’hui pour figurer au Panthéon. Sa force intérieure, son énergie fulgurante et sa capacité à dépasser les contingences ordinaires en font un grand musicien pour tous les temps.

Sylvie Chermet-Carroy

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Vidocq, un escroc célèbre

Vidocq portrait

Eugène-François Vidocq, fils de petits bourgeois, né en 1775 a commencé sa carrière de bonne heure. A treize ans il vole ses parents (des couverts en argent) et son père l’envoie en redressement, histoire de lui apprendre l’honnêteté. La leçon n’a pas marché ! Un peu plus tard, il leur vole toutes leurs économies. Il fait plusieurs fois de la prison, s’évade à de multiples reprises, fait quelques années de bagne pour avoir réalisé un faux en écriture d’un document administratif et au final : il propose ses service à la police.

Indicateur efficace, il a été chef de la police de sûreté à Paris et se vante d’avoir arrêté plus de vingt mille voyous. Sauf que les voyous en question révèlent que Vidocq a spécialement fomenté les « coups » lui-même pour pouvoir arrêter ces voleurs et en récolter tous les honneurs! Un vrai héros! Il a même écrit ses mémoires et donné de l’inspiration à Balzac, Victor Hugo, des séries télévisées, des films dont celui de décembre 2018. Quand on pense que certains font plein d’efforts pour être célèbre, eh bien pour Vidocq cela a été plus simple!

J’ai même mis sa signature dans mon ouvrage « La Signature ou l’intimité dévoilée ». Alors dévoilons Vidocq avec sa signature.

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En graphologie, la ligne sur laquelle on écrit représente la vie dans laquelle on prend place. Sous la ligne, c’est le plan symbolique des instincts, du secret, de la matière. Dans cette signature à deux niveaux, on remarque la partie visible, le nom et en dessous, le domaine caché qui occupe une place beaucoup plus importante. Avant de louer ses services à la police parisienne Vidocq a bourlingué dans des trafics de toutes sortes. La signature plus développée dans la zone souterraine nous indique bien où va sa préférence, certainement pas dans la clarté mais plutôt dans les jeux occultes de pouvoir et d’influence.

La signature est descendante ce qui signale soit le découragement, soit la dépression ou l’acharnement:

Le découragement?  Ici n’y pensons pas! La pression du trait est puissante jusqu’au bout, à l’image de quelqu’un qui ne lâche rien.

 La dépression? Pas le cas non plus avec ce superbe panache dans le « V » et la finale en aiguillon acéré dans le dessin du dessous. Dans un langage familier, on dira qu’il sait « rebondir ».  D’ailleurs il a même inventé un papier infalsifiable, lui qui avait été arrêté pour falsification de document! Et de surcroit il a cherché à faire fortune en créant des serrures incrochetables!

 L’acharnement? pour sûr! L’énergie de la pression est même plus forte à la fin qu’au début (voir l’épaisseur de la lettre « q »). Autrement dit plus il avance, plus il insiste sans jamais rien lâcher.

Tiens, au fait! Je me pose une question sur la petite dame qu’il a cherché à embaucher et dont il décrit toutes les qualités requises dans cette lettre. Retraité de la police, il veut la « perle rare » à qui il promet plein de choses et même un habit de deuil si elle reste auprès de lui jusqu’à sa mort. Il veut qu’elle soit attentive, propre, sage… Ah! Il a oublié de préciser si elle doit être…Honnête.

Et lui, est-ce qu’il aura envie de lui payer ses gages?

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Dans cette lettre, où le tonus est encore bien présent ainsi que l’autorité (barres de « t » couvrantes et écrasements de plume), on note que les lettres « p » et « s » qui sont en relation symbolique avec l’argent sont alourdies de coquilles et de fermetures comme des petits sacs (« p » de « Plus une  chambre » ligne 2, le « p » de « Pardonnez » dernier paragraphe) donc son argent est bien gardé. Pas sûr qu’il ait tellement envie de lâcher ses sous… Les lettres « s » sont aussi magnifiées et alourdies de crochets qui signalent de l’avidité (« s » de « somme » ligne 3, « semble » ligne 5).

Vidocq termine sa lettre « Pardonnez moi de vous déranger, L’évangile dit frappez on vous ouvrira, demandez on vous donnera ». Ça alors! Il nous étonne Monsieur Vidocq! Aurait-il fait amende honorable? Voyons, regardons la signature. Ah, avec toutes les belles boucles qui entortillent la vérité, nous avons la réponse!

Sylvie Chermet-Carroy

Graphologue, consultations, cours.

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  • Auteur de « La signature ou l’intimité dévoilée » Guy Trédaniel Editeur
  • « Interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture ». Editions Exergue
  • « Ce que révèlent vos gribouillis ». Courrier du Livre
  • « Comprenez votre enfant par ses dessins » Editions Sand

Record Mondial pour Van Gogh

Hors compétition , Van Gogh récolte tous les suffrages, lui qui n’a pratiquement jamais vendu ses toiles. Celles-ci inaugurent aujourd’hui des endroits prestigieux, le Louvre Abou Dhabi avec l’impact international que cela représente. Un autoportrait de l’artiste y figure, prêté par le Musée d’Orsay.

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Les tableaux de Van Gogh  font exploser les enchères: du « jamais vu » pour une toile de jeunesse vendue récemment 7 millions d’Euros! Les « Raccommodeuses de filets » alors qu’il ne peignait que depuis deux ans.

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Raccommodeuses de filets

Ces tableaux inspirent le Land Art avec Stan Herd qui a reproduit une toile de Van Gogh sur … devinez un peu:  5000 m2 de terrain! Vrai de vrai, ce n’est pas un gag. Il a quand même fallu 6 ans à l’artiste Stan HERD (pas tout jeune, 67 ans) pour défricher, désherber et planter afin reproduire le tableau en plein champ. Cette création a été sponsorisée par le Minneapolis Institute of Art. Du coup, Van Gogh est vu du ciel.

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Le tableau en plein champ  de 5000 m²

 

Analyse de l’écriture de Van Gogh

Personnalité au destin étonnant, Van Gogh avec toute sa sensibilité exprimait ses émotions dans de longues lettres adressées à son frère. Penchons-nous sur son écriture.

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Extrait de : » Interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture » Éditions EXERGUE

Facile et difficile à lire, au rythme parfois régulier, parfois désordonné. Certains mots sont très appuyés, d’autres à peine visibles ou minuscules. Ceci est à l’image du moi, qui cherche à s’affirmer et qui se confond dans une perte d’identité.

 Certaines finales de mots sont fortes et traduisent la brusquerie (à la fin des trois premières lignes par exemple avec les prolongements des lettres « n », « e » ligne 2, « au » ligne 3). Les émotions sortent brutalement, soumises à l’impulsivité. Puis cela peut être tout l’inverse avec des formes entrecoupées, des lettres brisées sans continuité (lignes 9 et 10) ce qui signifie l’arrêt, l’inhibition, le doute. Ces changements brusques sont à l’image des réactions exacerbées et instables.

La sensorialité est épidermique, visible dans les écrasements de plume (comme dans la lettre « q » ligne 2). Il existe une quête de spiritualité signalée par les « a » et les « o » ouverts vers le haut. Les « b » comme des antennes et très appuyés (dans « bien » et « bas » ligne 6 et 7) évoquent une réceptivité au monde spirituel. Cela nous rappelle que Van Gogh a vécu un appel spirituel intense, au point de devenir prédicateur à un moment de sa vie. Les « h » morcelés comme dans « Gachet » ligne 1 ou parfois gonflés traduisent une sociabilité capricieuse où alternent l’orgueil et la négation de lui-même. Ceci est l’écriture d’un être qui se débat dans une angoisse existentielle voire dans une quête d’identité.

Rappelons que tous les dimanches dans son enfance, Vincent Van Gogh devait accompagner son père et méditer devant la tombe de … Vincent Van Gogh, le frère  mort avant sa propre naissance qui portait le même prénom.

Aujourd’hui cette quête, l’énergie puissante, la force vie qui se sont exprimées dans la création de Van Gogh, n’habitent pas uniquement ses toiles mais animent un courant universel et ses œuvres continuent à inspirer le monde.

Sylvie Chermet-Carroy

Graphologue

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Auteure de :

  • La graphologie, caractère, personnalité, comportement – Guy Trédaniel Éditeur
  • Ce que révèlent vos gribouillis – Éditions Le courrier du livre
  • Interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture – Éditions EXERGUE

La punition du robot

Voici la demande étrange que me fit récemment un artiste numérique, Filipe Vilas-Boas. « J’ai une page d’écriture faite par un robot ». Je souhaite qu’on l’analyse. Ah! Surprise, c’est bien la première fois qu’une telle demande aboutit dans mon bureau!

Le bras du robot a écrit dix lignes avec une écriture qui se veut manuscrite, une punition paraît-il « je ne dois pas faire de mal aux humains ».

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punition écrite par le robot

Ce qui frappe immédiatement dans cette écriture, c’est une régularité anormale du graphisme. Les lettres sont reproduites à l’identique par exemple les « h », les « m » dont la première arcade est toujours plus petite y compris son inclinaison. Les lettres semblent décalquées ce qui est infaisable lorsqu’on écrit. Même en s’appliquant on aurait du mal.

Et ce qui est surtout anormal dans cette écriture c’est l’absence de rythme. Celui-ci est propre à l’humain et produit des irrégularités même minimes au sein des mots et à l’intérieur de ceux-ci également. C’est pour cette raison que pour une étude graphologique je demande toujours un texte « libre » et non un texte recopié. Ce dernier oblige à faire des interruptions avec des mouvements qui altèrent la fluidité de l’écriture (qu’est-ce qu’on ne va pas chercher quand on est graphologue!).

Un autre point qui signale que l’écriture est artificielle, c’est l’alignement des mots, l’espace entre les mots dont la régularité gomme l’éventualité d’une respiration ou du moindre mouvement de l’être humain. Or c’est ce rythme intérieur très personnel qui fait qu’une écriture est unique. C’est ce que décèle le graphologue, au-delà des formes d’écritures. Ici, il n’y a pas de souffle, pas d’âme. Il paraît que le robot est gentil quand même.

Sylvie Chermet-Carroy

Graphologue, cours et consultations

Vidéo du robot puni fournie par Filipe Vilas-Boas, artiste numérique.

Nadja est entrée à la Bibliothèque Nationale avec Breton.

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André Breton est né en 1896 dans une famille modeste. Etudiant en médecine il fut mobilisé lors de la première guerre mondiale, en 1916 et affecté en tant qu’infirmier dans un service neurologique. Là, il découvre les pathologies mentales. Fasciné par ce domaine, il refuse d’y voir un simple dérangement de l’esprit mais au contraire, il y décèle un puits de créativité.

Considéré comme le chef de file du surréalisme, André Breton se lie avec Aragon, Soupault, Desnos, Apollinaire. Le « manifeste du surréalisme » est publié en 1924. André Breton participe au mouvement Dada. Fasciné par les mécanismes de la pensée, il explore les états hypnotiques. Il découvre « l’écriture automatique » et s’élève contre le conformisme et les préjugés.

Le courant surréaliste a pris une ampleur internationale avec des déclinaisons dans toute forme artistique et peut être aussi considéré comme un mode de vie.

Au cours de la deuxième guerre mondiale, sous le gouvernement de Vichy, on dénonce André Breton comme « un anarchiste dangereux »! Il est mis en prison préventivement. Libéré, il se réfugie aux USA. De retour à Paris en 1946, André Breton intervient contre le colonialisme français et défend en même temps le droit à « l’objection de conscience ».

Et Nadja dans tout cela? Une femme mystérieuse dont la relation avec André Breton a inspiré le roman du même nom, en partie autobiographique. Il s’agit d’une jeune femme que la misère à conduit à la prostitution. André Breton garde ses écrits, ses dessins, la pousse également dans ses retranchements en analysant sa pensée. Il la considère comme « un génie libre ». Nadja perd la raison et est internée en hôpital  psychiatrique.

« Nadja » une des œuvres majeures du poète et écrivain André Breton se trouve à la Bibliothèque Nationale de Paris.  Le manuscrit complet! Tout un ensemble de feuillets écrits à la main sur des pages de cahier d’écolier.

La ligne rouge est franchie

André BRETON NadjaManuscrit « Nadja »

Ce qui m’a intéressée au premier regard c’est l’écrit d’un théoricien de la pensée, sur des cahiers d’écolier. André Breton ne cherchait rien de formel, dans aucun domaine. Par ailleurs lorsqu’on écrit sur des pages quadrillées (à l’inverse de la page blanche), cela aide inconsciemment à fixer l’attention, voire la mémoire. On a tout de même l’homme adulte et intellectuel, qui se livre dans un cahier qui symbolise l’enfance. Choix volontaire ou accidentel? En tout cas, ce qui est certain, c’est que sur toutes les pages, André Breton a franchi la ligne rouge. En effet, la marge de gauche tracée en rouge est transgressée.

Les couleurs ont un symbolisme. Elles sont liées à l’émotionnel, à l’énergie. Elles révèlent des tendances. Ici, le rouge qui symbolise entre autres l’autorité, nous intéresse particulièrement. Le rouge est souvent associé à l’interdit (au feu rouge on doit s’arrêter). La marge tracée par un trait rouge dans le cahier d’écolier signale à l’élève qu’il ne doit pas écrire dans cette zone de gauche qui est réservée à l’autorité du maître. D’ailleurs les maîtres notent leurs corrections en…rouge.

En franchissant allègrement et systématiquement la ligne rouge, André Breton nous dit « l’autorité,  on la transgresser quand on le décide ».

André Breton  remet en cause le formalisme, les règles établies. Ce tracé inconscient révèle le choix délibéré de « piétiner » l’autorité. En tout cas de ne pas la subir.

Autre point significatif: le contraste entre des mouvements très appuyés, comme de gros tirets épais (page de gauche), la marque d’un geste rageur et autoritaire, et par ailleurs, la délicatesse d’un tracé constant, presque appliqué avec un trait nuancé (dans la plupart des pages). Personnalité double, qui connaît la finesse, la maîtrise de soi et l’inverse, le domaine des pulsions. Celles-ci s’expriment donc par à-coup, au moment où on ne s’y attend pas. Douceur et rébellion, voilà où nous en sommes à ce stade de l’observation! D’ailleurs André Breton, qui prônait la liberté disait : « En matière de révolte, aucun de nous ne doit avoir besoin d’ancêtres. »

Comprendre et se faire comprendre

André Breton 001

Dans le petit mot à Philippe Soupault, on remarque un trait étrange en début de texte. André Breton trace un tiret avant d’écrire « – est-ce que… » Le tiret est une mise à distance, une attaque symbolique. Malgré l’ouverture et la souplesse de l’ensemble du graphisme, il ressort qu’André Breton traduit ici la crainte de ne pas être entendu ou d’être contesté. En même temps, il ne met pas de majuscule à son début de phrase (la majuscule symbolise le conformisme, l’attitude conventionnelle courante). Cela signale qu’il ne veut pas s’embarrasser de conventions. Normal! Le surréalisme est ouvert à toute liberté. Cela nous dit qu’André Breton était en accord, au fond de sa personnalité, avec le mouvement et la philosophie qu’il a prônés.

Autre remarque: les phrases sont nettement plus appuyées vers la droite que dans la partie gauche du texte. Il y a donc  une insistance, une façon d’accroitre son affirmation au fur et à mesure qu’il avance. Les petites formes massuées (épaissies) en fin de mots à droite confirment une façon peut-être parfois un peu brutale de s’affirmer ou de s’imposer.

Plus profondément la forme tracée en chiffre 8 dans le A de la signature dévoile une souffrance problématique liée à la vie affective. La lettre « a » qui est liée à l’élan vital et à l’amour (voir mon livre) est un peu malmené ici et se transforme en jambage (un grand mouvement vers le bas) qui n’a rien à voir avec le tracé d’un A. Le bas, c’est la matière et la sexualité. La vie affective semble scindée entre l’intellect (le haut tracé comme une envolée) et le bas alourdi dans un dessin clos (dans le 8 on tourne en rond à l’infini). On a donc une forte dualité entre l’amour idéalisé et la passion sexuelle. Une clé, peut-être, pour tenter d’éclairer autant que faire ce peut, l’histoire liée à Nadja qui gardera toujours une immense part de beauté et de mystère.

Sylvie Chermet-Carroy

Graphologue, cours et consultations

Auteure de « interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture » Editions Exergue

« La signature ou l’intimité dévoilée »  Trédaniel Editeur

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Beethoven à la Philharmonie de Paris

Une exposition lui est consacrée.

Ludwig van Beethoven (1770-1827) né à Bonn dans une famille de musicien a connu une enfance difficile avec un père alcoolique et violent. Compositeur précoce, il a crée sa première œuvre connue à 12 ans. A 14 ans,  il gagnait déjà sa vie et contribuait à nourrir sa famille. Il a côtoyé de grands musiciens. Il fut l’élève de Haydn. Avant cela, en 1787, il joue devant Mozart qui dira en tout simplicité  » Ce jeune homme fera parler de lui ».

Personnage hors du commun Ludwig van Beethoven a franchi les barrières du classicisme. Il a ouvert le champ à des courants artistiques toujours renouvelés. Mondialement admiré et interprété, il est à la fois présent et intemporel.

 Un personnage toujours en évolution, c’est ce qui est particulièrement frappant dans son écriture tout au fil de sa vie. Penchons-nous sur trois documents pour tenter de comprendre l’homme qu’il a été.

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Ecriture à 17 ans

Ce qui est surprenant ici, c’est la maturité remarquable de l’écriture. Cela transparait dans  la tenue de ligne rigoureuse, une angulosité des formes, une ponctuation irréprochable, des finales aiguisées comme des flèches, autant d’éléments qui traduisent une détermination et une exigence peu communes à cet âge. On décèle également une attitude très critique face à la vie sur un fond de rigidité. Aucune influençabilité dans la mentalité du jeune homme mais au contraire la force et la volonté. Sans doute que la pénibilité de l’enfance a renforcé un caractère déjà bien trempé. Ce n’est pas sans angoisse car les noirceurs du graphisme trahissent une certaine morbidité.

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A 27 ans un autre homme

Le graphisme est totalement libéré, le mouvement n’est plus dans la contrainte. La rapidité de l’écriture s’associe à des formes parfois extravagantes. Les règles sont bousculées. Alors qu’à 17 ans apparaissait une mise en page rigoureuse (signe de respect des convenances), ici personne ne dicte de règles sauf Ludwig van Beethoven lui-même! En même temps cela renseigne sur un comportement peu sociable. Pour exemple, cela ne s’est pas très bien passé avec Haydn qui lui a déclaré « vous avez beaucoup de talent…vous aurez des pensées que personne n’a encore eues, vous ne sacrifierez jamais votre pensée à une règle tyrannique mais vous sacrifierez les règles à vos fantaisies… »

Ludwig Van Beethoven, n’avait pas la réputation d’être diplomate! Son écriture met l’accent sur la révolte face à la contrainte, le refus des limitations (les formes sont escamotées, amplifiées, majestueuses, originales) et la révolte contre le père symbolique. Farouchement indépendant, le terme est insuffisant pour traduire sa soif de vivre à la hauteur de sa philosophie. Un incident illustre cette réalité. En 1806 son mécène, le  prince Carl Lichnowsky, lors d’une réception dans son château l’avait menacé de le mettre aux arrêts s’il refusait obstinément de jouer du piano pour des officiers français. Beethoven quitta les lieux avant d’envoyer le billet suivant: « Prince, ce que vous êtes, vous l’êtes par le hasard de la naissance. Ce que je suis, je le suis devenu par moi-même. Des princes, il y en a et il y en aura encore des milliers. Il n’y a qu’un Beethoven. » Après cet éclat, on s’en doute, le prince a supprimé la pension qu’il donnait au compositeur.

La taille de l’écriture, les gonflements soudains, les envolées suivies d’effondrements, avec des formes évanescentes sont à la hauteur d’un personnage tout en contrastes, tour à tour excédé ou nuancé, enthousiaste ou révolté.  L’ego prend toute la place mais l’imaginaire également sur un fond d’hypersensibilité à vif. Rappelons qu’à cette époque est apparu le début de la surdité, rien de pire pour un musicien. Les formes élancées, la continuité du trait (pas de coupure dans les mots) et cette association de la souplesse et de formes incisives mettent en évidence une personnalité qui face aux crises de la vie, peut occasionner sa propre renaissance. « Je veux saisir le destin à la gorge » dira-t-il plus tard.

L’amour malmené

L’écriture témoigne d’une extraordinaire sensibilité, d’une puissance portée à franchir tous les obstacles. Toutefois, la zone médiane de l’écriture qui témoigne du vécu affectif est particulièrement instable avec des formes changeantes et escamotées. Les gonflements soudains sont à l’image de l’emballement, le trait filiforme à l’inverse signale une fuite en avant. Désir et peur de l’amour. Fantasmes, exaltation des sentiments et impossibilité à s’investir pleinement dans la relation, telle est la conclusion révélée par l’écriture. L’amour peut être vécu dans le rêve impossible, dans un idéal, mais vraisemblablement pas dans le quotidien. Ce n’est pas la marque de l’insensibilité, au contraire! En témoigne l’extrême souffrance qui transparait dans l’écriture plus tardive, juste après avoir appris la tentative de suicide de son neveu.

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Dans ce document la noirceur et la rigidité, l’écriture étrécie sont autant d’indicateur d’angoisse, de repli sur soi et de désespoir, voire de culpabilité. Toutes les situations de sa vie ont touché Ludwig Von Beethoven au plus profond de lui-même.

Tout est extrême dans son écriture et dans sa personnalité. Dans sa formulation, Haydn lui avait formulé: « vous me faites l’impression d’un homme qui a plusieurs têtes, plusieurs cœurs, plusieurs âmes ». N’est-ce pas le propre de l’homme de génie?

Ludwig van Beethoven a bien gardé ses secrets dans le domaine de l’amour. Il est décédé lorsque sa santé s’est délabrée avec entre autres une intoxication sévère due au plomb. Il était grand amateur de vin qu’il savourait dans une coupe de cristal de plomb et il ajoutait paraît-il du sel de plomb pour le sucrer…

L’histoire en a fait un personnage particulièrement bourru mais dans son testament d’Heiligenstadt (1802), il nous livre (ce qui pourrait être son épitaphe).

 « Ô vous, hommes qui pensez que je suis un être haineux, obstiné, misanthrope, ou qui me faites passer pour tel, comme vous êtes injustes ! Vous ignorez la raison secrète de ce qui vous paraît ainsi. […]Songez que depuis six ans je suis frappé d’un mal terrible, que des médecins incompétents ont aggravé. D’année en année, déçu par l’espoir d’une amélioration, […] j’ai dû m’isoler de bonne heure, vivre en solitaire, loin du monde. […] Si jamais vous lisez ceci un jour, alors pensez … que le malheureux se console en trouvant quelqu’un qui lui ressemble et qui, malgré tous les obstacles de la Nature, a tout fait cependant pour être admis au rang des artistes et des hommes de valeur. »

Sylvie Chermet-Carroy

Site sur la graphologie

Graphologue, cours, consultations, bilans de personnalité.

Chateaubriand, les mémoires confisquées

Voilà un procès retentissant pour une œuvre majeure, ou plutôt pour un manuscrit, les « Mémoires d’outre-tombe » déposé chez un notaire en 1836.
Rédigées au fil des années par François-René vicomte de Chateaubriand, « Les Mémoires » devaient n’être révélées qu’après le décès de l’auteur : « Je préfère parler du fond de mon cercueil; ma narration sera alors accompagnée de ces voix qui ont quelque chose de sacré, parce qu’elles sortent du sépulcre ».

chateaubriand - photoPortrait de Chateaubriand

Chateaubriand, avec ses éditeurs, avait négocié sa rente viagère pour une future parution après sa mort. Un vrai scoop à l’époque. Toujours est-il que la copie a sommeillé jusqu’à récemment. Précisons qu’elle n’est pas de sa main mais que c’est une copie écrite par le secrétaire de ce grand écrivain, précurseur du romantisme, qui a épousé une carrière militaire et qui s’est engagé également dans l’action politique.
Mais scandale, au fil des transmissions, le notaire d’aujourd’hui voulait vendre le fameux manuscrit. Un dilemme! A qui appartient-il au final? Sa valeur étant estimée à 400 000 ou même 500 000 Euros, cela mérite une juste réflexion. Après quelques procédures, voilà que les Mémoires d’outre tombe sont… confisquées par la justice fin 2015, puis rachetées par la Bibliothèque Nationale !

Le pouvoir et l’exaltation

Et si on en profitait pour découvrir la personnalité de Chateaubriand. Justement, voici une lettre dans laquelle il demande des sous à son libraire.

Chateaubriand lettre

écriture de Chateaubriand âgé

Ce qui frappe a priori, c’est l’écriture de très grande taille avec sa verticalité et des écrasements de plume puissants, critères qui n’évoquent pas l’humilité mais au contraire une conscience de soi bien affirmée, ainsi qu’un désir de puissance important. Allez lâchons le mot et tant pis pour ses admirateurs! L’orgueil prédomine avec une suffisance qui frôle la vanité.

Un personnage double

On remarque deux aspects contradictoires, qui cohabitent : d’une part la raideur associée à des formes agressives comme le « n » « mon » (ligne 2) qui se termine en pointe, des barres de « t » puissantes et obliques qui traduisent de la provocation, et d’autre part, de la souplesse, des courbes douces dans les « m » ou les « n » la finesse du trait par moments. Presque deux personnages en un ! L’homme guerrier, militant, provocateur et l’être sensible, délicat, raffiné. La souplesse, il l’a sans doute manifestée dans la stratégie politique : il a été ambassadeur ! Le raffinement n’est pas à démontrer dans les œuvres magnifiques qu’il a produites. Victor Hugo (en personne!) disait lorsqu’il était jeune : « je voudrais être Chateaubriand ou rien ».

La face cachée
Pourtant, ce qui est caractéristique dans cette écriture, c’est ce mélange de force et de discordance, les inégalités flagrantes de pression et de taille, une tenue de ligne qui danse avec des tremblements qui font soupçonner la maladie. L’excès et le désordre signalent une agitation mentale et les gonflements soudains questionnent sur l’équilibre psychique.
La souffrance est présente dans ces distorsions du graphisme et le rapport au réel n’est pas constant. Cette intensité exprimée par l’écriture traduit des élans propices aux grandes actions et aux projets d’envergure, mais le réel peut être sujet au désenchantement ou à une façon toute personnelle d’enjoliver les choses (par uniquement dans ses romans).

Ainsi lors du récit de son voyage en Amérique, son périple dans le Nouveau Monde laisse un peu perplexe. Ses descriptions ne sont pas confirmées par la réalité et lorsqu’il prétend avoir rencontré Georges Washington qui l’aurait gentiment salué, on veut bien le croire mais personne n’en est vraiment certain !

Les virgules énormes et noircies traduisent une angoisse qui est présente comme une toile de fond ou même comme une jouissance, une fascination pour le morbide. Ou bien est-ce la marque d’une mélancolie chronique source d’inspiration ? Les souffrances, très présentes ici, s’expliquent par une enfance douloureuse et l’orgueil ou même la mégalomanie ont pu être un levier pour mettre en œuvre le dépassement de soi et regarder vers le futur.

Décédé en 1848, Chateaubriand repose selon son vœu, sur le rocher du Grand Bé, auquel on accède à pied depuis Saint-Malo lorsque la mer s’est retirée.

Sylvie Chermet-Carroy
Consultations, cours de graphologie.

Urgent, le rébus d’Hitchcock.

Le rébus

Dans son échange avec François Truffaut, Alfred Hitchcock nous livre ce rébus à résoudre avec humour et un peu d’investigation. Profitons-en pour découvrir son écriture et ce qu’elle révèle du personnage.

Hiitchcock rébus

Il y a peu de matière à explorer, juste trois mots et des lettres de l’alphabet bien appliquées donc artificielles. Mais on remarque une quantité d’éléments très différents qui ne se contredisent pas mais montrent plusieurs facettes de la personnalité.

Tout d’abord la clarté et la douceur des mots qui s’agencent avec de belles courbes comme le lien entre « t » et « r » dans « très », les liaisons souples des « e » de « heureux ». La personnalité sait communiquer avec gentillesse, douceur et sait faire preuve de souplesse. Un peu d’angulosité est présente notamment dans le « n » de « Un » ce qui signale que la douceur n’exclut pas l’affirmation et le sens critique. Les barres de « t » toutes différentes sont grandes, fines, parfois couvrantes comme dans la signature qui accompagne son portrait.

HitchcockAlfred avait un côté légèrement autoritaire mais aussi protecteur et bienveillant. Il était charmant cet homme! Et les défauts alors? Toutes ses signatures « Hitch » ou celles qui combinent le nom complet sont hyperliées ce qui indique un fond tenace, une personnalité qui évite de se laisser influencer, qui suit son idée jusqu’au bout. J’ose dire même un peu obsessionnel. De plus les petites noirceurs au sein des lettres traduisent un fond un peu obscur, une sensibilité en souffrance et une anxiété certaine.

Regardons les lettres pendant que vous vous questionnez sur le rébus. Leur positionnement sur la ligne de base est fluctuante. Par exemple le « H » flotte un peu au-dessus de la ligne, « F et G » descendent, le « K » s’enfonce sous la ligne avec une finale massuée (avec un épaississement un peu comme une massue). Ces points révèlent un être qui passe du réel (la ligne) au rêve (au-dessus), qui accepte le concret mais demande à s’évader (tant mieux pour la création fabuleuse qu’il nous offre).

Notons que dans la symbolique des lettres le « i » correspond au principe créateur dans le sens large. Ici le « i » est plus grand que les autres lettres, il trône. Les finales des mots peuvent être comme une coupe qui recueille, qui attend, qui reçoit ou au contraire plus abrupte. Quelques colères n’étaient pas exclues sur un fond d’émotivité forte indiquée par les variations d’inclinaison. Notons que la signature complète est sobre et d’une grande simplicité à l’image d’un être conscient de lui-même mais qui ne se prend au sérieux. On retrouve ce recul dans la distance entre les ligne du fameux rébus. Bon, alors? Vous avez trouvé? Dans l’alphabet, il nous souhaite un très heureux  Noël (no « L »). Sacré Hitchcock!

Sylvie Chermet-Carroy
Cours et consultations
Auteure de « Interpréter les lettres et le chiffres dans l’écriture ». Editions Exergue