Nadja est entrée à la Bibliothèque Nationale avec Breton.

André_Breton_1924

André Breton est né en 1896 dans une famille modeste. Etudiant en médecine il fut mobilisé lors de la première guerre mondiale, en 1916 et affecté en tant qu’infirmier dans un service neurologique. Là, il découvre les pathologies mentales. Fasciné par ce domaine, il refuse d’y voir un simple dérangement de l’esprit mais au contraire, il y décèle un puits de créativité.

Considéré comme le chef de file du surréalisme, André Breton se lie avec Aragon, Soupault, Desnos, Apollinaire. Le « manifeste du surréalisme » est publié en 1924. André Breton participe au mouvement Dada. Fasciné par les mécanismes de la pensée, il explore les états hypnotiques. Il découvre « l’écriture automatique » et s’élève contre le conformisme et les préjugés.

Le courant surréaliste a pris une ampleur internationale avec des déclinaisons dans toute forme artistique et peut être aussi considéré comme un mode de vie.

Au cours de la deuxième guerre mondiale, sous le gouvernement de Vichy, on dénonce André Breton comme « un anarchiste dangereux »! Il est mis en prison préventivement. Libéré, il se réfugie aux USA. De retour à Paris en 1946, André Breton intervient contre le colonialisme français et défend en même temps le droit à « l’objection de conscience ».

Et Nadja dans tout cela? Une femme mystérieuse dont la relation avec André Breton a inspiré le roman du même nom, en partie autobiographique. Il s’agit d’une jeune femme que la misère à conduit à la prostitution. André Breton garde ses écrits, ses dessins, la pousse également dans ses retranchements en analysant sa pensée. Il la considère comme « un génie libre ». Nadja perd la raison et est internée en hôpital  psychiatrique.

« Nadja » une des œuvres majeures du poète et écrivain André Breton se trouve à la Bibliothèque Nationale de Paris.  Le manuscrit complet! Tout un ensemble de feuillets écrits à la main sur des pages de cahier d’écolier.

La ligne rouge est franchie

André BRETON NadjaManuscrit « Nadja »

Ce qui m’a intéressée au premier regard c’est l’écrit d’un théoricien de la pensée, sur des cahiers d’écolier. André Breton ne cherchait rien de formel, dans aucun domaine. Par ailleurs lorsqu’on écrit sur des pages quadrillées (à l’inverse de la page blanche), cela aide inconsciemment à fixer l’attention, voire la mémoire. On a tout de même l’homme adulte et intellectuel, qui se livre dans un cahier qui symbolise l’enfance. Choix volontaire ou accidentel? En tout cas, ce qui est certain, c’est que sur toutes les pages, André Breton a franchi la ligne rouge. En effet, la marge de gauche tracée en rouge est transgressée.

Les couleurs ont un symbolisme. Elles sont liées à l’émotionnel, à l’énergie. Elles révèlent des tendances. Ici, le rouge qui symbolise entre autres l’autorité, nous intéresse particulièrement. Le rouge est souvent associé à l’interdit (au feu rouge on doit s’arrêter). La marge tracée par un trait rouge dans le cahier d’écolier signale à l’élève qu’il ne doit pas écrire dans cette zone de gauche qui est réservée à l’autorité du maître. D’ailleurs les maîtres notent leurs corrections en…rouge.

En franchissant allègrement et systématiquement la ligne rouge, André Breton nous dit « l’autorité,  on la transgresser quand on le décide ».

André Breton  remet en cause le formalisme, les règles établies. Ce tracé inconscient révèle le choix délibéré de « piétiner » l’autorité. En tout cas de ne pas la subir.

Autre point significatif: le contraste entre des mouvements très appuyés, comme de gros tirets épais (page de gauche), la marque d’un geste rageur et autoritaire, et par ailleurs, la délicatesse d’un tracé constant, presque appliqué avec un trait nuancé (dans la plupart des pages). Personnalité double, qui connaît la finesse, la maîtrise de soi et l’inverse, le domaine des pulsions. Celles-ci s’expriment donc par à-coup, au moment où on ne s’y attend pas. Douceur et rébellion, voilà où nous en sommes à ce stade de l’observation! D’ailleurs André Breton, qui prônait la liberté disait : « En matière de révolte, aucun de nous ne doit avoir besoin d’ancêtres. »

Comprendre et se faire comprendre

André Breton 001

Dans le petit mot à Philippe Soupault, on remarque un trait étrange en début de texte. André Breton trace un tiret avant d’écrire « – est-ce que… » Le tiret est une mise à distance, une attaque symbolique. Malgré l’ouverture et la souplesse de l’ensemble du graphisme, il ressort qu’André Breton traduit ici la crainte de ne pas être entendu ou d’être contesté. En même temps, il ne met pas de majuscule à son début de phrase (la majuscule symbolise le conformisme, l’attitude conventionnelle courante). Cela signale qu’il ne veut pas s’embarrasser de conventions. Normal! Le surréalisme est ouvert à toute liberté. Cela nous dit qu’André Breton était en accord, au fond de sa personnalité, avec le mouvement et la philosophie qu’il a prônés.

Autre remarque: les phrases sont nettement plus appuyées vers la droite que dans la partie gauche du texte. Il y a donc  une insistance, une façon d’accroitre son affirmation au fur et à mesure qu’il avance. Les petites formes massuées (épaissies) en fin de mots à droite confirment une façon peut-être parfois un peu brutale de s’affirmer ou de s’imposer.

Plus profondément la forme tracée en chiffre 8 dans le A de la signature dévoile une souffrance problématique liée à la vie affective. La lettre « a » qui est liée à l’élan vital et à l’amour (voir mon livre) est un peu malmené ici et se transforme en jambage (un grand mouvement vers le bas) qui n’a rien à voir avec le tracé d’un A. Le bas, c’est la matière et la sexualité. La vie affective semble scindée entre l’intellect (le haut tracé comme une envolée) et le bas alourdi dans un dessin clos (dans le 8 on tourne en rond à l’infini). On a donc une forte dualité entre l’amour idéalisé et la passion sexuelle. Une clé, peut-être, pour tenter d’éclairer autant que faire ce peut, l’histoire liée à Nadja qui gardera toujours une immense part de beauté et de mystère.

Sylvie Chermet-Carroy

Graphologue, cours et consultations

Auteure de « interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture » Editions Exergue

« La signature ou l’intimité dévoilée »  Trédaniel Editeur

Mon site

Beethoven à la Philharmonie de Paris

Une exposition lui est consacrée.

Ludwig van Beethoven (1770-1827) né à Bonn dans une famille de musicien a connu une enfance difficile avec un père alcoolique et violent. Compositeur précoce, il a crée sa première œuvre connue à 12 ans. A 14 ans,  il gagnait déjà sa vie et contribuait à nourrir sa famille. Il a côtoyé de grands musiciens. Il fut l’élève de Haydn. Avant cela, en 1787, il joue devant Mozart qui dira en tout simplicité  » Ce jeune homme fera parler de lui ».

Personnage hors du commun Ludwig van Beethoven a franchi les barrières du classicisme. Il a ouvert le champ à des courants artistiques toujours renouvelés. Mondialement admiré et interprété, il est à la fois présent et intemporel.

 Un personnage toujours en évolution, c’est ce qui est particulièrement frappant dans son écriture tout au fil de sa vie. Penchons-nous sur trois documents pour tenter de comprendre l’homme qu’il a été.

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Ecriture à 17 ans

Ce qui est surprenant ici, c’est la maturité remarquable de l’écriture. Cela transparait dans  la tenue de ligne rigoureuse, une angulosité des formes, une ponctuation irréprochable, des finales aiguisées comme des flèches, autant d’éléments qui traduisent une détermination et une exigence peu communes à cet âge. On décèle également une attitude très critique face à la vie sur un fond de rigidité. Aucune influençabilité dans la mentalité du jeune homme mais au contraire la force et la volonté. Sans doute que la pénibilité de l’enfance a renforcé un caractère déjà bien trempé. Ce n’est pas sans angoisse car les noirceurs du graphisme trahissent une certaine morbidité.

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A 27 ans un autre homme

Le graphisme est totalement libéré, le mouvement n’est plus dans la contrainte. La rapidité de l’écriture s’associe à des formes parfois extravagantes. Les règles sont bousculées. Alors qu’à 17 ans apparaissait une mise en page rigoureuse (signe de respect des convenances), ici personne ne dicte de règles sauf Ludwig van Beethoven lui-même! En même temps cela renseigne sur un comportement peu sociable. Pour exemple, cela ne s’est pas très bien passé avec Haydn qui lui a déclaré « vous avez beaucoup de talent…vous aurez des pensées que personne n’a encore eues, vous ne sacrifierez jamais votre pensée à une règle tyrannique mais vous sacrifierez les règles à vos fantaisies… »

Ludwig Van Beethoven, n’avait pas la réputation d’être diplomate! Son écriture met l’accent sur la révolte face à la contrainte, le refus des limitations (les formes sont escamotées, amplifiées, majestueuses, originales) et la révolte contre le père symbolique. Farouchement indépendant, le terme est insuffisant pour traduire sa soif de vivre à la hauteur de sa philosophie. Un incident illustre cette réalité. En 1806 son mécène, le  prince Carl Lichnowsky, lors d’une réception dans son château l’avait menacé de le mettre aux arrêts s’il refusait obstinément de jouer du piano pour des officiers français. Beethoven quitta les lieux avant d’envoyer le billet suivant: « Prince, ce que vous êtes, vous l’êtes par le hasard de la naissance. Ce que je suis, je le suis devenu par moi-même. Des princes, il y en a et il y en aura encore des milliers. Il n’y a qu’un Beethoven. » Après cet éclat, on s’en doute, le prince a supprimé la pension qu’il donnait au compositeur.

La taille de l’écriture, les gonflements soudains, les envolées suivies d’effondrements, avec des formes évanescentes sont à la hauteur d’un personnage tout en contrastes, tour à tour excédé ou nuancé, enthousiaste ou révolté.  L’ego prend toute la place mais l’imaginaire également sur un fond d’hypersensibilité à vif. Rappelons qu’à cette époque est apparu le début de la surdité, rien de pire pour un musicien. Les formes élancées, la continuité du trait (pas de coupure dans les mots) et cette association de la souplesse et de formes incisives mettent en évidence une personnalité qui face aux crises de la vie, peut occasionner sa propre renaissance. « Je veux saisir le destin à la gorge » dira-t-il plus tard.

L’amour malmené

L’écriture témoigne d’une extraordinaire sensibilité, d’une puissance portée à franchir tous les obstacles. Toutefois, la zone médiane de l’écriture qui témoigne du vécu affectif est particulièrement instable avec des formes changeantes et escamotées. Les gonflements soudains sont à l’image de l’emballement, le trait filiforme à l’inverse signale une fuite en avant. Désir et peur de l’amour. Fantasmes, exaltation des sentiments et impossibilité à s’investir pleinement dans la relation, telle est la conclusion révélée par l’écriture. L’amour peut être vécu dans le rêve impossible, dans un idéal, mais vraisemblablement pas dans le quotidien. Ce n’est pas la marque de l’insensibilité, au contraire! En témoigne l’extrême souffrance qui transparait dans l’écriture plus tardive, juste après avoir appris la tentative de suicide de son neveu.

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Dans ce document la noirceur et la rigidité, l’écriture étrécie sont autant d’indicateur d’angoisse, de repli sur soi et de désespoir, voire de culpabilité. Toutes les situations de sa vie ont touché Ludwig Von Beethoven au plus profond de lui-même.

Tout est extrême dans son écriture et dans sa personnalité. Dans sa formulation, Haydn lui avait formulé: « vous me faites l’impression d’un homme qui a plusieurs têtes, plusieurs cœurs, plusieurs âmes ». N’est-ce pas le propre de l’homme de génie?

Ludwig van Beethoven a bien gardé ses secrets dans le domaine de l’amour. Il est décédé lorsque sa santé s’est délabrée avec entre autres une intoxication sévère due au plomb. Il était grand amateur de vin qu’il savourait dans une coupe de cristal de plomb et il ajoutait paraît-il du sel de plomb pour le sucrer…

L’histoire en a fait un personnage particulièrement bourru mais dans son testament d’Heiligenstadt (1802), il nous livre (ce qui pourrait être son épitaphe).

 « Ô vous, hommes qui pensez que je suis un être haineux, obstiné, misanthrope, ou qui me faites passer pour tel, comme vous êtes injustes ! Vous ignorez la raison secrète de ce qui vous paraît ainsi. […]Songez que depuis six ans je suis frappé d’un mal terrible, que des médecins incompétents ont aggravé. D’année en année, déçu par l’espoir d’une amélioration, […] j’ai dû m’isoler de bonne heure, vivre en solitaire, loin du monde. […] Si jamais vous lisez ceci un jour, alors pensez … que le malheureux se console en trouvant quelqu’un qui lui ressemble et qui, malgré tous les obstacles de la Nature, a tout fait cependant pour être admis au rang des artistes et des hommes de valeur. »

Sylvie Chermet-Carroy

Site sur la graphologie

Graphologue, cours, consultations, bilans de personnalité.

Chateaubriand, les mémoires confisquées

Voilà un procès retentissant pour une œuvre majeure, ou plutôt pour un manuscrit, les « Mémoires d’outre-tombe » déposé chez un notaire en 1836.
Rédigées au fil des années par François-René vicomte de Chateaubriand, « Les Mémoires » devaient n’être révélées qu’après le décès de l’auteur : « Je préfère parler du fond de mon cercueil; ma narration sera alors accompagnée de ces voix qui ont quelque chose de sacré, parce qu’elles sortent du sépulcre ».

chateaubriand - photoPortrait de Chateaubriand

Chateaubriand, avec ses éditeurs, avait négocié sa rente viagère pour une future parution après sa mort. Un vrai scoop à l’époque. Toujours est-il que la copie a sommeillé jusqu’à récemment. Précisons qu’elle n’est pas de sa main mais que c’est une copie écrite par le secrétaire de ce grand écrivain, précurseur du romantisme, qui a épousé une carrière militaire et qui s’est engagé également dans l’action politique.
Mais scandale, au fil des transmissions, le notaire d’aujourd’hui voulait vendre le fameux manuscrit. Un dilemme! A qui appartient-il au final? Sa valeur étant estimée à 400 000 ou même 500 000 Euros, cela mérite une juste réflexion. Après quelques procédures, voilà que les Mémoires d’outre tombe sont… confisquées par la justice fin 2015, puis rachetées par la Bibliothèque Nationale !

Le pouvoir et l’exaltation

Et si on en profitait pour découvrir la personnalité de Chateaubriand. Justement, voici une lettre dans laquelle il demande des sous à son libraire.

Chateaubriand lettre

écriture de Chateaubriand âgé

Ce qui frappe a priori, c’est l’écriture de très grande taille avec sa verticalité et des écrasements de plume puissants, critères qui n’évoquent pas l’humilité mais au contraire une conscience de soi bien affirmée, ainsi qu’un désir de puissance important. Allez lâchons le mot et tant pis pour ses admirateurs! L’orgueil prédomine avec une suffisance qui frôle la vanité.

Un personnage double

On remarque deux aspects contradictoires, qui cohabitent : d’une part la raideur associée à des formes agressives comme le « n » « mon » (ligne 2) qui se termine en pointe, des barres de « t » puissantes et obliques qui traduisent de la provocation, et d’autre part, de la souplesse, des courbes douces dans les « m » ou les « n » la finesse du trait par moments. Presque deux personnages en un ! L’homme guerrier, militant, provocateur et l’être sensible, délicat, raffiné. La souplesse, il l’a sans doute manifestée dans la stratégie politique : il a été ambassadeur ! Le raffinement n’est pas à démontrer dans les œuvres magnifiques qu’il a produites. Victor Hugo (en personne!) disait lorsqu’il était jeune : « je voudrais être Chateaubriand ou rien ».

La face cachée
Pourtant, ce qui est caractéristique dans cette écriture, c’est ce mélange de force et de discordance, les inégalités flagrantes de pression et de taille, une tenue de ligne qui danse avec des tremblements qui font soupçonner la maladie. L’excès et le désordre signalent une agitation mentale et les gonflements soudains questionnent sur l’équilibre psychique.
La souffrance est présente dans ces distorsions du graphisme et le rapport au réel n’est pas constant. Cette intensité exprimée par l’écriture traduit des élans propices aux grandes actions et aux projets d’envergure, mais le réel peut être sujet au désenchantement ou à une façon toute personnelle d’enjoliver les choses (par uniquement dans ses romans).

Ainsi lors du récit de son voyage en Amérique, son périple dans le Nouveau Monde laisse un peu perplexe. Ses descriptions ne sont pas confirmées par la réalité et lorsqu’il prétend avoir rencontré Georges Washington qui l’aurait gentiment salué, on veut bien le croire mais personne n’en est vraiment certain !

Les virgules énormes et noircies traduisent une angoisse qui est présente comme une toile de fond ou même comme une jouissance, une fascination pour le morbide. Ou bien est-ce la marque d’une mélancolie chronique source d’inspiration ? Les souffrances, très présentes ici, s’expliquent par une enfance douloureuse et l’orgueil ou même la mégalomanie ont pu être un levier pour mettre en œuvre le dépassement de soi et regarder vers le futur.

Décédé en 1848, Chateaubriand repose selon son vœu, sur le rocher du Grand Bé, auquel on accède à pied depuis Saint-Malo lorsque la mer s’est retirée.

Sylvie Chermet-Carroy
Consultations, cours de graphologie.

Urgent, le rébus d’Hitchcock.

Le rébus

Dans son échange avec François Truffaut, Alfred Hitchcock nous livre ce rébus à résoudre avec humour et un peu d’investigation. Profitons-en pour découvrir son écriture et ce qu’elle révèle du personnage.

Hiitchcock rébus

Il y a peu de matière à explorer, juste trois mots et des lettres de l’alphabet bien appliquées donc artificielles. Mais on remarque une quantité d’éléments très différents qui ne se contredisent pas mais montrent plusieurs facettes de la personnalité.

Tout d’abord la clarté et la douceur des mots qui s’agencent avec de belles courbes comme le lien entre « t » et « r » dans « très », les liaisons souples des « e » de « heureux ». La personnalité sait communiquer avec gentillesse, douceur et sait faire preuve de souplesse. Un peu d’angulosité est présente notamment dans le « n » de « Un » ce qui signale que la douceur n’exclut pas l’affirmation et le sens critique. Les barres de « t » toutes différentes sont grandes, fines, parfois couvrantes comme dans la signature qui accompagne son portrait.

HitchcockAlfred avait un côté légèrement autoritaire mais aussi protecteur et bienveillant. Il était charmant cet homme! Et les défauts alors? Toutes ses signatures « Hitch » ou celles qui combinent le nom complet sont hyperliées ce qui indique un fond tenace, une personnalité qui évite de se laisser influencer, qui suit son idée jusqu’au bout. J’ose dire même un peu obsessionnel. De plus les petites noirceurs au sein des lettres traduisent un fond un peu obscur, une sensibilité en souffrance et une anxiété certaine.

Regardons les lettres pendant que vous vous questionnez sur le rébus. Leur positionnement sur la ligne de base est fluctuante. Par exemple le « H » flotte un peu au-dessus de la ligne, « F et G » descendent, le « K » s’enfonce sous la ligne avec une finale massuée (avec un épaississement un peu comme une massue). Ces points révèlent un être qui passe du réel (la ligne) au rêve (au-dessus), qui accepte le concret mais demande à s’évader (tant mieux pour la création fabuleuse qu’il nous offre).

Notons que dans la symbolique des lettres le « i » correspond au principe créateur dans le sens large. Ici le « i » est plus grand que les autres lettres, il trône. Les finales des mots peuvent être comme une coupe qui recueille, qui attend, qui reçoit ou au contraire plus abrupte. Quelques colères n’étaient pas exclues sur un fond d’émotivité forte indiquée par les variations d’inclinaison. Notons que la signature complète est sobre et d’une grande simplicité à l’image d’un être conscient de lui-même mais qui ne se prend au sérieux. On retrouve ce recul dans la distance entre les ligne du fameux rébus. Bon, alors? Vous avez trouvé? Dans l’alphabet, il nous souhaite un très heureux  Noël (no « L »). Sacré Hitchcock!

Sylvie Chermet-Carroy
Cours et consultations
Auteure de « Interpréter les lettres et le chiffres dans l’écriture ». Editions Exergue

Le boustrophédon ? Droite, gauche, dans quel sens écrit-on ?

L’espace autour de nous, la route devant soi, le ciel au-dessus de notre tête, la terre sous nos pieds, autant d’évidences qui participent aux perceptions sensorielles, qui sont vecteurs de la pensée et même source de philosophie.
Selon les pays et la culture, le sens de l’écriture diffère. Elle peut être horizontale de gauche à droite ou à l’inverse se diriger de droite à gauche comme c’est le cas pour l’arabe et l’hébreu. Elle se trace en ligne verticale dans les traditions chinoise et japonaise.

Le boustrophédon
Quelques siècles avant notre ère, existait même un procédé étrange d’écriture de gauche à droite, puis ligne suivante de droite à gauche et ainsi de suite avec ces allers-retours gravés dans la pierre. C’est l’écriture en boustrophédon, terme d’origine grecque qui décrit le parcours du bœuf qui trace les sillons du labour. Pas très facile quand même pour lire le texte dont les lettres partent à rebours!
Quand une culture transmet une écriture qui se trace de gauche à droite et inversement, ou de haut en bas, ce n’est pas anodin, ni simplement le fruit du hasard.

Peut-on en tirer quelque conclusion?

Puisque le graphologue interprète les mouvements du graphisme vers le haut, le bas, la gauche, la droite, y aurait-il une signification lorsque l’écriture se déroule de droite à gauche ou en ligne verticale comme le chinois et le japonais?
D’une façon générale, l’être humain a tendance à placer vers le haut ce qui élève l’esprit, les idéaux, la spiritualité et vers le bas ce qui ressort du domaine concret, la matière, ce qui est quantifiable et palpable.

L’axe horizontal

Lorsque l’homme se déplace, les points cardinaux et l’horizon, sont les repères de son parcours et de son mouvement. L’axe horizontal représente la progression de l’homme, son avancée dans la vie. On y trouvera la notion du temps dans le mouvement qui mène d’un point à un autre.
Sur un plan symbolique (que l’on retrouve aussi au niveau psychosomatique), la gauche pour l’être humain est en affinité avec la vie intérieure, les origines, et la droite la vie extérieure, l’action, le mouvement vers le futur et l’inconnu. Je synthétise ici des développements que j’ai déjà faits dans d’autres ouvrages. Rappelons toutefois en exemple que les travaux de renommée internationale du chercheur A.Tomatis, nous précisent que chez l’enfant les pathologies répétées à l’oreille gauche peuvent être liées à la relation à la mère alors que l’oreille droite est liée à sa relation au père, à l’extériorisation ce qui évoque par extension une difficulté à aller vers les autres et vers son futur. Ceci est bien sûr plus que résumé et mérite des nuances.

L’axe vertical

On peut déjà percevoir que l’écriture verticale traduit une philosophie qui situe l’homme entre le Ciel et la Terre, ce qui privilégie le plan spirituel. L’écriture traditionnelle chinoise en est l’exemple. Dans cette culture, l’homme est, au sein de l’univers, en contact subtil avec les énergies de la nature. La richesse même de l’acupuncture met en lumière un concept où l’être humain est profondément, concrètement et psychiquement lié à l’univers et aux cycles de la vie.
Vous allez dire, ah oui! Mais maintenant le chinois s’écrit aussi sur un plan horizontal! Exact, depuis environ 1956, on a commencé à écrire le chinois de gauche à droite par souci de « simplification » paraît-il. Sans doute! Cela permettait aussi d’écrire facilement les mots occidentaux. Mais restons dans la symbolique. En modifiant la transmission de l’écriture, on transforme ce que l’on fait passer dans les mentalités. On pourrait donc conclure en raccourci (en 1956) que cela promettait des changements fondamentaux de mentalité. Facile à vérifier aujourd’hui. L’écriture gauche-droite: c’est l’axe du temps qui prend le dessus sur l’axe vertical (le Ciel et la Terre). Or la notion de temps n’est pas toujours vécue de la même façon selon les cultures. D’ailleurs dans la langue chinoise « les temps » en grammaire n’existent pas comme dans les langues occidentales. « Avant » ou « après » sont suffisamment explicites alors qu’en français par exemple, on a même des « futurs » dans le passé! Et des conditionnels dans le futur… Opter pour ce changement d’écriture est donc plus profond qu’il n’y paraît et l’occidentalisation que cela annonçait au départ, s’est vite accélérée. On peut penser que les mentalités aussi ont changé même si les valeurs profondes demeurent.

L’écriture de gauche à droite traduit un mouvement qui part du passé pour se diriger vers l’avenir. Dans l’autre direction, l’écriture qui se dirige vers la gauche traduit une philosophie qui va puiser dans les valeurs de la tradition, qui préserve la richesse du passé. Cela met en relief un retour aux sources. Dans l’étude d’une écriture individuelle, on tiendra compte de toutes les particularités puisqu’au sein de chaque forme apprise, l’écriture d’une personne est unique.

Et le boustrophédon alors?

BoustrophedonMais je serais tentée de dire qu’il faut une belle souplesse intellectuelle, sans a priori pour écrire de cette façon puisque dans le mouvement droite-gauche ici, on écrit un peu comme en miroir. Cela évoque une culture qui peut intégrer le passé et le futur, qui se nourrit de l’ancien mais qui va vers le futur en préservant les valeurs du passé.

Il y a peu de chance pour que le graphologue y soit confronté, surtout que c’est gravé dans la pierre. En toute franchise, je n’ai pas encore tenté d’analyser les bas-reliefs. Par contre j’ai apprécié (ou j’ai eu la chance) d’analyser l’écriture de personnes qui écrivaient dans deux langues différentes, en français et dans d’autres caractères d’alphabet. La comparaison des deux élargit le panorama de la recherche et met en lumière parfois la richesse d’une double culture.
De même dans une étude individuelle, je tiens compte de la culture initiale. Selon les pays, il peut y avoir un impact différent sur la façon d’écrire.

Sylvie Chermet-Carroy
Consultations, cours
Site

Ouvrages:

  • interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture. S Chermet-Carroy. Editions Exergue
  • La signature ou l’intimité dévoilée. S Chermet-Carroy. Guy Trédaniel Editeur
  • L’oreille et la vie. Dr Tomatis. Editiond Laffont

Voltaire l’impertinent

voltaire portraitOn a retrouvé le manuscrit de « Candide » que l’on croyait perdu et, aujourd’hui, il est disponible en fac-similé (aux Editions des Saints Pères). Ce conte philosophique de Voltaire condense à lui seul les questions de la tolérance, du pouvoir, de la liberté de pensée.
François Marie Arouet dit Voltaire (1694-1778), tour à tour, homme de théâtre, pamphlétaire, philosophe, historien, acclamé aujourd’hui pour son indépendance de pensée a vu certaines de ses œuvres condamnées et même brulées. Ainsi, « Candide » avait-il été publié dans l’anonymat par crainte de la censure. Ironique et audacieux, Voltaire a même été emprisonné à la Bastille. Il a prôné la liberté, s’est élevé contre l’esclavage, l’autoritarisme, la torture. Il a connu le succès, la disgrâce, l’exil et sa reconnaissance à l’Académie Française.

Que nous dit son écriture?
VOLTAIRE LettreIl s’agit d’un extrait de son intervention auprès du Comte de Saint-Florentin sur l’affaire Calas. En prenant parti, Voltaire met en cause le pouvoir, les mécanismes de la justice qui s’appuyait en grande partie sur les ouï-dire et des présomptions.
« Il s’agissait, dans cette étrange affaire, de religion, de suicide, de parricide; il s’agissait de savoir si un père et une mère avaient étranglé leur fils pour plaire à Dieu, si un frère avait étranglé son frère, si un ami avait étranglé son ami, et si les juges avaient à se reprocher d’avoir fait mourir sur la roue un père innocent, ou d’avoir épargné une mère, un frère, un ami coupables. » (Voltaire).

Finesse et impétuosité dominent dans le graphisme tour à tour subtil et énergique. L’implication et l’élan vers l’avenir (mouvement de l’écriture vers la droite) signalent un être concerné par le futur.
L’écriture révèle aussi un personnage fort attaché à ses intérêts personnels. En témoignent tous les crochets et mouvements d’accaparement (les retours et courbes vers la gauche). Voltaire était près de ses sous, réputé pour être âpre au gain et coriace en affaires. La liaison des lettres met en relief une ténacité hors pair, mais réfléchie.
Des pointes agressives dans la zone supérieure (comme le « d » de « profond » ligne 4) signale un combat intellectuel avec des arguments bien aiguisés.
Les formes anguleuses comme dans le « m » de « humble » (avant dernière ligne) révèlent un sens critique remarquable et une dureté sans conteste. Ajoutez à cela des lignes plongeantes et écrasées fortement comme dans « daignez protéger » ligne 1, cela modifie un peu le portrait parfois dithyrambique que l’on fait de Voltaire. Car cette forme graphique évoque les colères et une virulence avec éventuellement « des coups bas ». On n’est pas là pour juger! Simplement le portrait comme pour tout être humain possède toute sa complexité.

Voltaire n’a pas mis sa virulence uniquement au service des idées de justice. Il a « descendu en flammes » ceux qui ne pensaient pas comme lui et ruiné la carrière de certains (notamment quand on lui faisait de l’ombre).
La Beaumelle fut l’un d’eux. Ecrivain beaucoup plus jeune que lui, au talent prometteur, il fut emprisonné « grâce » aux relations de Voltaire.
On n’est pas obligé d’aimer Jean-Jacques Rousseau mais après quelques démêlés avec lui, Voltaire le traitait publiquement de « ce Chiant-Pot-La perruque ».
N’empêche que son esprit contestataire et audacieux a fait bouger les mentalités. C’est à resituer dans un contexte historique.

Le lapsus de Voltaire
Penchez-vous sur la formule de politesse en bas de la lettre: « votre très humble très obéissan et très obligé Serviteur« . Maintenant, on pose le regard sur « très obéissan ». Cherchez un peu! Bon, ce n’est pas pour que vous observiez l’orthographe! A l’époque, les règles n’étaient pas encore fixées. Alors?
Eh bien voilà: je ne peux pas m’empêcher de voir que « très obéissan » est écrit nettement plus petit que le texte. Ce mot lui pose un problème. Alors « obéissant » Voltaire? Ça m’étonnerait. Cela nous rappelle que c’est la formule obligatoire à l’époque mais en fait, si Voltaire pouvait s’en passer…

Révolté, contestataire, homme de lettres et d’action, Voltaire a marqué son époque et exposé des questions toujours d’actualité. Son écriture le révèle sincère dans ses combats, paradoxal dans ses attitudes, virulent et sans pitié pour défendre son intérêt personnel, futuriste pour asseoir des principes de liberté et de justice avec une ténacité sans faille.

Sylvie Chermet-Carroy
Graphologue

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Alice dans le puits !

Le manuscrit « Alice au pays des Merveilles » a été mis en ligne début 2015 par la British Library. Fascinant, de pouvoir tourner les pages une par une de ce manuscrit original écrit de la main de Lewis Carroll! Avec les illustrations en plus!

Carrol Lewis Portrait

Portrait de Lewis Carroll

Lewis Carroll, de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson, est professeur de mathématiques au collège de Christ Church à Oxford. Il invente des histoires pour les enfants de son entourage. Et voilà qu’une des fillettes du doyen du Collège, Alice l’inspire au plus haut point. Ecrivain, il libère son talent dans des correspondances et des contes fantastiques. En 1869, « Alice au pays des merveilles, est un véritable succès, qui dure encore aujourd’hui. Lewis Carroll a souvent été décrit comme un introverti un peu guindé, mélancolique, donnant des cours assez ennuyeux.

Que nous dit le graphisme de ce manuscrit?

Carroll noté
L’écriture est très appliquée, visiblement étudiée afin d’être bien lisible. C’est normal. A son époque « le traitement de texte » n’existait pas. C’est donc le document destiné à l’éditeur! Que faire? Peut-on en tirer parti pour comprendre le personnage?
L’écriture est régulièrement inclinée à droite d’où un intérêt pour les autres. Toutefois l’élan vers autrui est pondéré: toutes les fins de mots sont douces et bien retenues. Il y a de la douceur certes et un solide souci de maitrise.
On remarque des formes recourbées comme des crochets, notamment dans les « y » ou le « q » de « quick ». Ce sont des signes de séduction et d’accaparement.
Les majuscules très travaillées comme dans le « s » de « Soon » ou le « m » de « Mary Ann » plus bas, révèlent l’intérêt pour le sens esthétique. Lewis Carroll était aussi photographe!
Le graphisme est parfaitement rigoureux. Cependant on note à toutes les pages des fluctuations dans les phrases qui ondulent légèrement comme « table and the little door had vanished » (au-dessus du dessin). Et plus bas « her, and at once » qui descend puis remonte au-dessus de la ligne. Cette dernière, la ligne sur la laquelle on écrit, représente symboliquement le réel. Ici, on passe de l’inconscient (sous la ligne) au rêve (au-dessus du réel).
Bizarre ! Dans cette écriture si bien ordonnée, voici par ci par là, des tirets bien aiguisés comme dans « river-bank ». Est-ce qu’il se lâche Monsieur Lewis Carroll? Cela respire quand même la colère car les tirets sont une mise à distance et parfois une agressivité rentrée ou pas d’ailleurs. Donc douceur, rigueur, esthétique, richesse de l’inconscient et visiblement un côté plus tumultueux qu’il n’y paraît. Cela tombe bien, voilà enfin l’écriture numéro deux, la vraie, celle qu’il utilise librement:

Lettre spontanée de Lewis Carroll

Carroll Lewis lettreElle est mouvementée avec des envolées, des liaisons solides à l’intérieur des mots. A l’image d’une personnalité passionnée, elle est intense, riche et nous révèle aussi quelques emportements (les barres de « t » et à nouveau les tirets) ainsi que de la générosité (l’ampleur du geste graphique). Elle danse également sur la ligne. A cela s’ajoute les gonflements qui traduisent l’emballement et l’imagination.
Cette personnalité a su marier l’imaginaire, la poésie et la richesse de l’inconscient. Alice qui tombe dans un puits, ne serait-ce pas une des images qui représentent la descente dans l’inconscient? Ce n’est pas étonnant que le roman poursuive sa vie au-delà du temps et des frontières. Il est lu dans le monde entier.
Salvador Dali lui-même passionné de psychanalyse, a été inspiré par « Alice au pays des Merveilles ».

Dali. Dans le terrier du lapinTableau de Salvador Dali : « Dans le terrier du lapin »

Tiens, pour la peine voilà une troisième écriture que je réserve spécialement aux anglicistes, un petit rébus que Lewis Carroll envoyé à Ina, 7 ans, pour son anniversaire (Il vous faudra trouver tout seuls la solution !).

Carroll rébusLa lettre rébus d’anniversaire à Ina (1)

Écriture étudiée, encore, pour être lisible pour l’enfant mais elle est plus douce, plus ronde, plus libre que le manuscrit destiné à l’éditeur.
Alors finalement, doit-on considérer qu’il existe de nombreuses écritures pour une seule personne? Non certainement pas, mais l’écriture appliquée mérite la comparaison avec un graphisme plus libre.
Je reçois parfois des personnes qui m’annoncent avoir deux écritures. Je demande toujours plusieurs documents. Même un brouillon peut révéler des richesses présentes au sein de la personnalité. Le papier libre (le brouillon) est comme son nom l’indique, l’être sans contrainte sauf celles qu’il s’impose lui-même. Le document destiné à être lu révèle l’être socialisé, ses facultés d’intégration, les motivations qu’il va partager avec autrui.

Sylvie Chermet-Carroy

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Site de graphologie

Site sur l’interprétation des dessins d’enfants

(1) Extrait de « L’or des manuscrits » Editions Gallimard – 2014

L’Hermione et La Fayette

La-FayetteL’Hermione, frégate empruntée par Le marquis de La Fayette en 1780, reprend la mer dans une reconstitution exceptionnelle. Il faudra six semaines aux participants pour traverser l’Atlantique et être accueillis en Amérique.
La Fayette avait à peine 20 ans lorsqu’il partit pour un premier voyage « prêter main-forte » aux insurgés américains contre l’Angleterre.

« Du premier moment où j’ai entendu prononcer le nom de l’Amérique, je l’ai aimée; dès l’instant où j’ai su qu’elle combattait pour la liberté, j’ai brûlé du désir de verser mon sang pour elle« 

Idéalisme, courage exceptionnel ou… ambition?
Dans sa progression sociale, il semble que le Vieux Continent n’ offrait pas tant de possibilités pour faire ses preuves à haut niveau. L’insurrection de la colonie anglaise donne au marquis de La Fayette une chance inespérée d’exploiter ses talents et de satisfaire son ambition.

Voyons ensemble ce que nous dit son écriture.

lafayette1
premier document est rédigé en 1777. Le graphisme est caractéristique par son angulosité fortement marquée (les « m » et les « n » notamment), et la raideur du mouvement. Ces deux caractéristiques traduisent l’exigence, la force morale, le courage, une volonté qui s’exprime avec une dureté implacable. On y voit aussi la réflexion car le mouvement est retenu, bien maîtrisé. Cette écriture est remarquable pour un homme qui a tout juste vingt ans.
Elle traduit une personnalité qui avance coûte que coûte sans états d’âme. La signature est sobre, quasiment moderne. Serait-ce un esprit en avance sur son temps? Il avait voulu abolir l’esclavage, trouver un compromis entre la royauté et les révolutionnaires. N’empêche que l’aiguillon sous la signature n’exclut pas quelques violences programmées à moins qu’il ne s’agisse d’auto-défense.
Le 17 juillet 1791, Commandant en chef de la garde nationale, il donne l’ordre d’ouvrir le feu sur les manifestants qui s’étaient regroupés au Champ-de-Mars pour réclamer la déchéance du roi.

Douceur et stratégie

lafayette2
Le marquis aurait-il changé? Cette écriture de 1792 présente de la raideur certes, mais plus de douceur dans le contact sur la ligne et dans la forme des lettres. On retrouve bien sûr quelques aiguillons bien pointues comme dans les « l » de « l’assurance », « l’intérieur ». Le corps des lettres est plus petit qu’auparavant. Le personnage est plus introverti et finalement plus humain. La signature se termine par une forme courbe qui nous évoque la stratégie sans perdre pour autant son acuité ni sa qualité de répartie (l’aiguillon final). L’homme a changé. Il est plus secret, plus modéré et plus versé dans la stratégie. L’évolution d’une écriture relate les changements au sein de la personnalité.

Sylvie Chermet-Carroy

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Picasso

« Comme la plupart des grands maîtres, en marge de son œuvre, il nourrit son enfer. Un petit cahier est toujours à portée de sa main pour recevoir ses plus immédiates et intimes confidences« .
Ces propos sont de Brassaï, le photographe hongrois.

Picasso portrait

Né en Espagne, fils d’un professeur des beaux-arts, Pablo Ruiz Picasso a marqué profondément le XXème siècle, peintre, sculpteur, graveur, céramiste et même un peu écrivain, il a illustré des livres, accompagné des poèmes et peint des toiles monumentales. Picasso a tout expérimenté. Sa création se nourrit de tout et se relie à de multiples dimensions, intellectuelles, artistiques, sensorielles, politiques. Se renouvelant sans cesse, il invente le cubisme avec Georges Braque. Il marque son époque et ouvre tous les champs d’exploration possibles.

L’écriture de Picasso

PICASSO Lettre
Ce qui est caractéristique: c’est l’intensité, la démesure, l’originalité et l’indiscipline. Cela veut dire: le refus de tout enfermement.

En témoignent une écriture aux formes simplifiées et une mise en page toute personnelle qui invente ses propres règles, tantôt organisée tantôt indisciplinée (des lignes qui se bousculent, parfois des ajouts dans les marges). C’est à l’image d’un être qui ne se moule dans aucun modèle, qui structure et déstructure sa propre façon de penser. Le trait passe de la délicatesse à la lourdeur, d’un appui mesuré à des écrasements de plume qui contrecarrent le mouvement sans en arrêter la progression. Celle-ci est extrêmement rapide. Là, réside l’originalité de sa création, une façon de ne jamais s’arrêter, de ne mettre aucune barrière ni à la pensée ni à l’expression. D’ailleurs disait-il, « Si l’on sait exactement ce que l’on va faire, à quoi bon le faire« .

Des angoisses sur la vie, l’amour, la mort, transpercent le graphisme avec notamment des « a » et des « o » bouchés, par exemple « à notre affaire » ligne 4. Le symbolisme du « a » représente la force de la vie et le « o » est en relation avec la mort.

Celle-ci est omniprésente dans l’œuvre de Picasso mais aussi dans son existence. Pablo Ruiz Picasso porte le prénom du frère de son père, prêtre mort avant sa naissance. Sa fille surnommée Maya, a reçu le même prénom que sa propre sœur, morte à 7 ans.

Ainsi la vie et la mort se côtoient. « Chaque tableau » disait-il, « est une fiole pleine de mon sang« .

Après le suicide de son ami Casagemas Picasso se met à peindre tout en bleu. Des crânes sont posés dans des natures mortes. Les scènes de tauromachie mettent en peinture une lutte pour la vie et pour la mort.

Picasso période bleue

« Guernica » dans sa dimension tragique est sans doute une des toiles les plus connues, créée à la suite des bombardements qui ont détruit cette ville basque pendant la période franquiste.

Des lettres plongent profondément dans le domaine des pulsions, d’autres restent en suspens très au-dessus de la ligne (domaine de l’esprit). Ce mouvement fait un lien constant entre l’inconscient et une recherche qui se situe dans le domaine de la pensée. « Je ne peins pas ce que je vois, je peins ce que je pense » affirmait-il.

Une sexualité exigeante
Dans l’écriture, les formes plongeantes vers le bas représentent le domaine des pulsions et de la sexualité. Elles sont tour à tour nettes ou pâteuses, contrôlées ou disproportionnées. Les épaississements du trait, la noirceur, expriment autant les conflits intérieurs que l’impétuosité des désirs et l’érotisme insatisfait.

Douceur et violence s’accompagnent comme deux aspects indissociables. Dans le graphisme, les petites courbes souples s’articulent entre des pointes acérées en forme de poignard. Tendresse et violence ont habité le personnage et sont à la source de la création.

Picasso Femme au miroir

Malgré la puissance du graphisme, l’instabilité du tracé trahit une certaine vulnérabilité. Picasso, au dire de ses proches était parfois terrorisé par des superstitions et accomplissait de nombreux rituels pour exorciser ses peurs. L’écriture révèle la puissance de l’inconscient dans lequel il a puisé incessamment pour vivre, pour faire sortir ses angoisses et nous livrer sa création.

Sylvie Chermet-Carroy
Graphologue

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Le jour où je me suis aimé pour de vrai…

« Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle
n’étaient rien d’autre qu’un signal
lorsque je vais à l’encontre de mes convictions.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle authenticité »
Charlie CHAPLIN

Charlie Chaplin, qui nous fait rire par son humour, ses gags et parfois son cynisme révèle dans ce texte une autre dimension. La profondeur sur lui-même d’une lucidité remarquable, un vrai discours de psychanalyste

Que nous montre son écriture?

CHAPLIN Charlie CARTE1Document  N°1

Une pression variable, tour à tour très appuyée ou très légère.

La puissance et la délicatesse se côtoient ou alternent selon les fluctuations de la sensibilité. Des hauts et des bas avec une tenue de ligne qui monte et qui descend, une alternance d’états d’âme puis d’exigence (avec les angles prononcés dans les « n » les « m », les pointes du « h »).

Des moments de doute et de découragement lorsque l’écriture descend avec parfois des mots qui chutent vers le bas comme « stage » ligne 1. Un fond même un peu dépressif dans la signature « Charles » qui se termine dans un mouvement tombant escamoté. Mais par contre « Chaplin » est dessiné dans un élan qui s’envole avec optimisme. Notons que dans l’analyse d’une signature, le prénom représente l’enfance et le nom, le moi social.

Effectivement, son enfance a été une succession de souffrances avec la misère au quotidien et sa mère qu’il a fallu interner très tôt. C’est Charlie Chaplin lui-même qui l’a conduite à l’hospice définitivement. Il avait 14 ans et il s’est retrouvé seul et démuni.

Optimisme encore!

CHAPLIN autographeDocument  N°2

Dans la carte au dessin ci-dessus, regardez la date: Féb 1966, le mouvement est grossissant vers la droite (qui représente l’avenir) notamment le 2ème six de 1966. Son choix c’est donc: aller de l’avant. Malgré le doute sur lui-même et l’alternance d’optimisme et de pessimisme, c’est l’ardeur de vivre qui l’emporte.

Les chiffres et les lettres:
Étonnante cette date sur la carte au dessin: « féb » pour février trace un chiffre 7. Or les chiffres ont un symbolisme et les lettres aussi. Le 7 dans de nombreuses cultures, a valeur d’universalité, de création incessante et dynamique. C’est le symbole de la puissance (je résume car c’est un sujet à développer). Mais c’est surtout l’idée d’être vainqueur dans sa vie, de mener son existence vers l’affirmation de soi et la réussite.
Retenons que pour Charlie Chaplin ce « f » transformé en « 7 » manifeste la volonté extrême de vivre sa liberté intérieure (le « f ») en étant celui qui remporte la victoire sur les difficultés de la vie. Je sais, cela fait beaucoup d’informations à la fois, mais la symbolique des lettres sera développée dans d’autres articles.

chaplin extrait 3 lignes

Document  N°3

Faisons un détour vers la lettre « g ». Elle attire l’attention car le jambage est souvent aplati, noirci d’encre comme dans « stage » (Document N°1) ou « ground » (Document N°3, dernière ligne). Dans la symbolique des lettres le « g » c’est l’image du moi. Lorsque la lettre « g » est abîmée, cela révèle une insatisfaction ou une mauvaise image de soi.

On pourrait se demander s’il est possible qu’avec une telle réussite mondiale, le « moi » soit insatisfait. En fait c’est un problème de reconnaissance de soi qui fait défaut.

Un jour Charlie Chaplin arrivait sur le quai d’une gare (je crois que c’était en Angleterre) et il voit le quai noir de monde. Étonné et cherchant à comprendre, il n’avait pas pensé une seule seconde que les gens n’étaient pas là pour le train, mais pour…lui!

La barre horizontale du T : « manifeste une qualité de décision et la hauteur de vue que cela implique. Elle reflète la capacité à trouver l’attitude juste dans les initiatives et dans la relation aux autres. Elle enregistre les fluctuations de la volonté, l’hésitation, la combativité » (voir le développement et les exemples dans mon livre : « Interpréter les lettres et les chiffres » Éditions Exergue page 232).
Quand aux barres de « t » énergiques, excessives, montantes (Document N°3, 5ème et 6ème mot – « feet » et  » touch » – dernière ligne), qui parfois surplombent les lettres: on y reconnaît l’autorité, un dynamisme effréné, une façon de se projeter dans les événements peut-être pour concilier les extrêmes ou pour canaliser la sensibilité.

En tout cas, c’est la volonté et l’énergie qui l’emportent. Nous y sommes, Charlie Chaplin n’a jamais baissé les bras ! (l’histoire de sa vie)
La zone supérieure de l’écriture, le haut des lettres, (liée au mental) est très mouvementée et riche, à l’image d’un intellect toujours en action. Ce sont des idées que Charlie Chaplin transmettait et pas uniquement la drôlerie. Cela lui a coûté très cher car il a été soupçonné de sympathiser avec le communisme, et donc d’avoir une activité anti-américaine. Cela a été jusqu’à la suppression de son passeport américain.
Les contrastes dans son écriture se retrouvent dans les événements de sa vie, dans ses prises de positions, dans son humanité. Son évolution l’a mené à écrire ceci:

« Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir.
Mais si je la mets au service de mon cœur,
Elle devient un allié très précieux.« 

Sylvie Chermet-Carroy
Graphologue, consultations et cours sur la symbolique des lettres.

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Auteur de « Interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture » Edition EXERGUE.
« La signature ou l’intimité dévoilée » Guy TREDANIEL Editeur

Le texte auquel il est fait référence dans l’article:

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai compris qu’en toutes circonstances,
j’étais à la bonne place, au bon moment.
Et alors, j’ai pu me relaxer.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle estime de soi.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle
n’étaient rien d’autre qu’un signal
lorsque je vais à l’encontre de mes convictions.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle authenticité
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai cessé de vouloir une vie différente,
et j’ai commencé à voir que tout ce qui m’arrive contribue
à ma croissance personnelle.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle maturité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai commencé à percevoir l’abus dans le fait de forcer une situation,
ou une personne,
dans le seul but d’obtenir ce que je veux, sachant très bien
que ni la personne ni moi-même ne sommes prêts,
et que ce n’est pas le moment.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle respect.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai commencé à me libérer de tout ce qui ne m’était pas salutaire :
personnes, situations, tout ce qui baissait mon énergie.
Au début, ma raison appelait ça de l’égoïsme.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle amour-propre.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai cessé d’avoir peur du temps libre et j’ai arrêté de faire des grands plans.
Aujourd’hui, je fais ce qui est correct, ce que j’aime,
quand ça me plait et à mon rythme.
Aujourd’hui, j’appelle ça simplicité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai cessé de chercher à toujours avoir raison,
et je me suis rendu compte de toutes les fois où je me suis trompé.
Aujourd’hui, j’ai découvert l’humilité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai cessé de revivre le passé et de me préoccuper de l’avenir.
Aujourd’hui, je vis au présent, là où toute la vie se passe.
Aujourd’hui, je vis une seule journée à la fois, et ça s’appelle plénitude.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir.
Mais si je la mets au service de mon cœur,
Elle devient un allié très précieux.
Charlie Chaplin