Folie dans les arbres

Le test du dessin d’arbre nous révèle des tendances, des qualités, parfois l’histoire de la personne. Le vécu est tracé inconsciemment. Il transparaît et s’analyse dans le dessin. Les marques, les cicatrices du tronc, la richesse d’un feuillage, les hésitations des branches sont autant d’indicateurs qui permettent, comme un miroir de révéler l’âme, les désirs, la personnalité.

Depuis fort longtemps, j’utilise ce test pour déterminer l’orientation des adolescents ou des adultes qui cherchent une voie de réalisation.

Aujourd’hui, posons-nous cette question: Et les arbres de peintres? Sont-ils révélateurs de leur personnalité?

Cherchons ensemble les grandes tendances reflétées par les arbres de trois peintres: Séraphine Louis, Chaïm Soutine, le douanier Rousseau.

L’arbre de Séraphine Louis

Séraphine Louis arbre

« l’arbre rouge »

La particularité de cet arbre est sans doute son étrangeté, avec un tronc qui n’en est pas un, le feuillage qui emplit tout l’espace supérieur et épouse une forme carrée, les feuilles innombrables et toutes petites qui opèrent un remplissage sans laisser le moindre vide.

Lorsqu’on trace un arbre, on manifeste un ancrage par le tronc et d’éventuelles racines. Les branches et le développement vers le haut expriment la communication, le monde des idées. La stature de l’arbre montre le positionnement dans la vie.

Dans l’arbre de Séraphine Louis, rien ne certifie la présence du sol qui symbolise la base sur laquelle on se construit. Son arbre semble flotter ou être entouré de cendres ou de plumes, d’un terrain peu solide et indéfini. La personnalité est loin des questions terre-à-terre. Mais il manque une base solide dans cette personnalité. Elle est dans son univers imaginaire manifesté par l’importance du feuillage qui prend une forme carrée simplement parce que c’est le format du support. C’est à l’image d’un être qui cherche ses limites, qui a du mal à se situer avec les autres et face à la vie. La mobilité extrême des feuilles traduit une fertilité d’idées mais cependant rien ne les relient car l’arbre est sans structure. L’imaginaire est prépondérant voire dévorant et prend le pas sur tout le reste. Séraphine Louis a vécu dans une grande simplicité. Elle a travaillé comme domestique: le labeur le jour et la peinture la nuit en autodidacte. Elle fabriquait elle-même ses pigments et se privait de manger pour acheter du « Ripolin » pour faire ses mélanges.

Il n’y a pas d’ouvertures dans son arbre si touffu et si dense qu’il évoque un enfermement dans un système obsessionnel (la multitude de répliques dans le feuillage). Il se dégage une force inouïe dans ce tronc ou cette branche qui porte la tête de l’arbre et qui se dirige vers la droite (la volonté d’aller de l’avant). Et le retour du mouvement à gauche qui est la marque de l’introversion, se fait sur l’extrémité du tronc tracé comme un moignon. Imagination, richesse intérieure, détermination, souffrance et surtout une coupure avec le réel marquent l’expression de sa personnalité dans cette peinture d’arbre.

Séraphine Louis née en 1864 a été orpheline à 7 ans, plus ou moins livrée à elle-même. En 1912, elle travaille chez un critique d’art allemand qui décèle ses talents et lui donne les moyens de peindre jusqu’au jour où il doit quitter la France. Séraphine Louis sombre dans le délire et finit sa vie en hôpital psychiatrique. Son arbre est annonciateur de la maladie mentale dans la mesure où malgré la force intérieure qu’il recèle, le lien avec la réalité fait défaut, ainsi que l’adaptation à la vie. C’est un repli sur la souffrance et une autoprotection qui ressortent ici.

La peinture a pu être également le moyen de survivre émotionnellement et spirituellement. Séraphine disait peindre inspirée par le divin. Sa vie a été merveilleusement interprétée par Yolande Moreau dans le film qui porte son nom « Séraphine ».

Les arbres de  Chaïm Soutine

Soutine l'allée des arbres

« L’allée d’arbres »

Qu’est-ce qui domine dans ces arbres? Leur taille immense et les hommes tout petits dans cette allée. Les troncs et les feuillages assez mélangés, agités, tordus, et puis cette voûte qui forme comme un tunnel ou un voûte protectrice ou un mélange très imbriqué entre la droite et la gauche, le futur (la droite) et le passé (la gauche). Une difficulté à démêler les idées, les relations, les questions de la vie.

Rappelons que la base de l’arbre et le tronc expriment notre solidité, la façon de conduire la vie (avec souplesse ou rigidité). Ici les troncs sont à la fois rigides mais aussi tordus. Ceci traduit une ambivalence entre la rigidité du comportement et la volonté de s’adapter. Ils sont la marque d’une souffrance et d’une volonté de « s’en sortir », de progresser et de s’élever. D’origine très modeste, Soutine né d’une famille nombreuse en Russie (vers 1893) a côtoyé la misère. Il a été fasciné par l’art et a connu Picasso, Max Jacob, Modigliani qui a été son ami.

L’ambition de progresser ressort dans ce tableau par l’intensité du mouvement vers le haut qui est cependant alourdie dans des enchevêtrements multiples. Cela traduit surtout l’agitation mentale voire une certaine confusion. Bizarrement un croissant rouge est présent à la racine de l’arbre à droite. Ce rouge intense est une piste qui questionne sur l’origine de la vie (la base de l’arbre), une douleur qui est présente et sur laquelle l’être tente de se construire. En tout cas c’est une blessure et le rouge est la couleur du sang. Soutine a peint de multiples paysages aux maisons tortueuses, déformées et des pièces de viande qui pendent comme dans les boucheries. Il nous dit «J’ai vu une fois le boucher du village trancher le cou d’une oie et laisser s’écouler le sang. Je voulais crier, mais son air joyeux me nouait la gorge… Ce cri, je le sens encore là. »

Est-ce là la source de son déséquilibre? Ce tableaux (et les autres œuvres) confirment plutôt un terrain psychique perturbé, un homme en souffrance qui aurait eu besoin d’être accompagné, voire canalisé sous peine d’être la proie de son mental agité. Son tableau décrit une personnalité déconcertante à la fois en quête d’évolution et enfermée. Il va de soi qu’une expression artistique s’inscrit dans un tout, dans un ensemble et dans une époque. La recherche picturale aussi originale soit-elle traduit aussi une personnalité unique à un moment précis de la vie.

 L’arbre d’Henri Rousseau dit « Le douanier »

Douanier Rousseau arbre

« Dans la forêt »

Le Douanier Rousseau et né à Laval en 1844. Autodidacte en peinture, considéré comme « peintre naïf », il nous offre ici plusieurs arbres dans ce tableau. Qu’est-ce qui nous frappe en ce qui concerne les arbres? Ils ont tous un tronc immense et un feuillage qui est parcimonieux mais tracé avec beaucoup d’application.

La prédominance du tronc c’est la présence du concret, du pragmatisme mais c’est aussi, comme les arbres entre eux dans la forêt, une façon de prendre sa place, de tracer son chemin vers la lumière ou l’objectif que l’on se fixe. Le tronc nous montre en général les facultés d’adaptation et la couronne (la partie feuillues) l’intellect, les idées donc, ainsi que l’échange.

On remarque ici la forte présence du tronc et par ailleurs, la simplicité, voire la pauvreté du feuillage. Le sens concret est présent, la débrouillardise aussi (souplesse et ondulation de l’arbre). Le tronc c’est l’énergie vitale mais aussi les pulsions. Celles-ci doivent être canalisées par le mental (la couronne, branches et feuillage). On observe dans les arbres du douanier un décalage entre la puissance des pulsions (l’énergie qui monte dans le tronc) et la difficulté à « raisonner » les pulsions, à leur donner un sens, à les canaliser. Car la couronne est insuffisante. Que conclure? Dans ce cas, il peut y avoir passage à l’acte à partir de pulsions mal contrôlées. Il se trouve que exempté de service militaire, on lui  trouvé un place chez un notaire, chez lequel Henri Rousseau a commis un larçin… Si on en reste à l’analyse du dessin, le raisonnement a fait défaut. Il a eu le choix entre la prison ou l’engagement dans l’armée, ce qui normalement fait réfléchir. Eh bien, beaucoup plus tard il est complice d’une escroquerie lésant la Banque de France. Rien que ça! Et à quel âge? 63 ans! Il avait suivi un ami comptable dans cette aventure.

Dans le tableau, l’arbre de gauche a une branche coupée. Cela traduit la volonté de mettre une coupure sur une partie de la vie. C’est inconscient bien sûr. C’est comme une amputation et un vécu dont on veut se séparer. Mais cela signale surtout la volonté de mettre à distance des épreuves non assimilées. Le douanier Rousseau a traversé de grandes souffrances. Il a connu de nombreux deuils (ses enfants, sa femme). Le personnage en rouge est comme en interrogation, regardant le futur (à droite) et se réfugiant dans le passé (la gauche). Toutes les ondulations et les grossissements dans les troncs et les branches rappellent que cet être introverti a intériorisé son vécu, probablement sans en parler (les couronnes d’arbres sont pauvres) et en protégeant sa sensibilité.

La symbolique de l’écriture, des dessins d’enfants ou d’adulte offre un éclairage, permet souvent une anticipation, aide au diagnostic.

Sylvie Chermet-Carroy

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Tout savoir sur les arbres et les forêts

ZERO, tout ou rien

A lui seul, le zéro est tout un univers. Il n’est pas venu « comme cela ». Un vrai périple en réalité. Défendu et décrié avec passion dans l’Antiquité, on oserait même dire qu’il a été source d’angoisse pendant quelques siècles.

Dans l’Antiquité, de nombreuses civilisations ont imagé la création du monde à partir du vide. C’est à partir du vide, lui-même associé au chaos, que commence à poindre l’existence, la lumière source de toute vie. Le zéro qui se trouve si l’on peut dire, comme un point de bascule vers l’infini, prend véritablement une valeur existentielle. D’où les polémiques et les débats parfois violents autour du zéro! Dans l’Antiquité grecque, Aristote et d’autres philosophes affirmaient que l’infini n’existe pas. Pas d’infini, pas de zéro.

 De tous les chiffres il est vraiment « à part ». Il  n’a pas de valeur et en même temps il donne une valeur considérable placé après un chiffre. Quand on additionne un chiffre à lui-même, c’est facile, deux et deux… mais zéro et zéro, ça ne bouge pas. Et quand on ajoute une ribambelle de zéro à un chiffre, c’est carrément immense. On multiplie cette immensité par zéro et… tout s’écroule, on obtient zéro.

 

Occident et Orient

En occident, et notamment en s’appuyant sur les idées d’Aristote, il a été affirmé pendant longtemps que « rien ne sort de rien », qu’il ne peut y avoir de vide ni d’infini. Le zéro fait figure d’agitateur au sein de toutes les polémiques philosophiques et théologiques.

Ce dernier nous est arrivé par les influences arabes avec une origine vraisemblablement indienne. Rappelons que dans la philosophie indienne, on n’a pas peur de l’infini! Au contraire le vide a une place importante dans les religions hindoues. Zéro vient de l’arabe sifr, issu de  sunya , nom indien qui signifie « vide ».

Les rebondissements historiques sur la dangerosité du zéro sont certes passionnants mais débordent quelque peu le propos de cet article, aussi je vous propose le parcours plus pragmatique de l’étude graphologique.

Si  la forme des lettres offre un potentiel d’analyse de la personnalité, qu’en est-il des chiffres? Aujourd’hui je choisis le zéro. Sa particularité nous révèlera bien quelques mystères.

 

Le symbolisme du zéro dans l’écriture

Tracé en forme ovale ou circulaire, sa signification épouse plusieurs registres d’analyse. Symbole de la roue, du mouvement, du passage d’un stade à un autre, il comporte une valeur dynamique. Toutefois, son dessin en principe bien clos, est aussi un mouvement typique de fermeture, de protection et surtout d’oralité comme toutes les formes rondes.

Apparenté au cercle, le zéro représente le tout. C’est le symbole de l’Ouroboros : l’image du serpent qui se mord la queue et qui forme ainsi un cercle. Il signifie le début et la fin. Il est l’infini, le temps avec son éternel recommencement. Ainsi le zéro est associé à l’idée de cycles.

Signe numérique sans valeur par lui-même, il peut indiquer ce qui est nul, ce qui ne compte pas. Et il comporte par ailleurs un pouvoir multiplicateur. Il confère une autre dimension aux chiffres qui le précèdent. Finalement, il donne une valeur spécifique à un potentiel.

Dans une énumération, il chiffre les dizaines. Sur un plan symbolique, il est le passage d’une série à une autre, d’un cycle qui se termine à un nouveau départ.

Le zéro  comporte donc une notion de régénération périodique. Dans la culture maya, on le représentait par une coquille dont la spirale symbolise la croissance infinie, le potentiel de vie en évolution, la gestation voir la vie fœtale.

Dans l’Egypte ancienne, il semble qu’aucun hiéroglyphe ne lui corresponde. Cependant, les scribes ménageaient un emplacement vide à l’endroit où une puissance de dix manquait.

Sur le plan graphologique, les formes rondes plus ou moins closes évoquent le retour à soi mais surtout l’oralité c’est-à-dire le rapport à la nourriture mais aussi la recherche de plaisir immédiat, de satisfactions faciles, à l’image de l’enfant qui assume difficilement les frustrations. Dans le graphisme, on observera particulièrement la tonicité du tracé ou son relâchement. Ce dernier mettant l’accent sur la symbolique orale qui se rattache au zéro, notamment lorsqu’il est ventru, étalé ou en forme de ballon dépassant les autres chiffres.

 Pour l’analyse graphologique, nous retiendrons la notion de cycles de la vie, de retour à soi et d’oralité. Il arrive que la symbolique de la vie fœtale transparaisse en association avec la lettre « o » dont le symbolisme est en relation avec  la vie et la mort . Ces notions ne sont d’ailleurs pas étrangères les unes aux autres, au contraire. La naissance, la relation à la vie, la notion d’évolution sont liées. L’analyse du zéro peut prendre un éclairage plus précis en tenant compte du tracé des autres chiffres.

 

Exemples

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Les gonflements traduisent une prédominance orale dans la personnalité. Dans une suite de zéros, le grossissement exprime les désirs insatiables. Le scripteur en veut toujours plus. Le fait qu’ils soient liés, dans un graphisme relâché, confirme cette idée (de ne pas lâcher prise et de rester centré sur le désir personnel).

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Le dessin de ce zéro est ferme mais ouvert à gauche. C’est une attache au passé, à la mère. On peut y voir une hésitation à engendrer les nouveaux cycles de sa vie.

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Le tracé est mou, aplati, ouvert à gauche. C’est la marque d’une attitude passive. Il peut y avoir une compensation orale face aux déceptions de la vie, voire une dépendance affective ou à la nourriture.

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Ce zéro difforme (on doit lire 90) ouvert en bas et à gauche est apparu dans l’écriture d’une femme au cours d’épreuves qu’elle avait du mal à surmonter. Ce tracé est révélateur d’une envie de « baisser les bras ». Il est comme un refus de suivre les cycles de la vie. Le zéro suit un chiffre neuf légèrement basculé sur la gauche, mais dont le potentiel créateur est encore présent car il est relativement bien formé et surtout ouvert à droite (symbole du futur). Cela nous signale que malgré le découragement, cette personne peut réveiller sa force de vie pour aller de l’avant et engendrer un nouveau cycle dans sa vie, même si elle a besoin d’être aidée.

ll arrive également qu’une lettre alphabétique épouse la forme d’un chiffre. Dans ce cas, le symbolisme de celui-ci se combine à celui de la lettre en question. En les analysant conjointement, on découvre les méandres et les richesses d’une personnalité toujours en évolution.

 

Sylvie Chermet-Carroy, graphologue

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Bibliographie:

  • Interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture. S Chermet-Carroy, Editions Exergue.
  • Zéro, biographie d’une idée dangereuse. Charles Seife. Editions JC Lattès

Le boustrophédon ? Droite, gauche, dans quel sens écrit-on ?

L’espace autour de nous, la route devant soi, le ciel au-dessus de notre tête, la terre sous nos pieds, autant d’évidences qui participent aux perceptions sensorielles, qui sont vecteurs de la pensée et même source de philosophie.
Selon les pays et la culture, le sens de l’écriture diffère. Elle peut être horizontale de gauche à droite ou à l’inverse se diriger de droite à gauche comme c’est le cas pour l’arabe et l’hébreu. Elle se trace en ligne verticale dans les traditions chinoise et japonaise.

Le boustrophédon
Quelques siècles avant notre ère, existait même un procédé étrange d’écriture de gauche à droite, puis ligne suivante de droite à gauche et ainsi de suite avec ces allers-retours gravés dans la pierre. C’est l’écriture en boustrophédon, terme d’origine grecque qui décrit le parcours du bœuf qui trace les sillons du labour. Pas très facile quand même pour lire le texte dont les lettres partent à rebours!
Quand une culture transmet une écriture qui se trace de gauche à droite et inversement, ou de haut en bas, ce n’est pas anodin, ni simplement le fruit du hasard.

Peut-on en tirer quelque conclusion?

Puisque le graphologue interprète les mouvements du graphisme vers le haut, le bas, la gauche, la droite, y aurait-il une signification lorsque l’écriture se déroule de droite à gauche ou en ligne verticale comme le chinois et le japonais?
D’une façon générale, l’être humain a tendance à placer vers le haut ce qui élève l’esprit, les idéaux, la spiritualité et vers le bas ce qui ressort du domaine concret, la matière, ce qui est quantifiable et palpable.

L’axe horizontal

Lorsque l’homme se déplace, les points cardinaux et l’horizon, sont les repères de son parcours et de son mouvement. L’axe horizontal représente la progression de l’homme, son avancée dans la vie. On y trouvera la notion du temps dans le mouvement qui mène d’un point à un autre.
Sur un plan symbolique (que l’on retrouve aussi au niveau psychosomatique), la gauche pour l’être humain est en affinité avec la vie intérieure, les origines, et la droite la vie extérieure, l’action, le mouvement vers le futur et l’inconnu. Je synthétise ici des développements que j’ai déjà faits dans d’autres ouvrages. Rappelons toutefois en exemple que les travaux de renommée internationale du chercheur A.Tomatis, nous précisent que chez l’enfant les pathologies répétées à l’oreille gauche peuvent être liées à la relation à la mère alors que l’oreille droite est liée à sa relation au père, à l’extériorisation ce qui évoque par extension une difficulté à aller vers les autres et vers son futur. Ceci est bien sûr plus que résumé et mérite des nuances.

L’axe vertical

On peut déjà percevoir que l’écriture verticale traduit une philosophie qui situe l’homme entre le Ciel et la Terre, ce qui privilégie le plan spirituel. L’écriture traditionnelle chinoise en est l’exemple. Dans cette culture, l’homme est, au sein de l’univers, en contact subtil avec les énergies de la nature. La richesse même de l’acupuncture met en lumière un concept où l’être humain est profondément, concrètement et psychiquement lié à l’univers et aux cycles de la vie.
Vous allez dire, ah oui! Mais maintenant le chinois s’écrit aussi sur un plan horizontal! Exact, depuis environ 1956, on a commencé à écrire le chinois de gauche à droite par souci de « simplification » paraît-il. Sans doute! Cela permettait aussi d’écrire facilement les mots occidentaux. Mais restons dans la symbolique. En modifiant la transmission de l’écriture, on transforme ce que l’on fait passer dans les mentalités. On pourrait donc conclure en raccourci (en 1956) que cela promettait des changements fondamentaux de mentalité. Facile à vérifier aujourd’hui. L’écriture gauche-droite: c’est l’axe du temps qui prend le dessus sur l’axe vertical (le Ciel et la Terre). Or la notion de temps n’est pas toujours vécue de la même façon selon les cultures. D’ailleurs dans la langue chinoise « les temps » en grammaire n’existent pas comme dans les langues occidentales. « Avant » ou « après » sont suffisamment explicites alors qu’en français par exemple, on a même des « futurs » dans le passé! Et des conditionnels dans le futur… Opter pour ce changement d’écriture est donc plus profond qu’il n’y paraît et l’occidentalisation que cela annonçait au départ, s’est vite accélérée. On peut penser que les mentalités aussi ont changé même si les valeurs profondes demeurent.

L’écriture de gauche à droite traduit un mouvement qui part du passé pour se diriger vers l’avenir. Dans l’autre direction, l’écriture qui se dirige vers la gauche traduit une philosophie qui va puiser dans les valeurs de la tradition, qui préserve la richesse du passé. Cela met en relief un retour aux sources. Dans l’étude d’une écriture individuelle, on tiendra compte de toutes les particularités puisqu’au sein de chaque forme apprise, l’écriture d’une personne est unique.

Et le boustrophédon alors?

BoustrophedonMais je serais tentée de dire qu’il faut une belle souplesse intellectuelle, sans a priori pour écrire de cette façon puisque dans le mouvement droite-gauche ici, on écrit un peu comme en miroir. Cela évoque une culture qui peut intégrer le passé et le futur, qui se nourrit de l’ancien mais qui va vers le futur en préservant les valeurs du passé.

Il y a peu de chance pour que le graphologue y soit confronté, surtout que c’est gravé dans la pierre. En toute franchise, je n’ai pas encore tenté d’analyser les bas-reliefs. Par contre j’ai apprécié (ou j’ai eu la chance) d’analyser l’écriture de personnes qui écrivaient dans deux langues différentes, en français et dans d’autres caractères d’alphabet. La comparaison des deux élargit le panorama de la recherche et met en lumière parfois la richesse d’une double culture.
De même dans une étude individuelle, je tiens compte de la culture initiale. Selon les pays, il peut y avoir un impact différent sur la façon d’écrire.

Sylvie Chermet-Carroy
Consultations, cours
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Ouvrages:

  • interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture. S Chermet-Carroy. Editions Exergue
  • La signature ou l’intimité dévoilée. S Chermet-Carroy. Guy Trédaniel Editeur
  • L’oreille et la vie. Dr Tomatis. Editiond Laffont

Vincent Van Gogh / Antonin Artaud

VAN GOGH autoportrait 1889Van Gogh – autoportrait – 1889

Une exposition audacieuse au Musée d’Orsay, nous offre en parallèle la parole et la peinture: les mots d’Antonin Artaud et les tableaux de Vincent Van Gogh.
Les mots sont puissants, corrosifs à l’image de son auteur tourmenté, animé d’amertume et de désespoir. Les tableaux expriment une intensité extrême dans la couleur et le mouvement qui animent les paysages autant que les humains.
En tant que visiteuse lambda, je dirai très modestement que cette exposition exceptionnelle, d’une richesse inouïe a occasionné pour certains visiteurs semble-t-il, de la surprise et même du désarroi. La tentation numéro un étant sans doute de se précipiter pour voir les tableaux, le nom de Van Gogh opérant sa magie. En effet, le visiteur non préparé pénètre dans la folie d’un auteur remarquable, Antonin Artaud, mais folie tout de même. C’est peut-être là que se situe la trame subtile qui interpelle chacun.
Antonin Artaud (1896-1948), écrivain, dessinateur, poète, homme de théâtre, fondateur du « théâtre de la cruauté », était peu motivé semble-t-il par les tableaux de Van Gogh. Mais voilà! Dans un article, il est décrété que Van Gogh est malade mental (ce qui est la vérité) mais pire encore, que sa folie est « du type dégénéré »!

ARTAUD Antonin portraitAntonin Artaud – Portrait –

Antonin Artaud réagit. Lui qui souffre de troubles neuropsychiatriques, qui a testé des drogues hallucinogènes, qui a subi des dizaines d’électrochocs et neuf années d’internement, lui qui est d’abord un créateur va écrire « Van Gogh, le suicidé de la société ». Le voilà défenseur de la folie et du génie.
Selon ses termes, « Il y a dans tout dément un génie incompris dont l’idée qui luisait dans sa tête fit peur ». Sans vouloir faire la psychanalyse d’Antonin Artaud, cela ressemble quand même un petit peu à une projection personnelle. Allons voir du côté de son écriture.

ARTAUD Antonin détailÉcriture d’Antonin Artaud

Le graphisme est incliné avec des mouvements amples, des finales de mots contenues ou lancées voire disproportionnées, une pression très irrégulière tantôt très appuyée comme dans « que » ligne 4 ou au contraire variable au sein d’une même lettre « q » de « qui » ligne 1. Ceci nous indique un élan puissant imprévisible, une alternance d’intériorité et d’expression de soi brusque, avec des colères et des attitudes de provocations excessives, démesurées (voir le « l » de cheval). Un mélange d’agressivité (on a des petites pointes aigües comme dans le « r » de « fer » ligne 5) et d’angoisse (avec toutes les noirceurs des lettres) sur un fond de dépression que l’on remarque par les fins de mots qui tombent (« mais un bâton de bois de fer »). Cet état est chronique, comme un rythme intérieur. En effet, le geste se reprend et après chaque mot, se situe bien à nouveau sur la ligne. Mais le geste retombe sans cesse. Antonin Artaud estimait pouvoir diriger son corps, contrôler toutes ses pulsions. Ce n’est pas ce que dit son écriture, celle-ci révèle plutôt une lutte intérieure douloureuse. D’autres documents écrits confirment cette constante.

VAN GOGH oliviers sous le soleilOliviers sous le soleil – Vincent Van Gogh –

Pourquoi disait-il, « les peintures de Van Gogh me donnaient-elles ainsi l’impression d’être vues de l’autre côté de la tombe d’un monde où les soleils, en fin de compte, auront été tout ce qui tourna et éclaira joyeusement ». Est-ce un regard visionnaire, sachant que Vincent Van Gogh, lorsqu’il était enfant, allait le dimanche avec son père sur la tombe de … Vincent Van Gogh , son frère décédé avant lui. Le génie et la folie naissent parfois dans la souffrance.

Antonin Artaud voit et ressent dans les tableaux du peintre, des convulsions, des ébullitions, tracées par son « pinceau en ébriété ». « Je suis aussi comme le pauvre Van Gogh, je ne pense plus, mais je dirige chaque jour de plus près de formidables ébullitions internes … »

VAN GOGH nuit étoilée 2Nuit étoilée – Vincent Van Gogh –

Dans lest toiles de Vincent Van Gogh, effectivement le mouvement est présent dans tous les éléments, ondulations, tourbillons, spirales, autant de formes qui animent la vie. Des bords du chemin jusqu’aux étoiles, du plus concret au céleste, la dynamique est bien là comme un principe vivant. Car précise, Antonin Artaud « l’histoire entière de ce qu’on appela un jour l’âme vit et meurt dans ses paysages convulsionnaires et dans ses fleurs ». Bien sûr qu’il se projette Antonin Artaud! Et nous aussi ? Si l’expression de l’artiste nous touche, nous sommes bien sur son registre, dans une certaine mesure en tout cas.

Sylvie Chermet-Carroy
Graphologue

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La spirale


à dessiner, à observer et même à vivre intérieurement.

Pourquoi la spirale? Qu’a-telle donc de particulier?
Elle est présente dans les sculptures de la préhistoire, dans le règne végétal avec les vrilles de la vigne, dans l’abstraction mathématique avec la spirale logarithmique (sur laquelle je ne m’étendrai pas, c’est promis).

ESCARGOT coquille

Le mouvement spiralé est présent (ouf c’est plus facile à voir) dans la coquille des escargots, mais aussi dans le mouvement des galaxies.

Galaxie du tourbillon

Galaxie duTourbillon

Energie, mouvement, elle anime notre langage. Ne dit-on pas « être emporté dans une spirale », parfois infernale d’ailleurs! Et pour cause puisqu’elle débute par un point et dans un mouvement tournant elle va …. à l’infini. On risque de ne jamais l’arrêter (j’ose à peine penser à la spirale inflationniste dont parlent les économistes) Nous y voilà! La spirale dans sa symbolique, nous entraîne. Bref, elle est partout, au cœur de la vie.

Les enfants la dessinent spontanément dès l’âge de trois ans. Et chez l’adulte, ça dépend! Elle apparaît dans des tableaux de peintres, dans des fresques. Elle n’est pas que décorative loin de là.

TRISKEL

Triskel celtique

Différentes traditions
Symbole puissant dans la tradition celtique, les triskels tracent trois spirales agencées autour d’un axe. Dans la métaphysique celtique, il s’agit des énergies en œuvre dans l’univers. Le déroulement et l’enroulement à partir d’un centre sont à l’image du monde en mouvement illimité.
Chez les Dogons, on lui associe le principe même de l’existence. C’est la vibration créatrice de l’univers. Dans de multiples civilisations, associée aux mythes de fécondité au déroulement inexorable de la vie, la spirale représente le voyage qu’accomplit l’âme du défunt après la mort, vers sa destination finale.
Sur les frises de vases anciens et de mosaïques notamment dans l’art Crétois, on remarque le mouvement en double spirale, enroulement et déroulement, double polarité qui représente le lien avec l’au-delà, la continuité entre les deux mondes. Ces formes prenant une signification magique tout en étant décoratives.

Si vous dessinez
Les agendas, les brouillons, les prises de notes sont souvent agrémentés de dessins faits à la va-vite. Cercles, carrés, croix ont leur signification. La spirale tracée seule, n’est pas extrêmement fréquente dans les griffonnages. Elle coexiste la plupart du temps avec des figures plus complexes à moins qu’elle ne réponde à un but purement artistique. Elle apporte une dynamique et met de la vie dans un graphisme très simple. La façon dont elle est tracée exprime un désir d’expansion, une volonté de réalisation personnelle.

Ainsi lorsque l’envie vous prend de dessiner une spirale, cela veut dire que vous avez conscience de votre individualité (représentée par le point), que vous voulez prendre davantage votre expansion dans la vie, manifesté par l’élargissement circulaire et incessant. C’est la marque d’une énergie dynamique qui demande à s’exprimer de façon créatrice. Cela peut être physique ou abstrait.

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Au-delà de cette forme, existent d’autres questions qui préoccupent le dessinateur: l’élan vital qui l’incite à créer, à s’affirmer, à se sentir exister.

Sylvie Chermet-Carroy
Graphologue

Mon site
Pour en savoir plus ; « Ce que révèlent vos gribouillis » Editions Le Courrier du Livre

Gribouillis

Un simple post-it

Un simple post-it et ça y est, on sait qui vous êtes!

Cette nouvelle façon d’analyser les écritures n’a pas fini de vous étonner. Les notes de travail, les enveloppes, une date sur un agenda, sont autant de mots révélateurs surtout s’ils sont écrits à la va-vite! En effet la façon de tracer les lettres et les chiffres, tout comme notre signature, recèle une quantité d’informations sur nos qualités, nos doutes, nos tendances profondes. Qu’il s’agisse de la confiance en soi, de la relation à l’argent ou de la sexualité, c’est une clé qui ouvre des univers nouveaux.
Habituellement, la graphologie traditionnelle requiert une page complète de votre écriture pour effectuer l’étude. Avec la méthode de la symbolique des lettres que j’utilise et que j’enseigne depuis plus de vingt ans, il arrive que quelques mots à eux seuls, révèlent la richesse et à la face cachée d’une personne. C’est une méthode vivante pour découvrir les autres et pour mieux se connaître. Évidemment si on me confie une belle page d’écriture, je l’analyse mais au sein des lignes, chaque lettre alphabétique est toujours une mine de découverte.
Les exemples que j’ai choisis pour vous dans mon ouvrage « Interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture » (Éditions Exergue) sont accessibles à tous car ils vous parlent aussi de vous, de vos questionnements, de votre relation aux autres.
Par exemple Marcel Proust fait des « a » tantôt ouverts, tantôt fermés qui nous relatent son désir et sa peur de s’investir en amour.
Les « i » en boomerang de Boris Vian affirment haut et fort son attitude provocatrice quoi qu’il lui en coûte (le « i » est la relation à l’autorité). Notamment en écrivant la chanson « Le déserteur » ou son ouvrage qui a fait scandale « J’irai cracher sur vos tombes ».

Sur quoi se base cette méthode?

chiffres et lettres
Sans y penser nous déformons certaines lettres, nous en grossissons certaines, nous en abîmons d’autres. Or chaque lettre latine vient d’un hiéroglyphe égyptien dont l’origine signifiait « langue sacrée ». Chacune de nos lettres vient d’un hiéroglyphe qui est porteur d’une signification concrète, psychologique et philosophique. La lettre hébraïque qui en et issue donne aussi un autre éclairage et au final notre lettre latine nous raconte tout sur nous-mêmes. Cet aspect peut paraître très « savant » mais c’est en fait simple et très présent dans notre vie. Les écrits du quotidien sont riches d’enseignement.

Sylvie Chermet-Carroy

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Graphologue, cours sur la symbolique des lettres et consultations.

Auteur de « Interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture ». Editions Exergue. Parution avril 2014.

La mort, « un accouchement à l’envers « 

A l’heure où la société pose la question de la mort sans souffrance, voilà une formulation qui ne laisse pas indifférent !

Je réagis sur ces paroles d’Hélène CIXOUS, philosophe et poétesse d’exception, qui dans un débat sur la question de l’euthanasie, a laissé émerger cette idée  « la mort, un accouchement à l’envers ».

Pourquoi cette expression me semble-t-elle remarquablement exacte ?

Et quel lien avec la graphologie ? Eh bien justement, je vous emmène au cœur du sujet avec une lettre alphabétique qui a trait à la vie et à la mort. Il s’agit de la lettre « m ». Chaque lettre possède un symbolisme qui lui est propre et que l’on manifeste à notre insu. Cela apparaît dans notre façon de personnaliser la lettre, de la tracer plus grosse ou plus légère, ou déformée.

Chaque lettre est un symbole

En plus de l’approche graphologique traditionnelle, j’utilise la symbolique des lettres. Or nos lettres latines ont une origine fort lointaine : il s’agit des hiéroglyphes égyptiens. Vous allez dire « tiens, tiens, on penserait plutôt que c’est l’alphabet phénicien qui en est l’origine ». Exact ! Mais bien avant celui-ci, ce sont les hiéroglyphes qui ont constitué la base de notre alphabet. L’historique de l’évolution de l’écriture mis en évidence par les Égyptologues du Musée du Louvre, dépasse le cadre de cet article et sera développé dans un autre billet.

Dans cet état d’esprit, découvrons la signification de la lettre « m ». Entendons-nous ! L’idée n’est pas de faire un cours d’égyptologie mais de découvrir que la façon de tracer une lettre révèle une dimension étonnante.

Dans l’Égypte ancienne, le hiéroglyphe qui correspond à notre « m » latin entrait dans la composition de tous les mots qui ont trait à naître ou mourir. En effet, le fait de naître nous oblige à mourir. Avec ce hiéroglyphe, il s’agit de la venue dans une matrice, la gestation, et du chemin inverse après la mort, le retour vers l’au-delà. En graphologie, avec cette approche, le tracé du « m » nous renseigne sur la relation à la mère. Il s’agit de celle qui a donné la vie, la matrice qui va donner forme à l’esprit qui s’incarne et qui de ce fait nous confronte aussi à la mort. Ainsi cette lettre comprend l’idée de la mort et de toutes les métamorphoses que la vie impose.

Quand le tracé du « m » est abîmé, cela questionne sur la relation à la mère mais aussi sur la relation à la vie ou au désir parfois inconscient de quitter la vie. La lettre est donc liée, pas uniquement au vécu avec la mère mais à tout un processus. Pourquoi ?

MLe hiéroglyphe à l’origine de notre « m » latin représente un oiseau nocturne (une chouette) et signifie la nuit, la mort. Dans la philosophie égyptienne, il s’agit symboliquement du « soleil mort ». Le soleil représente l’énergie vitale, la source de l’existence. La nuit représentée par la chouette, évoque une nuit symbolique. Il s’agit de l’ensevelissement de l’âme et de la conscience dans les ténèbres (dans la matière). Ceci avant la réapparition du soleil. L’idée majeure est donc la mort et la renaissance.

La mère en donnant la vie nous confronte aussi à la mort. Dans l’Égypte ancienne, les rituels funéraires accompagnaient ce passage (dans les deux sens, vers la vie terrestre et vers l’au-delà ).

le symbolisme des 3 peaux

« Naitre » était aussi représenté par un hiéroglyphe stylisé : on voit un cercle solaire et trois rayons qui en découlent. On l’utilisait dans la composition hiéroglyphique de tous les mots se rapportant à la naissance tels que « enfanter, façonner ou créer ».

Sur le plan symbolique cela apporte un élargissement. Il s’agit de la création de soi-même, créer sa vie, se renouveler, engendrer ses propres métamorphoses et cela, tout au fil de notre vie. N’est-ce pas ainsi, au final que l’on aborde notre propre mort ? Là est un autre débat, revenons au symbolisme et à la graphologie.

J’ai choisi pour illustration deux tracés caractéristiques :

Erik Satie et Saint-Exupéry

Satie MErik Satie

Quelle ne fût ma surprise en me penchant sur l’écriture d’Erik Satie ! La souffrance présente dans les formes à rebours, la raideur, et surtout les noircissements qui sont signes d’angoisse, montrait un homme tourmenté de douleur. Mais le plus frappant et sans doute la clé de l’énigme si l’on peut dire est contenue dans certains de ses « m » Majuscules comme dans le mot « Méchanceté ». Ils sont noircis, alourdis de crochets souterrains et surplombés d’une barre horizontale qui bouche l’horizon ou la « remontée vers le spirituel ».

On peut conclure que la mère, la femme, la mort, sont à la fois source d’obsession, de douleur et de refus. Dans d’autres courriers les « m » sont brisés, interrompus. Intriguée, j’ai ensuite cherché à connaître un peu sa vie. Il a traversé des drames liés à la mère et à la mort. Orphelin à quatre ans, il fut ensuite traumatisé par le décès de sa grand-mère que l’on a retrouvée noyée. Ses « m » montrent que ces épreuves sont restées comme une blessure à vif qui rejaillit sur le regard qu’il porte sur la vie.

Son écriture manifeste cependant beaucoup de douceur en parallèle à la révolte. C’est le cadeau qu’il nous a fait par sa création musicale.

Saint Ex MSaint-Exupéry

Dans l’écriture de Saint-Exupéry, on observe des « m » étranges, faits de trois petits bâtons verticaux. Et c’est tout ! Pas de liaison à l’intérieur de la lettre (alors qu’il en fait par ailleurs). On le voit nettement dans « ma vie ». En tout cas, il écrit ainsi à 40 ans.

Ces petits traits laissent un passage entre le bas et le haut, symboliquement la terre et le ciel, la matière et l’esprit. C’est même un peu comme un trait d’union entre les deux. Cela nous signale qu’à cette phase de son existence, Antoine de Saint-Exupéry a spiritualisé l’idée de la vie et de la mort, comme un être entre ciel et terre. N’oublions pas qu’il était aviateur, mais quand même ! Bien sûr il a frôlé la mort au fin fond du désert. C’est là, croyant mourir qu’il a éprouvé le besoin d’écrire à sa mère. Ce ne sont pas ces épreuves ni son métier de pilote de guerre qui ont « produit » ce « m » spiritualisé. La transcendance qui apparaît dans ce graphisme, c’est l’homme qui l’a créée avec son regard sur la vie.

Ainsi lorsqu’une lettre est très abîmée par exemple ou juste déformée, il y a quelque chose à comprendre dans ce qu’elle représente (ici la relation à la mère) mais on peut aller plus loin en considérant le processus ou la philosophie qu’elle manifeste.

Sylvie Chermet-Carroy

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Sessions sur la symbolique des lettres à Paris.

A paraître en Avril 2014 : « Interpréter les lettres et les chiffres. » Editions Exergue.