Urgent, le rébus d’Hitchcock.

Le rébus

Dans son échange avec François Truffaut, Alfred Hitchcock nous livre ce rébus à résoudre avec humour et un peu d’investigation. Profitons-en pour découvrir son écriture et ce qu’elle révèle du personnage.

Hiitchcock rébus

Il y a peu de matière à explorer, juste trois mots et des lettres de l’alphabet bien appliquées donc artificielles. Mais on remarque une quantité d’éléments très différents qui ne se contredisent pas mais montrent plusieurs facettes de la personnalité.

Tout d’abord la clarté et la douceur des mots qui s’agencent avec de belles courbes comme le lien entre « t » et « r » dans « très », les liaisons souples des « e » de « heureux ». La personnalité sait communiquer avec gentillesse, douceur et sait faire preuve de souplesse. Un peu d’angulosité est présente notamment dans le « n » de « Un » ce qui signale que la douceur n’exclut pas l’affirmation et le sens critique. Les barres de « t » toutes différentes sont grandes, fines, parfois couvrantes comme dans la signature qui accompagne son portrait.

HitchcockAlfred avait un côté légèrement autoritaire mais aussi protecteur et bienveillant. Il était charmant cet homme! Et les défauts alors? Toutes ses signatures « Hitch » ou celles qui combinent le nom complet sont hyperliées ce qui indique un fond tenace, une personnalité qui évite de se laisser influencer, qui suit son idée jusqu’au bout. J’ose dire même un peu obsessionnel. De plus les petites noirceurs au sein des lettres traduisent un fond un peu obscur, une sensibilité en souffrance et une anxiété certaine.

Regardons les lettres pendant que vous vous questionnez sur le rébus. Leur positionnement sur la ligne de base est fluctuante. Par exemple le « H » flotte un peu au-dessus de la ligne, « F et G » descendent, le « K » s’enfonce sous la ligne avec une finale massuée (avec un épaississement un peu comme une massue). Ces points révèlent un être qui passe du réel (la ligne) au rêve (au-dessus), qui accepte le concret mais demande à s’évader (tant mieux pour la création fabuleuse qu’il nous offre).

Notons que dans la symbolique des lettres le « i » correspond au principe créateur dans le sens large. Ici le « i » est plus grand que les autres lettres, il trône. Les finales des mots peuvent être comme une coupe qui recueille, qui attend, qui reçoit ou au contraire plus abrupte. Quelques colères n’étaient pas exclues sur un fond d’émotivité forte indiquée par les variations d’inclinaison. Notons que la signature complète est sobre et d’une grande simplicité à l’image d’un être conscient de lui-même mais qui ne se prend au sérieux. On retrouve ce recul dans la distance entre les ligne du fameux rébus. Bon, alors? Vous avez trouvé? Dans l’alphabet, il nous souhaite un très heureux  Noël (no « L »). Sacré Hitchcock!

Sylvie Chermet-Carroy
Cours et consultations
Auteure de « Interpréter les lettres et le chiffres dans l’écriture ». Editions Exergue

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Le boustrophédon ? Droite, gauche, dans quel sens écrit-on ?

L’espace autour de nous, la route devant soi, le ciel au-dessus de notre tête, la terre sous nos pieds, autant d’évidences qui participent aux perceptions sensorielles, qui sont vecteurs de la pensée et même source de philosophie.
Selon les pays et la culture, le sens de l’écriture diffère. Elle peut être horizontale de gauche à droite ou à l’inverse se diriger de droite à gauche comme c’est le cas pour l’arabe et l’hébreu. Elle se trace en ligne verticale dans les traditions chinoise et japonaise.

Le boustrophédon
Quelques siècles avant notre ère, existait même un procédé étrange d’écriture de gauche à droite, puis ligne suivante de droite à gauche et ainsi de suite avec ces allers-retours gravés dans la pierre. C’est l’écriture en boustrophédon, terme d’origine grecque qui décrit le parcours du bœuf qui trace les sillons du labour. Pas très facile quand même pour lire le texte dont les lettres partent à rebours!
Quand une culture transmet une écriture qui se trace de gauche à droite et inversement, ou de haut en bas, ce n’est pas anodin, ni simplement le fruit du hasard.

Peut-on en tirer quelque conclusion?

Puisque le graphologue interprète les mouvements du graphisme vers le haut, le bas, la gauche, la droite, y aurait-il une signification lorsque l’écriture se déroule de droite à gauche ou en ligne verticale comme le chinois et le japonais?
D’une façon générale, l’être humain a tendance à placer vers le haut ce qui élève l’esprit, les idéaux, la spiritualité et vers le bas ce qui ressort du domaine concret, la matière, ce qui est quantifiable et palpable.

L’axe horizontal

Lorsque l’homme se déplace, les points cardinaux et l’horizon, sont les repères de son parcours et de son mouvement. L’axe horizontal représente la progression de l’homme, son avancée dans la vie. On y trouvera la notion du temps dans le mouvement qui mène d’un point à un autre.
Sur un plan symbolique (que l’on retrouve aussi au niveau psychosomatique), la gauche pour l’être humain est en affinité avec la vie intérieure, les origines, et la droite la vie extérieure, l’action, le mouvement vers le futur et l’inconnu. Je synthétise ici des développements que j’ai déjà faits dans d’autres ouvrages. Rappelons toutefois en exemple que les travaux de renommée internationale du chercheur A.Tomatis, nous précisent que chez l’enfant les pathologies répétées à l’oreille gauche peuvent être liées à la relation à la mère alors que l’oreille droite est liée à sa relation au père, à l’extériorisation ce qui évoque par extension une difficulté à aller vers les autres et vers son futur. Ceci est bien sûr plus que résumé et mérite des nuances.

L’axe vertical

On peut déjà percevoir que l’écriture verticale traduit une philosophie qui situe l’homme entre le Ciel et la Terre, ce qui privilégie le plan spirituel. L’écriture traditionnelle chinoise en est l’exemple. Dans cette culture, l’homme est, au sein de l’univers, en contact subtil avec les énergies de la nature. La richesse même de l’acupuncture met en lumière un concept où l’être humain est profondément, concrètement et psychiquement lié à l’univers et aux cycles de la vie.
Vous allez dire, ah oui! Mais maintenant le chinois s’écrit aussi sur un plan horizontal! Exact, depuis environ 1956, on a commencé à écrire le chinois de gauche à droite par souci de « simplification » paraît-il. Sans doute! Cela permettait aussi d’écrire facilement les mots occidentaux. Mais restons dans la symbolique. En modifiant la transmission de l’écriture, on transforme ce que l’on fait passer dans les mentalités. On pourrait donc conclure en raccourci (en 1956) que cela promettait des changements fondamentaux de mentalité. Facile à vérifier aujourd’hui. L’écriture gauche-droite: c’est l’axe du temps qui prend le dessus sur l’axe vertical (le Ciel et la Terre). Or la notion de temps n’est pas toujours vécue de la même façon selon les cultures. D’ailleurs dans la langue chinoise « les temps » en grammaire n’existent pas comme dans les langues occidentales. « Avant » ou « après » sont suffisamment explicites alors qu’en français par exemple, on a même des « futurs » dans le passé! Et des conditionnels dans le futur… Opter pour ce changement d’écriture est donc plus profond qu’il n’y paraît et l’occidentalisation que cela annonçait au départ, s’est vite accélérée. On peut penser que les mentalités aussi ont changé même si les valeurs profondes demeurent.

L’écriture de gauche à droite traduit un mouvement qui part du passé pour se diriger vers l’avenir. Dans l’autre direction, l’écriture qui se dirige vers la gauche traduit une philosophie qui va puiser dans les valeurs de la tradition, qui préserve la richesse du passé. Cela met en relief un retour aux sources. Dans l’étude d’une écriture individuelle, on tiendra compte de toutes les particularités puisqu’au sein de chaque forme apprise, l’écriture d’une personne est unique.

Et le boustrophédon alors?

BoustrophedonMais je serais tentée de dire qu’il faut une belle souplesse intellectuelle, sans a priori pour écrire de cette façon puisque dans le mouvement droite-gauche ici, on écrit un peu comme en miroir. Cela évoque une culture qui peut intégrer le passé et le futur, qui se nourrit de l’ancien mais qui va vers le futur en préservant les valeurs du passé.

Il y a peu de chance pour que le graphologue y soit confronté, surtout que c’est gravé dans la pierre. En toute franchise, je n’ai pas encore tenté d’analyser les bas-reliefs. Par contre j’ai apprécié (ou j’ai eu la chance) d’analyser l’écriture de personnes qui écrivaient dans deux langues différentes, en français et dans d’autres caractères d’alphabet. La comparaison des deux élargit le panorama de la recherche et met en lumière parfois la richesse d’une double culture.
De même dans une étude individuelle, je tiens compte de la culture initiale. Selon les pays, il peut y avoir un impact différent sur la façon d’écrire.

Sylvie Chermet-Carroy
Consultations, cours
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Ouvrages:

  • interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture. S Chermet-Carroy. Editions Exergue
  • La signature ou l’intimité dévoilée. S Chermet-Carroy. Guy Trédaniel Editeur
  • L’oreille et la vie. Dr Tomatis. Editiond Laffont

Un bonhomme à la rentrée

Très tôt l’enfant prend plaisir à laisser une trace, à marquer une page avec des couleurs. Il s’exerce avec surprise à faire naitre des formes, au départ sans intention particulière. Il découvre la maîtrise du geste. Du gribouillage, en passant par la conscience de lui-même, il évolue vers des formes représentatives.

Le dessin du bonhomme

Le bonhomme est l’élément majeur que l’enfant va reproduire, embellir, réinventer. Cela se fait par étapes. Le bonhomme représente l’enfant lui-même. De ce fait, ce dessin va évoluer en suivant les prises de conscience de l’enfant.

On peut donc suivre son évolution et l’image qu’il a de lui-même à partir de sa façon de dessiner ce fameux bonhomme. Je dis « fameux » car on en a fait un test (en comptant les détails, les éléments réalistes, la présence des vêtements, les boutons…). Et à l’école, il y a souvent le bonhomme que l’on dessine à la rentrée. Notamment en dernière année d’école maternelle, vers 5 ans, on voit parfaitement l’importance de l’évolution de l’enfant au fil de son année scolaire.

Le bonhomme « têtard »

Avant cet âge vers trois ans, il s’agit plutôt d’un « bonhomme têtard » nommé ainsi parce qu’on devine l’humain mais il fait plutôt penser à un têtard avec une sorte de gros ventre auquel s’attachent des bâtons (bras et jambes). Ensuite le dessin s’enrichit de deux cercles avec tête et ventre séparés, les cheveux, les mains, les pieds… Les parents s’inquiètent parfois de cette simplification qui en fait n’en est pas une. C’est au contraire une progression remarquable que l’enfant va effectuer petit à petit au fur et à mesure qu’il prend conscience de son schéma corporel.

Ainsi de plus en plus de détails apparaissent par la suite. Par exemple l’enfant dessine les oreilles lorsqu’il prend conscience qu’elles servent à entendre. On verra apparaître un enrichissement vestimentaire qui traduit souvent l’identification de l’enfant, parfois ses prises de conscience. Par exemple colliers ou jupes pour les petites filles qui s’identifie à la mère et représentation symboliquement masculines pour les garçons (moustache, formes de chapeau, képi…).
De plus, la situation du personnage dans la page, les couleurs utilisées et parfois la mise en scène en disent long sur la personnalité de l’enfant, ce qu’il traverse actuellement et comment il évolue.

Le dessin de Louis 5 ans

Vincent Roi

Un roi, enfin! Après quelques dessins qui traduisaient la timidité, le manque de confiance en lui-même, Louis dessine son bonhomme dans toute la page. Il prend donc mieux sa place dans son environnement y compris à l’école où on le trouvait assez réservé voire craintif. Mais ce n’est pas gagné! C’est ce que révèle ce bonhomme-roi.

En effet, le personnage se tient bien debout. Les jambes sont solides, la couronne est un vrai rayonnement solaire. La couleur verte dans le dessin d’enfant signale une volonté de communication, le désir d’être considéré par les autres. Tant mieux, c’est ce qui faisait défaut jusqu’à présent. Toutefois je remarque que les bras (symbole d’échange avec autrui, prendre et donner) sont coincés sous la cape. La couleur nous donne l’explication: elle est bleue symbole de la sensibilité et de l’émotion, de même que la bouche liée à l’échange verbal.

Ce que le dessin nous permet de conclure: c’est que Louis a beaucoup évolué. Il prend mieux sa place, il est équilibré et veut consciemment communiquer mais il est « drapé » encore dans sa sensibilité et son émotivité. Tous les petits points qui entourent le personnage révèlent l’anxiété. Cependant la taille superbe du personnage (ce qui est nouveau dans les dessins de Louis), la prestance (un roi quand même!) le rayonnement joyeux du jaune et de la couronne, les jambes vertes comme le corps (aller vers la communication), sont autant d’éléments positifs et constructifs. Louis est en phase de transformation. C’est juste une petite lutte intérieure: aller de l’avant et surmonter l’émotivité. C’est la force ici qui l’emporte. Une série de dessin permet de voir tout le processus. Il est intéressant pour les parents de les dater pour mieux percevoir la progression.

Sylvie Chermet-Carroy

Graphologie et interprétation des dessins d’enfant
Cours et consultation.

Dessin extrait de mon ouvrage
« Comprenez votre enfant par ses dessins » Editions Sand

Voltaire l’impertinent

voltaire portraitOn a retrouvé le manuscrit de « Candide » que l’on croyait perdu et, aujourd’hui, il est disponible en fac-similé (aux Editions des Saints Pères). Ce conte philosophique de Voltaire condense à lui seul les questions de la tolérance, du pouvoir, de la liberté de pensée.
François Marie Arouet dit Voltaire (1694-1778), tour à tour, homme de théâtre, pamphlétaire, philosophe, historien, acclamé aujourd’hui pour son indépendance de pensée a vu certaines de ses œuvres condamnées et même brulées. Ainsi, « Candide » avait-il été publié dans l’anonymat par crainte de la censure. Ironique et audacieux, Voltaire a même été emprisonné à la Bastille. Il a prôné la liberté, s’est élevé contre l’esclavage, l’autoritarisme, la torture. Il a connu le succès, la disgrâce, l’exil et sa reconnaissance à l’Académie Française.

Que nous dit son écriture?
VOLTAIRE LettreIl s’agit d’un extrait de son intervention auprès du Comte de Saint-Florentin sur l’affaire Calas. En prenant parti, Voltaire met en cause le pouvoir, les mécanismes de la justice qui s’appuyait en grande partie sur les ouï-dire et des présomptions.
« Il s’agissait, dans cette étrange affaire, de religion, de suicide, de parricide; il s’agissait de savoir si un père et une mère avaient étranglé leur fils pour plaire à Dieu, si un frère avait étranglé son frère, si un ami avait étranglé son ami, et si les juges avaient à se reprocher d’avoir fait mourir sur la roue un père innocent, ou d’avoir épargné une mère, un frère, un ami coupables. » (Voltaire).

Finesse et impétuosité dominent dans le graphisme tour à tour subtil et énergique. L’implication et l’élan vers l’avenir (mouvement de l’écriture vers la droite) signalent un être concerné par le futur.
L’écriture révèle aussi un personnage fort attaché à ses intérêts personnels. En témoignent tous les crochets et mouvements d’accaparement (les retours et courbes vers la gauche). Voltaire était près de ses sous, réputé pour être âpre au gain et coriace en affaires. La liaison des lettres met en relief une ténacité hors pair, mais réfléchie.
Des pointes agressives dans la zone supérieure (comme le « d » de « profond » ligne 4) signale un combat intellectuel avec des arguments bien aiguisés.
Les formes anguleuses comme dans le « m » de « humble » (avant dernière ligne) révèlent un sens critique remarquable et une dureté sans conteste. Ajoutez à cela des lignes plongeantes et écrasées fortement comme dans « daignez protéger » ligne 1, cela modifie un peu le portrait parfois dithyrambique que l’on fait de Voltaire. Car cette forme graphique évoque les colères et une virulence avec éventuellement « des coups bas ». On n’est pas là pour juger! Simplement le portrait comme pour tout être humain possède toute sa complexité.

Voltaire n’a pas mis sa virulence uniquement au service des idées de justice. Il a « descendu en flammes » ceux qui ne pensaient pas comme lui et ruiné la carrière de certains (notamment quand on lui faisait de l’ombre).
La Beaumelle fut l’un d’eux. Ecrivain beaucoup plus jeune que lui, au talent prometteur, il fut emprisonné « grâce » aux relations de Voltaire.
On n’est pas obligé d’aimer Jean-Jacques Rousseau mais après quelques démêlés avec lui, Voltaire le traitait publiquement de « ce Chiant-Pot-La perruque ».
N’empêche que son esprit contestataire et audacieux a fait bouger les mentalités. C’est à resituer dans un contexte historique.

Le lapsus de Voltaire
Penchez-vous sur la formule de politesse en bas de la lettre: « votre très humble très obéissan et très obligé Serviteur« . Maintenant, on pose le regard sur « très obéissan ». Cherchez un peu! Bon, ce n’est pas pour que vous observiez l’orthographe! A l’époque, les règles n’étaient pas encore fixées. Alors?
Eh bien voilà: je ne peux pas m’empêcher de voir que « très obéissan » est écrit nettement plus petit que le texte. Ce mot lui pose un problème. Alors « obéissant » Voltaire? Ça m’étonnerait. Cela nous rappelle que c’est la formule obligatoire à l’époque mais en fait, si Voltaire pouvait s’en passer…

Révolté, contestataire, homme de lettres et d’action, Voltaire a marqué son époque et exposé des questions toujours d’actualité. Son écriture le révèle sincère dans ses combats, paradoxal dans ses attitudes, virulent et sans pitié pour défendre son intérêt personnel, futuriste pour asseoir des principes de liberté et de justice avec une ténacité sans faille.

Sylvie Chermet-Carroy
Graphologue

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Alice dans le puits !

Le manuscrit « Alice au pays des Merveilles » a été mis en ligne début 2015 par la British Library. Fascinant, de pouvoir tourner les pages une par une de ce manuscrit original écrit de la main de Lewis Carroll! Avec les illustrations en plus!

Carrol Lewis Portrait

Portrait de Lewis Carroll

Lewis Carroll, de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson, est professeur de mathématiques au collège de Christ Church à Oxford. Il invente des histoires pour les enfants de son entourage. Et voilà qu’une des fillettes du doyen du Collège, Alice l’inspire au plus haut point. Ecrivain, il libère son talent dans des correspondances et des contes fantastiques. En 1869, « Alice au pays des merveilles, est un véritable succès, qui dure encore aujourd’hui. Lewis Carroll a souvent été décrit comme un introverti un peu guindé, mélancolique, donnant des cours assez ennuyeux.

Que nous dit le graphisme de ce manuscrit?

Carroll noté
L’écriture est très appliquée, visiblement étudiée afin d’être bien lisible. C’est normal. A son époque « le traitement de texte » n’existait pas. C’est donc le document destiné à l’éditeur! Que faire? Peut-on en tirer parti pour comprendre le personnage?
L’écriture est régulièrement inclinée à droite d’où un intérêt pour les autres. Toutefois l’élan vers autrui est pondéré: toutes les fins de mots sont douces et bien retenues. Il y a de la douceur certes et un solide souci de maitrise.
On remarque des formes recourbées comme des crochets, notamment dans les « y » ou le « q » de « quick ». Ce sont des signes de séduction et d’accaparement.
Les majuscules très travaillées comme dans le « s » de « Soon » ou le « m » de « Mary Ann » plus bas, révèlent l’intérêt pour le sens esthétique. Lewis Carroll était aussi photographe!
Le graphisme est parfaitement rigoureux. Cependant on note à toutes les pages des fluctuations dans les phrases qui ondulent légèrement comme « table and the little door had vanished » (au-dessus du dessin). Et plus bas « her, and at once » qui descend puis remonte au-dessus de la ligne. Cette dernière, la ligne sur la laquelle on écrit, représente symboliquement le réel. Ici, on passe de l’inconscient (sous la ligne) au rêve (au-dessus du réel).
Bizarre ! Dans cette écriture si bien ordonnée, voici par ci par là, des tirets bien aiguisés comme dans « river-bank ». Est-ce qu’il se lâche Monsieur Lewis Carroll? Cela respire quand même la colère car les tirets sont une mise à distance et parfois une agressivité rentrée ou pas d’ailleurs. Donc douceur, rigueur, esthétique, richesse de l’inconscient et visiblement un côté plus tumultueux qu’il n’y paraît. Cela tombe bien, voilà enfin l’écriture numéro deux, la vraie, celle qu’il utilise librement:

Lettre spontanée de Lewis Carroll

Carroll Lewis lettreElle est mouvementée avec des envolées, des liaisons solides à l’intérieur des mots. A l’image d’une personnalité passionnée, elle est intense, riche et nous révèle aussi quelques emportements (les barres de « t » et à nouveau les tirets) ainsi que de la générosité (l’ampleur du geste graphique). Elle danse également sur la ligne. A cela s’ajoute les gonflements qui traduisent l’emballement et l’imagination.
Cette personnalité a su marier l’imaginaire, la poésie et la richesse de l’inconscient. Alice qui tombe dans un puits, ne serait-ce pas une des images qui représentent la descente dans l’inconscient? Ce n’est pas étonnant que le roman poursuive sa vie au-delà du temps et des frontières. Il est lu dans le monde entier.
Salvador Dali lui-même passionné de psychanalyse, a été inspiré par « Alice au pays des Merveilles ».

Dali. Dans le terrier du lapinTableau de Salvador Dali : « Dans le terrier du lapin »

Tiens, pour la peine voilà une troisième écriture que je réserve spécialement aux anglicistes, un petit rébus que Lewis Carroll envoyé à Ina, 7 ans, pour son anniversaire (Il vous faudra trouver tout seuls la solution !).

Carroll rébusLa lettre rébus d’anniversaire à Ina (1)

Écriture étudiée, encore, pour être lisible pour l’enfant mais elle est plus douce, plus ronde, plus libre que le manuscrit destiné à l’éditeur.
Alors finalement, doit-on considérer qu’il existe de nombreuses écritures pour une seule personne? Non certainement pas, mais l’écriture appliquée mérite la comparaison avec un graphisme plus libre.
Je reçois parfois des personnes qui m’annoncent avoir deux écritures. Je demande toujours plusieurs documents. Même un brouillon peut révéler des richesses présentes au sein de la personnalité. Le papier libre (le brouillon) est comme son nom l’indique, l’être sans contrainte sauf celles qu’il s’impose lui-même. Le document destiné à être lu révèle l’être socialisé, ses facultés d’intégration, les motivations qu’il va partager avec autrui.

Sylvie Chermet-Carroy

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Site de graphologie

Site sur l’interprétation des dessins d’enfants

(1) Extrait de « L’or des manuscrits » Editions Gallimard – 2014

Le palmier à tous les âges

 Très tôt, l’enfant dessine un arbre, une maison, un bonhomme, autant d’éléments révélateurs de son évolution, de ses états d’âme, et de la conscience qu’il a de lui-même. Et les adultes alors?

Le test du dessin d’arbre

Le test du dessin d’arbre révèle autant les qualités relationnelles que le potentiel professionnel ou la capacité à se lancer dans un projet.

Comment cela? Est-ce qu’on n’est pas dans l’irrationnel?

Eh bien non, ces résultats ne sont pas bâtis sur des sables mouvants! Tiens, vous voyez, sans le faire exprès je prends une image, celle du sable. Justement un petit clin d’œil au psychanalyste Bachelard qui a développé toutes ces données présentes au plus profond de l’être humain, le feu, la terre, la pierre avec toutes les projections imaginaires de l’être humain, les qualités concrètes autant que spirituelles qui vont avec. Eh bien pour l’arbre c’est pareil! Revenons à l’arbre. Au début du 20ème siècle parmi les recherches sur ce sujet, on a orienté les dessins en demandant de faire « un arbre joyeux, un arbre triste, un arbre mourant… » Des milliers de dessins ont fait remarquer que les arbres « heureux » étaient plus grands que les arbres « effrayés » qui eux étaient un peu recroquevillés. On a noté que l’arbre « souffrant » s’incline et penche vers le bas. On dit bien « sauter de joie », mouvement vers le haut et « je laisse tomber, je baisse les bras » posture de découragement. Dans l’analyse du dessin d’arbre (voir « les trois parties de l’arbre« ), on fait le chemin inverse, on part de l’observation d’une forme pour remonter à la source: le sentiment et la conscience de soi.

Et voilà le palmier !

Aujourd’hui, penchons-nous si on peut dire, sur quelques palmiers. L’arbre s’analyse dans toute sa complexité avec autant de nuances que la richesse d’une personne. A la consigne « dessine un arbre » le dessin du palmier dans ce test évoque toujours un désir d’évasion. Il apparaît fréquemment chez les adolescents qui désirent autre chose que la contrainte scolaire, et l’autorité parentale. Chez l’adulte c’est un peu différent et aussi moins fréquent. On tiendra compte également de la culture et du contexte géographique. Le palmier peut faire partie du quotidien, de la vie de tous les jours. Toutefois chaque représentation d’arbre n’est jamais quelque chose d’anodin! Si vous choisissez le chêne qui représente entre autres la puissance, cela n’a pas la même signification que le dessin d’un frêle bouleau.

Les palmiers de Victorine (7 ans)

Palmier Fille 7 ans Isolement1

Ce palmier émerge sur son îlot tout noir avec ses palmes coloriées à la hâte. L’arbre dessiné sur un îlot nous signale que Victorine souffre d’un sentiment d’isolement. Une perturbation est indiquée par le sol noir qui alerte sur un fond un peu dépressif. De plus l’eau est inexistante. On la devine simplement. L’eau est liée symboliquement à l’émotion. Ceci traduit une inhibition des sentiments. Il est nécessaire et peut-être urgent d’inciter Victorine à parler, à exprimer ses émotions. Elle a besoin d’une écoute et de pouvoir livrer ce qui la préoccupe. Notons que la petite étoile de mer à gauche (que l’on devine à peine sur le fond noir) est coloriée en violet (voir « la couleur dans le dessin d’enfant »), couleur d’angoisse chez l’enfant. Il n’y a rien à dramatiser mais le tronc dont la base est très mince pour supporter l’arbre nous signale une instabilité affective qui peut être passagère. C’est à vérifier prudemment avec d’autres dessins.

Quelques semaines plus tard, la communication rétablie, Victorine nous trace toujours ses palmiers sur de petits îlots. Je précise qu’elle ne vit pas au bord de la mer sous les cocotiers. Mais le dessin qu’elle affectionne a bien changé.

Palmier Fille 7 ans Isolement3

La couleur joyeuse signe une extraversion et un mieux être même si tout n’est pas résolu. On note une transformation intéressante par l’apparition de chiffres impairs dans les palmes (six auparavant, sept maintenant). Les chiffres impairs ont un symbolisme d’action, de dynamisme à l’inverse de la réceptivité ou l’attentisme signifié par les chiffres pairs. Il y a un réveil de l’action et de la créativité.

 L’arbre de Martial (20 ans)

Martial 20a arbre 2Martial est en cours d’études supérieures. Il le vit avec beaucoup de stress. Dans le test qui comporte plusieurs arbres, son premier arbre est minuscule, collé à gauche de la feuille ce qui signifie un besoin de sécurité. Pour le deuxième, nous y voilà! C’est le désir d’évasion, le palmier trône! Enfin notons qu’il est lui aussi bien à gauche, d’où un désir de retourner au passé plutôt que de foncer vers l’avenir représenté par la droite. Il faut dire que Martial suit ses études à quelques milliers de kilomètres de la maison familiale et de ses copains, donc on va nuancer. En fait comment est son palmier? Il est fait d’un trait net bien affirmé. Il est solide avec des très grandes palmes qui épousent un mouvement d’ouverture dans plusieurs directions. Faut-il s’inquiéter? Surtout pas! Ici ce palmier est surtout acte de libération. Martial a besoin de décompresser. Il peut le faire par le plan physique, sport, dépense d’énergie indiqué par ce tronc qui se tient bien et aussi par les contacts qui sont représentés les ouvertures multiples de la couronne en éventail. Très globalement le bas de la page est lié à la terre, la matérialité, le haut à l’esprit et à l’échange en ce qui concerne la partie mobile des branches. Ici on a un bon équilibre, pas d’inquiétude pour Martial!

Un saule pleureur qui change d’identité !

Régine arbre 2 Et bien oui, ce saule pleureur n’en est pas un! Enfin pas pour longtemps. C’est l’arbre de Régine, 32 ans qui trace en premier dans le test, un arbre qui traduit la force et le défaitiste, une instabilité avec une ligne de sol très irrégulière, des tensions agressives. Elle vient de subir un harcèlement professionnel qui se termine par une fin de contrat. Au deuxième arbre que voici, elle énonce clairement « c’est un saule pleureur ». Le saule pleureur montre toujours un certain découragement, le fait qu’on baisse les bras. Il contient souvent l’idée d’un état dépressif plus moins latent. Pas étonnant après ce que Régine vient de traverser. Je ne dis rien. Puis elle ajoute, « non c’est plutôt un palmier! » Cela veut dire que Régine est en train de transformer son état dépressif en « autre chose », une envie de s’évader de cet état qui ne correspond pas à son tempérament habituel. Son troisième arbre du test est fulgurant, un mélange de tronc un peu piquant (son système de défensive, elle ne compte pas se laisser faire) et une couronne animée de vie, d’oiseaux, papillons et autres. Elle a privilégié son projet: créer son entreprise dans un domaine différent, quelque chose qui va l’épanouir vraiment. Ces trois arbres permettent de dire qu’elle est prête à opérer le changement. J’utilise ce test pour les adolescents mais aussi pour les adultes. Associé à l’étude graphologique le test du dessin d’arbre élargit les horizons et apporte une tonalité complémentaire.

Sylvie Chermet-Carroy

Orientation, adultes et adolescents, dessins d’enfants

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L’Hermione et La Fayette

La-FayetteL’Hermione, frégate empruntée par Le marquis de La Fayette en 1780, reprend la mer dans une reconstitution exceptionnelle. Il faudra six semaines aux participants pour traverser l’Atlantique et être accueillis en Amérique.
La Fayette avait à peine 20 ans lorsqu’il partit pour un premier voyage « prêter main-forte » aux insurgés américains contre l’Angleterre.

« Du premier moment où j’ai entendu prononcer le nom de l’Amérique, je l’ai aimée; dès l’instant où j’ai su qu’elle combattait pour la liberté, j’ai brûlé du désir de verser mon sang pour elle« 

Idéalisme, courage exceptionnel ou… ambition?
Dans sa progression sociale, il semble que le Vieux Continent n’ offrait pas tant de possibilités pour faire ses preuves à haut niveau. L’insurrection de la colonie anglaise donne au marquis de La Fayette une chance inespérée d’exploiter ses talents et de satisfaire son ambition.

Voyons ensemble ce que nous dit son écriture.

lafayette1
premier document est rédigé en 1777. Le graphisme est caractéristique par son angulosité fortement marquée (les « m » et les « n » notamment), et la raideur du mouvement. Ces deux caractéristiques traduisent l’exigence, la force morale, le courage, une volonté qui s’exprime avec une dureté implacable. On y voit aussi la réflexion car le mouvement est retenu, bien maîtrisé. Cette écriture est remarquable pour un homme qui a tout juste vingt ans.
Elle traduit une personnalité qui avance coûte que coûte sans états d’âme. La signature est sobre, quasiment moderne. Serait-ce un esprit en avance sur son temps? Il avait voulu abolir l’esclavage, trouver un compromis entre la royauté et les révolutionnaires. N’empêche que l’aiguillon sous la signature n’exclut pas quelques violences programmées à moins qu’il ne s’agisse d’auto-défense.
Le 17 juillet 1791, Commandant en chef de la garde nationale, il donne l’ordre d’ouvrir le feu sur les manifestants qui s’étaient regroupés au Champ-de-Mars pour réclamer la déchéance du roi.

Douceur et stratégie

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Le marquis aurait-il changé? Cette écriture de 1792 présente de la raideur certes, mais plus de douceur dans le contact sur la ligne et dans la forme des lettres. On retrouve bien sûr quelques aiguillons bien pointues comme dans les « l » de « l’assurance », « l’intérieur ». Le corps des lettres est plus petit qu’auparavant. Le personnage est plus introverti et finalement plus humain. La signature se termine par une forme courbe qui nous évoque la stratégie sans perdre pour autant son acuité ni sa qualité de répartie (l’aiguillon final). L’homme a changé. Il est plus secret, plus modéré et plus versé dans la stratégie. L’évolution d’une écriture relate les changements au sein de la personnalité.

Sylvie Chermet-Carroy

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Famille et séparations

Dans son dessin, l’enfant exprime ses sentiments. A travers les couleurs, l’emplacement des personnages ou parfois un scénario, il nous livre ses attentes ainsi que ses doutes. Lorsqu’il trace un bonhomme, c’est lui-même qu’il représente. Les personnages ne sont jamais représentés « au hasard ». Ainsi un petit groupe familial reflète avant tout « sa » famille.

L’interprétation des dessins peut servir d’alerte dans les moments délicats. Ainsi lors d’un divorce on peut voir l’évolution de l’enfant, sa façon d’intégrer la situation. Ses productions graphiques durant cette phase permettent à l’adulte de mieux l’aider dans cette période délicate. L’impact de la situation peut effectivement avoir une incidence sur sa confiance en lui, sa performance scolaire ou sur le plan relationnel en général.

Feu rouge ?

Dans ce type d’approche, je préfère le dessin assez libre plutôt que des directives très nettes telles que « dessine ta famille ». En effet en laissant cette liberté, la représentation des parents ou de la situation offre un éventail de possibilités qui est plus vaste. Ainsi les parents sont parfois représentés par…des animaux ou le divorce par un chemin entre deux mondes (celui des deux parents).

Maison X2 - Fille 6 ans

Dessin de Doriane (6 ans)

L’enfant se plaît spontanément à dessiner une maison. J’ai souvent remarqué qu’au moment de la séparation des parents, ce n’est plus « une » maison qui est représentée, mais deux maisons, à l’image des deux foyers. Par exemple dans les dessins de Doriane, 6 ans, deux maisons apparaissent avec la petite voiture qui va de l’une à l’autre.

Regardez sur la droite: un feu de signalisation est dessiné. Que nous impose un feu rouge ou un feu vert? Il rappelle la règle, un interdit ou une autorisation. Doriane vit cela comme une réglementation stricte: elle a le droit ou pas d’aller chez l’un ou l’autre de ses parents. C’est une contrainte qu’elle s’efforce d’intégrer mais elle le vit comme quelque chose de rigide.

La séparation est de taille; une montagne !

G8adivorceDessin de Jérôme (8 ans)

Dans les dessins comme en graphologie, la symbolique gauche et droite nous renseigne respectivement sur la relation à la mère et la relation au père. Jérôme dessine en plein milieu de la page, une montagne avec un skieur qui passe d’un côté puis de l’autre. C’est sa façon de nous « raconter » cette division avec l’alternance d’un parent à l’autre. La séparation est de taille; une montagne ce n’est pas rien! Cependant les formes sont rondes. La douceur relative marquée par la courbe indique que Jérôme est phase d’adaptation. Pourtant ce n’est pas gagné! En effet le rouge prédominant traduit sa colère ou son agitation.

Deux foyers

Divorce Anne-Laure

Les dessins d’Anne-Laure, sept ans.

Lorsque la séparation des parents a été annoncée, Anne-Laure a dessiné des maisons bancales et notamment une maison brisée avec les pierres qui tombent. Quelques mois plus tard elle dessine spontanément deux couples. C’est symboliquement les deux couples parentaux: à gauche le foyer maternel, à droite le foyer paternel. Les deux couples sont quasiment symétriques. Les deux hommes portent le même costume. Anne-Laure, dans cette phase d’intégration, met les deux foyers sur le même plan. Enfin pas tout à fait. La mère à gauche est plus importante (plus grande, plus forte). Elle a des fleurs dans les mains, signe de tendresse et de partage affectif. Le père représenté par l’homme qui est à droite, est un peu plus grand que celui de gauche. Son chapeau est rectangulaire, alors que celui de gauche est rond (symboliquement plus doux et moins viril). Cela nous montre que le père garde son image de supériorité pour la petite fille. Dans la réalité Anne-Laure vit avec sa mère et son beau-père. Elle est en train d’intégrer cette nouvelle situation. On a même deux soleils! Oui, mais celui de gauche fait grise mine alors que du côté du père c’est un grand sourire. Que la maman ne s’inquiète pas, cela veut dire simplement que vivant chez sa mère Anne-Laure aimerait partager davantage avec son père. Est-ce un bon pronostic? Oui, c’est excellent mais l’évolution de la petite fille n’est pas terminée. Les visages sont flous, sans les yeux, la bouche, les oreilles, qui permettent de communiquer. C’est déjà une très belle avancée pour cet enfant qui reconstruit pour le moment son équilibre.

Sylvie Chermet-Carroy

Site sur l’interprétation des dessins d’enfant
Graphologue,Cours de graphologie et d’interprétation des dessins d’enfant.
Auteur de « Comprenez votre enfant par ses dessins » Editions Sand
« Ce que révèlent vos gribouillis » Le Courrier du Livre
« Interprétez les lettres et les chiffres dans l’écriture » Editions Exergue

Picasso

« Comme la plupart des grands maîtres, en marge de son œuvre, il nourrit son enfer. Un petit cahier est toujours à portée de sa main pour recevoir ses plus immédiates et intimes confidences« .
Ces propos sont de Brassaï, le photographe hongrois.

Picasso portrait

Né en Espagne, fils d’un professeur des beaux-arts, Pablo Ruiz Picasso a marqué profondément le XXème siècle, peintre, sculpteur, graveur, céramiste et même un peu écrivain, il a illustré des livres, accompagné des poèmes et peint des toiles monumentales. Picasso a tout expérimenté. Sa création se nourrit de tout et se relie à de multiples dimensions, intellectuelles, artistiques, sensorielles, politiques. Se renouvelant sans cesse, il invente le cubisme avec Georges Braque. Il marque son époque et ouvre tous les champs d’exploration possibles.

L’écriture de Picasso

PICASSO Lettre
Ce qui est caractéristique: c’est l’intensité, la démesure, l’originalité et l’indiscipline. Cela veut dire: le refus de tout enfermement.

En témoignent une écriture aux formes simplifiées et une mise en page toute personnelle qui invente ses propres règles, tantôt organisée tantôt indisciplinée (des lignes qui se bousculent, parfois des ajouts dans les marges). C’est à l’image d’un être qui ne se moule dans aucun modèle, qui structure et déstructure sa propre façon de penser. Le trait passe de la délicatesse à la lourdeur, d’un appui mesuré à des écrasements de plume qui contrecarrent le mouvement sans en arrêter la progression. Celle-ci est extrêmement rapide. Là, réside l’originalité de sa création, une façon de ne jamais s’arrêter, de ne mettre aucune barrière ni à la pensée ni à l’expression. D’ailleurs disait-il, « Si l’on sait exactement ce que l’on va faire, à quoi bon le faire« .

Des angoisses sur la vie, l’amour, la mort, transpercent le graphisme avec notamment des « a » et des « o » bouchés, par exemple « à notre affaire » ligne 4. Le symbolisme du « a » représente la force de la vie et le « o » est en relation avec la mort.

Celle-ci est omniprésente dans l’œuvre de Picasso mais aussi dans son existence. Pablo Ruiz Picasso porte le prénom du frère de son père, prêtre mort avant sa naissance. Sa fille surnommée Maya, a reçu le même prénom que sa propre sœur, morte à 7 ans.

Ainsi la vie et la mort se côtoient. « Chaque tableau » disait-il, « est une fiole pleine de mon sang« .

Après le suicide de son ami Casagemas Picasso se met à peindre tout en bleu. Des crânes sont posés dans des natures mortes. Les scènes de tauromachie mettent en peinture une lutte pour la vie et pour la mort.

Picasso période bleue

« Guernica » dans sa dimension tragique est sans doute une des toiles les plus connues, créée à la suite des bombardements qui ont détruit cette ville basque pendant la période franquiste.

Des lettres plongent profondément dans le domaine des pulsions, d’autres restent en suspens très au-dessus de la ligne (domaine de l’esprit). Ce mouvement fait un lien constant entre l’inconscient et une recherche qui se situe dans le domaine de la pensée. « Je ne peins pas ce que je vois, je peins ce que je pense » affirmait-il.

Une sexualité exigeante
Dans l’écriture, les formes plongeantes vers le bas représentent le domaine des pulsions et de la sexualité. Elles sont tour à tour nettes ou pâteuses, contrôlées ou disproportionnées. Les épaississements du trait, la noirceur, expriment autant les conflits intérieurs que l’impétuosité des désirs et l’érotisme insatisfait.

Douceur et violence s’accompagnent comme deux aspects indissociables. Dans le graphisme, les petites courbes souples s’articulent entre des pointes acérées en forme de poignard. Tendresse et violence ont habité le personnage et sont à la source de la création.

Picasso Femme au miroir

Malgré la puissance du graphisme, l’instabilité du tracé trahit une certaine vulnérabilité. Picasso, au dire de ses proches était parfois terrorisé par des superstitions et accomplissait de nombreux rituels pour exorciser ses peurs. L’écriture révèle la puissance de l’inconscient dans lequel il a puisé incessamment pour vivre, pour faire sortir ses angoisses et nous livrer sa création.

Sylvie Chermet-Carroy
Graphologue

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Vincent Van Gogh / Antonin Artaud

VAN GOGH autoportrait 1889Van Gogh – autoportrait – 1889

Une exposition audacieuse au Musée d’Orsay, nous offre en parallèle la parole et la peinture: les mots d’Antonin Artaud et les tableaux de Vincent Van Gogh.
Les mots sont puissants, corrosifs à l’image de son auteur tourmenté, animé d’amertume et de désespoir. Les tableaux expriment une intensité extrême dans la couleur et le mouvement qui animent les paysages autant que les humains.
En tant que visiteuse lambda, je dirai très modestement que cette exposition exceptionnelle, d’une richesse inouïe a occasionné pour certains visiteurs semble-t-il, de la surprise et même du désarroi. La tentation numéro un étant sans doute de se précipiter pour voir les tableaux, le nom de Van Gogh opérant sa magie. En effet, le visiteur non préparé pénètre dans la folie d’un auteur remarquable, Antonin Artaud, mais folie tout de même. C’est peut-être là que se situe la trame subtile qui interpelle chacun.
Antonin Artaud (1896-1948), écrivain, dessinateur, poète, homme de théâtre, fondateur du « théâtre de la cruauté », était peu motivé semble-t-il par les tableaux de Van Gogh. Mais voilà! Dans un article, il est décrété que Van Gogh est malade mental (ce qui est la vérité) mais pire encore, que sa folie est « du type dégénéré »!

ARTAUD Antonin portraitAntonin Artaud – Portrait –

Antonin Artaud réagit. Lui qui souffre de troubles neuropsychiatriques, qui a testé des drogues hallucinogènes, qui a subi des dizaines d’électrochocs et neuf années d’internement, lui qui est d’abord un créateur va écrire « Van Gogh, le suicidé de la société ». Le voilà défenseur de la folie et du génie.
Selon ses termes, « Il y a dans tout dément un génie incompris dont l’idée qui luisait dans sa tête fit peur ». Sans vouloir faire la psychanalyse d’Antonin Artaud, cela ressemble quand même un petit peu à une projection personnelle. Allons voir du côté de son écriture.

ARTAUD Antonin détailÉcriture d’Antonin Artaud

Le graphisme est incliné avec des mouvements amples, des finales de mots contenues ou lancées voire disproportionnées, une pression très irrégulière tantôt très appuyée comme dans « que » ligne 4 ou au contraire variable au sein d’une même lettre « q » de « qui » ligne 1. Ceci nous indique un élan puissant imprévisible, une alternance d’intériorité et d’expression de soi brusque, avec des colères et des attitudes de provocations excessives, démesurées (voir le « l » de cheval). Un mélange d’agressivité (on a des petites pointes aigües comme dans le « r » de « fer » ligne 5) et d’angoisse (avec toutes les noirceurs des lettres) sur un fond de dépression que l’on remarque par les fins de mots qui tombent (« mais un bâton de bois de fer »). Cet état est chronique, comme un rythme intérieur. En effet, le geste se reprend et après chaque mot, se situe bien à nouveau sur la ligne. Mais le geste retombe sans cesse. Antonin Artaud estimait pouvoir diriger son corps, contrôler toutes ses pulsions. Ce n’est pas ce que dit son écriture, celle-ci révèle plutôt une lutte intérieure douloureuse. D’autres documents écrits confirment cette constante.

VAN GOGH oliviers sous le soleilOliviers sous le soleil – Vincent Van Gogh –

Pourquoi disait-il, « les peintures de Van Gogh me donnaient-elles ainsi l’impression d’être vues de l’autre côté de la tombe d’un monde où les soleils, en fin de compte, auront été tout ce qui tourna et éclaira joyeusement ». Est-ce un regard visionnaire, sachant que Vincent Van Gogh, lorsqu’il était enfant, allait le dimanche avec son père sur la tombe de … Vincent Van Gogh , son frère décédé avant lui. Le génie et la folie naissent parfois dans la souffrance.

Antonin Artaud voit et ressent dans les tableaux du peintre, des convulsions, des ébullitions, tracées par son « pinceau en ébriété ». « Je suis aussi comme le pauvre Van Gogh, je ne pense plus, mais je dirige chaque jour de plus près de formidables ébullitions internes … »

VAN GOGH nuit étoilée 2Nuit étoilée – Vincent Van Gogh –

Dans lest toiles de Vincent Van Gogh, effectivement le mouvement est présent dans tous les éléments, ondulations, tourbillons, spirales, autant de formes qui animent la vie. Des bords du chemin jusqu’aux étoiles, du plus concret au céleste, la dynamique est bien là comme un principe vivant. Car précise, Antonin Artaud « l’histoire entière de ce qu’on appela un jour l’âme vit et meurt dans ses paysages convulsionnaires et dans ses fleurs ». Bien sûr qu’il se projette Antonin Artaud! Et nous aussi ? Si l’expression de l’artiste nous touche, nous sommes bien sur son registre, dans une certaine mesure en tout cas.

Sylvie Chermet-Carroy
Graphologue

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