Révisez votre anglais

Yesterday I discovered an article published some time ago! You may learn more (in french) reading my book « Ce que révèlent vos gribouillis ». Have a nice time and have a look at your doodles!

Doodling:

Why do I scribble when on the phone or in a meeting?

Lindsay POUI-DI

marie france ASIA 19 January 2015

 

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Checkerboards, a mini-wall of China, mandalas, clouds, arrows, arabesques, flowerets and other doodles tend to sneakily make their way onto any empty paper we might be holding. During a discussion, a lengthy meeting or a sudden phone call, we illustrate our pads, Post-its or corners of the pages of our austere reports with spontaneous scribbles. Once the conversation or the meeting ends, we hurry to crumple them – discreetly if possible.

Why do we scribble?

Scribbling at the office or during a phone call, particularly when we are sitting, is “a door opened to the unconscious”, according to graphologist, Sylvie Chermet-Carroy. She states, “A creative gesture, where we give freedom to our imagination, we scribble to stop worrying, facilitate the wait, but also to escape and be inspired.”

Should we be worried about scribbling?

Absolutely not. We hide or we tear our scribbles out of fear of being considered bored, but rather than betraying a lack of concentration, they indicate that we are concentrating or deepening our ideas.

No complex!

Even Victor Hugo scribbled and loved doing it, “It amuses me between two stanzas”. Essentially it is a secret language just for oneself.

Scribbling is useful…

Because it is also, “A way to release oneself from tension ».

Beethoven à la Philharmonie de Paris

Une exposition lui est consacrée.

Ludwig van Beethoven (1770-1827) né à Bonn dans une famille de musicien a connu une enfance difficile avec un père alcoolique et violent. Compositeur précoce, il a crée sa première œuvre connue à 12 ans. A 14 ans,  il gagnait déjà sa vie et contribuait à nourrir sa famille. Il a côtoyé de grands musiciens. Il fut l’élève de Haydn. Avant cela, en 1787, il joue devant Mozart qui dira en tout simplicité  » Ce jeune homme fera parler de lui ».

Personnage hors du commun Ludwig van Beethoven a franchi les barrières du classicisme. Il a ouvert le champ à des courants artistiques toujours renouvelés. Mondialement admiré et interprété, il est à la fois présent et intemporel.

 Un personnage toujours en évolution, c’est ce qui est particulièrement frappant dans son écriture tout au fil de sa vie. Penchons-nous sur trois documents pour tenter de comprendre l’homme qu’il a été.

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Ecriture à 17 ans

Ce qui est surprenant ici, c’est la maturité remarquable de l’écriture. Cela transparait dans  la tenue de ligne rigoureuse, une angulosité des formes, une ponctuation irréprochable, des finales aiguisées comme des flèches, autant d’éléments qui traduisent une détermination et une exigence peu communes à cet âge. On décèle également une attitude très critique face à la vie sur un fond de rigidité. Aucune influençabilité dans la mentalité du jeune homme mais au contraire la force et la volonté. Sans doute que la pénibilité de l’enfance a renforcé un caractère déjà bien trempé. Ce n’est pas sans angoisse car les noirceurs du graphisme trahissent une certaine morbidité.

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A 27 ans un autre homme

Le graphisme est totalement libéré, le mouvement n’est plus dans la contrainte. La rapidité de l’écriture s’associe à des formes parfois extravagantes. Les règles sont bousculées. Alors qu’à 17 ans apparaissait une mise en page rigoureuse (signe de respect des convenances), ici personne ne dicte de règles sauf Ludwig van Beethoven lui-même! En même temps cela renseigne sur un comportement peu sociable. Pour exemple, cela ne s’est pas très bien passé avec Haydn qui lui a déclaré « vous avez beaucoup de talent…vous aurez des pensées que personne n’a encore eues, vous ne sacrifierez jamais votre pensée à une règle tyrannique mais vous sacrifierez les règles à vos fantaisies… »

Ludwig Van Beethoven, n’avait pas la réputation d’être diplomate! Son écriture met l’accent sur la révolte face à la contrainte, le refus des limitations (les formes sont escamotées, amplifiées, majestueuses, originales) et la révolte contre le père symbolique. Farouchement indépendant, le terme est insuffisant pour traduire sa soif de vivre à la hauteur de sa philosophie. Un incident illustre cette réalité. En 1806 son mécène, le  prince Carl Lichnowsky, lors d’une réception dans son château l’avait menacé de le mettre aux arrêts s’il refusait obstinément de jouer du piano pour des officiers français. Beethoven quitta les lieux avant d’envoyer le billet suivant: « Prince, ce que vous êtes, vous l’êtes par le hasard de la naissance. Ce que je suis, je le suis devenu par moi-même. Des princes, il y en a et il y en aura encore des milliers. Il n’y a qu’un Beethoven. » Après cet éclat, on s’en doute, le prince a supprimé la pension qu’il donnait au compositeur.

La taille de l’écriture, les gonflements soudains, les envolées suivies d’effondrements, avec des formes évanescentes sont à la hauteur d’un personnage tout en contrastes, tour à tour excédé ou nuancé, enthousiaste ou révolté.  L’ego prend toute la place mais l’imaginaire également sur un fond d’hypersensibilité à vif. Rappelons qu’à cette époque est apparu le début de la surdité, rien de pire pour un musicien. Les formes élancées, la continuité du trait (pas de coupure dans les mots) et cette association de la souplesse et de formes incisives mettent en évidence une personnalité qui face aux crises de la vie, peut occasionner sa propre renaissance. « Je veux saisir le destin à la gorge » dira-t-il plus tard.

L’amour malmené

L’écriture témoigne d’une extraordinaire sensibilité, d’une puissance portée à franchir tous les obstacles. Toutefois, la zone médiane de l’écriture qui témoigne du vécu affectif est particulièrement instable avec des formes changeantes et escamotées. Les gonflements soudains sont à l’image de l’emballement, le trait filiforme à l’inverse signale une fuite en avant. Désir et peur de l’amour. Fantasmes, exaltation des sentiments et impossibilité à s’investir pleinement dans la relation, telle est la conclusion révélée par l’écriture. L’amour peut être vécu dans le rêve impossible, dans un idéal, mais vraisemblablement pas dans le quotidien. Ce n’est pas la marque de l’insensibilité, au contraire! En témoigne l’extrême souffrance qui transparait dans l’écriture plus tardive, juste après avoir appris la tentative de suicide de son neveu.

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Dans ce document la noirceur et la rigidité, l’écriture étrécie sont autant d’indicateur d’angoisse, de repli sur soi et de désespoir, voire de culpabilité. Toutes les situations de sa vie ont touché Ludwig Von Beethoven au plus profond de lui-même.

Tout est extrême dans son écriture et dans sa personnalité. Dans sa formulation, Haydn lui avait formulé: « vous me faites l’impression d’un homme qui a plusieurs têtes, plusieurs cœurs, plusieurs âmes ». N’est-ce pas le propre de l’homme de génie?

Ludwig van Beethoven a bien gardé ses secrets dans le domaine de l’amour. Il est décédé lorsque sa santé s’est délabrée avec entre autres une intoxication sévère due au plomb. Il était grand amateur de vin qu’il savourait dans une coupe de cristal de plomb et il ajoutait paraît-il du sel de plomb pour le sucrer…

L’histoire en a fait un personnage particulièrement bourru mais dans son testament d’Heiligenstadt (1802), il nous livre (ce qui pourrait être son épitaphe).

 « Ô vous, hommes qui pensez que je suis un être haineux, obstiné, misanthrope, ou qui me faites passer pour tel, comme vous êtes injustes ! Vous ignorez la raison secrète de ce qui vous paraît ainsi. […]Songez que depuis six ans je suis frappé d’un mal terrible, que des médecins incompétents ont aggravé. D’année en année, déçu par l’espoir d’une amélioration, […] j’ai dû m’isoler de bonne heure, vivre en solitaire, loin du monde. […] Si jamais vous lisez ceci un jour, alors pensez … que le malheureux se console en trouvant quelqu’un qui lui ressemble et qui, malgré tous les obstacles de la Nature, a tout fait cependant pour être admis au rang des artistes et des hommes de valeur. »

Sylvie Chermet-Carroy

Site sur la graphologie

Graphologue, cours, consultations, bilans de personnalité.

Folie dans les arbres

Le test du dessin d’arbre nous révèle des tendances, des qualités, parfois l’histoire de la personne. Le vécu est tracé inconsciemment. Il transparaît et s’analyse dans le dessin. Les marques, les cicatrices du tronc, la richesse d’un feuillage, les hésitations des branches sont autant d’indicateurs qui permettent, comme un miroir de révéler l’âme, les désirs, la personnalité.

Depuis fort longtemps, j’utilise ce test pour déterminer l’orientation des adolescents ou des adultes qui cherchent une voie de réalisation.

Aujourd’hui, posons-nous cette question: Et les arbres de peintres? Sont-ils révélateurs de leur personnalité?

Cherchons ensemble les grandes tendances reflétées par les arbres de trois peintres: Séraphine Louis, Chaïm Soutine, le douanier Rousseau.

L’arbre de Séraphine Louis

Séraphine Louis arbre

« l’arbre rouge »

La particularité de cet arbre est sans doute son étrangeté, avec un tronc qui n’en est pas un, le feuillage qui emplit tout l’espace supérieur et épouse une forme carrée, les feuilles innombrables et toutes petites qui opèrent un remplissage sans laisser le moindre vide.

Lorsqu’on trace un arbre, on manifeste un ancrage par le tronc et d’éventuelles racines. Les branches et le développement vers le haut expriment la communication, le monde des idées. La stature de l’arbre montre le positionnement dans la vie.

Dans l’arbre de Séraphine Louis, rien ne certifie la présence du sol qui symbolise la base sur laquelle on se construit. Son arbre semble flotter ou être entouré de cendres ou de plumes, d’un terrain peu solide et indéfini. La personnalité est loin des questions terre-à-terre. Mais il manque une base solide dans cette personnalité. Elle est dans son univers imaginaire manifesté par l’importance du feuillage qui prend une forme carrée simplement parce que c’est le format du support. C’est à l’image d’un être qui cherche ses limites, qui a du mal à se situer avec les autres et face à la vie. La mobilité extrême des feuilles traduit une fertilité d’idées mais cependant rien ne les relient car l’arbre est sans structure. L’imaginaire est prépondérant voire dévorant et prend le pas sur tout le reste. Séraphine Louis a vécu dans une grande simplicité. Elle a travaillé comme domestique: le labeur le jour et la peinture la nuit en autodidacte. Elle fabriquait elle-même ses pigments et se privait de manger pour acheter du « Ripolin » pour faire ses mélanges.

Il n’y a pas d’ouvertures dans son arbre si touffu et si dense qu’il évoque un enfermement dans un système obsessionnel (la multitude de répliques dans le feuillage). Il se dégage une force inouïe dans ce tronc ou cette branche qui porte la tête de l’arbre et qui se dirige vers la droite (la volonté d’aller de l’avant). Et le retour du mouvement à gauche qui est la marque de l’introversion, se fait sur l’extrémité du tronc tracé comme un moignon. Imagination, richesse intérieure, détermination, souffrance et surtout une coupure avec le réel marquent l’expression de sa personnalité dans cette peinture d’arbre.

Séraphine Louis née en 1864 a été orpheline à 7 ans, plus ou moins livrée à elle-même. En 1912, elle travaille chez un critique d’art allemand qui décèle ses talents et lui donne les moyens de peindre jusqu’au jour où il doit quitter la France. Séraphine Louis sombre dans le délire et finit sa vie en hôpital psychiatrique. Son arbre est annonciateur de la maladie mentale dans la mesure où malgré la force intérieure qu’il recèle, le lien avec la réalité fait défaut, ainsi que l’adaptation à la vie. C’est un repli sur la souffrance et une autoprotection qui ressortent ici.

La peinture a pu être également le moyen de survivre émotionnellement et spirituellement. Séraphine disait peindre inspirée par le divin. Sa vie a été merveilleusement interprétée par Yolande Moreau dans le film qui porte son nom « Séraphine ».

Les arbres de  Chaïm Soutine

Soutine l'allée des arbres

« L’allée d’arbres »

Qu’est-ce qui domine dans ces arbres? Leur taille immense et les hommes tout petits dans cette allée. Les troncs et les feuillages assez mélangés, agités, tordus, et puis cette voûte qui forme comme un tunnel ou un voûte protectrice ou un mélange très imbriqué entre la droite et la gauche, le futur (la droite) et le passé (la gauche). Une difficulté à démêler les idées, les relations, les questions de la vie.

Rappelons que la base de l’arbre et le tronc expriment notre solidité, la façon de conduire la vie (avec souplesse ou rigidité). Ici les troncs sont à la fois rigides mais aussi tordus. Ceci traduit une ambivalence entre la rigidité du comportement et la volonté de s’adapter. Ils sont la marque d’une souffrance et d’une volonté de « s’en sortir », de progresser et de s’élever. D’origine très modeste, Soutine né d’une famille nombreuse en Russie (vers 1893) a côtoyé la misère. Il a été fasciné par l’art et a connu Picasso, Max Jacob, Modigliani qui a été son ami.

L’ambition de progresser ressort dans ce tableau par l’intensité du mouvement vers le haut qui est cependant alourdie dans des enchevêtrements multiples. Cela traduit surtout l’agitation mentale voire une certaine confusion. Bizarrement un croissant rouge est présent à la racine de l’arbre à droite. Ce rouge intense est une piste qui questionne sur l’origine de la vie (la base de l’arbre), une douleur qui est présente et sur laquelle l’être tente de se construire. En tout cas c’est une blessure et le rouge est la couleur du sang. Soutine a peint de multiples paysages aux maisons tortueuses, déformées et des pièces de viande qui pendent comme dans les boucheries. Il nous dit «J’ai vu une fois le boucher du village trancher le cou d’une oie et laisser s’écouler le sang. Je voulais crier, mais son air joyeux me nouait la gorge… Ce cri, je le sens encore là. »

Est-ce là la source de son déséquilibre? Ce tableaux (et les autres œuvres) confirment plutôt un terrain psychique perturbé, un homme en souffrance qui aurait eu besoin d’être accompagné, voire canalisé sous peine d’être la proie de son mental agité. Son tableau décrit une personnalité déconcertante à la fois en quête d’évolution et enfermée. Il va de soi qu’une expression artistique s’inscrit dans un tout, dans un ensemble et dans une époque. La recherche picturale aussi originale soit-elle traduit aussi une personnalité unique à un moment précis de la vie.

 L’arbre d’Henri Rousseau dit « Le douanier »

Douanier Rousseau arbre

« Dans la forêt »

Le Douanier Rousseau et né à Laval en 1844. Autodidacte en peinture, considéré comme « peintre naïf », il nous offre ici plusieurs arbres dans ce tableau. Qu’est-ce qui nous frappe en ce qui concerne les arbres? Ils ont tous un tronc immense et un feuillage qui est parcimonieux mais tracé avec beaucoup d’application.

La prédominance du tronc c’est la présence du concret, du pragmatisme mais c’est aussi, comme les arbres entre eux dans la forêt, une façon de prendre sa place, de tracer son chemin vers la lumière ou l’objectif que l’on se fixe. Le tronc nous montre en général les facultés d’adaptation et la couronne (la partie feuillues) l’intellect, les idées donc, ainsi que l’échange.

On remarque ici la forte présence du tronc et par ailleurs, la simplicité, voire la pauvreté du feuillage. Le sens concret est présent, la débrouillardise aussi (souplesse et ondulation de l’arbre). Le tronc c’est l’énergie vitale mais aussi les pulsions. Celles-ci doivent être canalisées par le mental (la couronne, branches et feuillage). On observe dans les arbres du douanier un décalage entre la puissance des pulsions (l’énergie qui monte dans le tronc) et la difficulté à « raisonner » les pulsions, à leur donner un sens, à les canaliser. Car la couronne est insuffisante. Que conclure? Dans ce cas, il peut y avoir passage à l’acte à partir de pulsions mal contrôlées. Il se trouve que exempté de service militaire, on lui  trouvé un place chez un notaire, chez lequel Henri Rousseau a commis un larçin… Si on en reste à l’analyse du dessin, le raisonnement a fait défaut. Il a eu le choix entre la prison ou l’engagement dans l’armée, ce qui normalement fait réfléchir. Eh bien, beaucoup plus tard il est complice d’une escroquerie lésant la Banque de France. Rien que ça! Et à quel âge? 63 ans! Il avait suivi un ami comptable dans cette aventure.

Dans le tableau, l’arbre de gauche a une branche coupée. Cela traduit la volonté de mettre une coupure sur une partie de la vie. C’est inconscient bien sûr. C’est comme une amputation et un vécu dont on veut se séparer. Mais cela signale surtout la volonté de mettre à distance des épreuves non assimilées. Le douanier Rousseau a traversé de grandes souffrances. Il a connu de nombreux deuils (ses enfants, sa femme). Le personnage en rouge est comme en interrogation, regardant le futur (à droite) et se réfugiant dans le passé (la gauche). Toutes les ondulations et les grossissements dans les troncs et les branches rappellent que cet être introverti a intériorisé son vécu, probablement sans en parler (les couronnes d’arbres sont pauvres) et en protégeant sa sensibilité.

La symbolique de l’écriture, des dessins d’enfants ou d’adulte offre un éclairage, permet souvent une anticipation, aide au diagnostic.

Sylvie Chermet-Carroy

Consultations, cours

Site

Tout savoir sur les arbres et les forêts

ZERO, tout ou rien

A lui seul, le zéro est tout un univers. Il n’est pas venu « comme cela ». Un vrai périple en réalité. Défendu et décrié avec passion dans l’Antiquité, on oserait même dire qu’il a été source d’angoisse pendant quelques siècles.

Dans l’Antiquité, de nombreuses civilisations ont imagé la création du monde à partir du vide. C’est à partir du vide, lui-même associé au chaos, que commence à poindre l’existence, la lumière source de toute vie. Le zéro qui se trouve si l’on peut dire, comme un point de bascule vers l’infini, prend véritablement une valeur existentielle. D’où les polémiques et les débats parfois violents autour du zéro! Dans l’Antiquité grecque, Aristote et d’autres philosophes affirmaient que l’infini n’existe pas. Pas d’infini, pas de zéro.

 De tous les chiffres il est vraiment « à part ». Il  n’a pas de valeur et en même temps il donne une valeur considérable placé après un chiffre. Quand on additionne un chiffre à lui-même, c’est facile, deux et deux… mais zéro et zéro, ça ne bouge pas. Et quand on ajoute une ribambelle de zéro à un chiffre, c’est carrément immense. On multiplie cette immensité par zéro et… tout s’écroule, on obtient zéro.

 

Occident et Orient

En occident, et notamment en s’appuyant sur les idées d’Aristote, il a été affirmé pendant longtemps que « rien ne sort de rien », qu’il ne peut y avoir de vide ni d’infini. Le zéro fait figure d’agitateur au sein de toutes les polémiques philosophiques et théologiques.

Ce dernier nous est arrivé par les influences arabes avec une origine vraisemblablement indienne. Rappelons que dans la philosophie indienne, on n’a pas peur de l’infini! Au contraire le vide a une place importante dans les religions hindoues. Zéro vient de l’arabe sifr, issu de  sunya , nom indien qui signifie « vide ».

Les rebondissements historiques sur la dangerosité du zéro sont certes passionnants mais débordent quelque peu le propos de cet article, aussi je vous propose le parcours plus pragmatique de l’étude graphologique.

Si  la forme des lettres offre un potentiel d’analyse de la personnalité, qu’en est-il des chiffres? Aujourd’hui je choisis le zéro. Sa particularité nous révèlera bien quelques mystères.

 

Le symbolisme du zéro dans l’écriture

Tracé en forme ovale ou circulaire, sa signification épouse plusieurs registres d’analyse. Symbole de la roue, du mouvement, du passage d’un stade à un autre, il comporte une valeur dynamique. Toutefois, son dessin en principe bien clos, est aussi un mouvement typique de fermeture, de protection et surtout d’oralité comme toutes les formes rondes.

Apparenté au cercle, le zéro représente le tout. C’est le symbole de l’Ouroboros : l’image du serpent qui se mord la queue et qui forme ainsi un cercle. Il signifie le début et la fin. Il est l’infini, le temps avec son éternel recommencement. Ainsi le zéro est associé à l’idée de cycles.

Signe numérique sans valeur par lui-même, il peut indiquer ce qui est nul, ce qui ne compte pas. Et il comporte par ailleurs un pouvoir multiplicateur. Il confère une autre dimension aux chiffres qui le précèdent. Finalement, il donne une valeur spécifique à un potentiel.

Dans une énumération, il chiffre les dizaines. Sur un plan symbolique, il est le passage d’une série à une autre, d’un cycle qui se termine à un nouveau départ.

Le zéro  comporte donc une notion de régénération périodique. Dans la culture maya, on le représentait par une coquille dont la spirale symbolise la croissance infinie, le potentiel de vie en évolution, la gestation voir la vie fœtale.

Dans l’Egypte ancienne, il semble qu’aucun hiéroglyphe ne lui corresponde. Cependant, les scribes ménageaient un emplacement vide à l’endroit où une puissance de dix manquait.

Sur le plan graphologique, les formes rondes plus ou moins closes évoquent le retour à soi mais surtout l’oralité c’est-à-dire le rapport à la nourriture mais aussi la recherche de plaisir immédiat, de satisfactions faciles, à l’image de l’enfant qui assume difficilement les frustrations. Dans le graphisme, on observera particulièrement la tonicité du tracé ou son relâchement. Ce dernier mettant l’accent sur la symbolique orale qui se rattache au zéro, notamment lorsqu’il est ventru, étalé ou en forme de ballon dépassant les autres chiffres.

 Pour l’analyse graphologique, nous retiendrons la notion de cycles de la vie, de retour à soi et d’oralité. Il arrive que la symbolique de la vie fœtale transparaisse en association avec la lettre « o » dont le symbolisme est en relation avec  la vie et la mort . Ces notions ne sont d’ailleurs pas étrangères les unes aux autres, au contraire. La naissance, la relation à la vie, la notion d’évolution sont liées. L’analyse du zéro peut prendre un éclairage plus précis en tenant compte du tracé des autres chiffres.

 

Exemples

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Les gonflements traduisent une prédominance orale dans la personnalité. Dans une suite de zéros, le grossissement exprime les désirs insatiables. Le scripteur en veut toujours plus. Le fait qu’ils soient liés, dans un graphisme relâché, confirme cette idée (de ne pas lâcher prise et de rester centré sur le désir personnel).

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Le dessin de ce zéro est ferme mais ouvert à gauche. C’est une attache au passé, à la mère. On peut y voir une hésitation à engendrer les nouveaux cycles de sa vie.

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Le tracé est mou, aplati, ouvert à gauche. C’est la marque d’une attitude passive. Il peut y avoir une compensation orale face aux déceptions de la vie, voire une dépendance affective ou à la nourriture.

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Ce zéro difforme (on doit lire 90) ouvert en bas et à gauche est apparu dans l’écriture d’une femme au cours d’épreuves qu’elle avait du mal à surmonter. Ce tracé est révélateur d’une envie de « baisser les bras ». Il est comme un refus de suivre les cycles de la vie. Le zéro suit un chiffre neuf légèrement basculé sur la gauche, mais dont le potentiel créateur est encore présent car il est relativement bien formé et surtout ouvert à droite (symbole du futur). Cela nous signale que malgré le découragement, cette personne peut réveiller sa force de vie pour aller de l’avant et engendrer un nouveau cycle dans sa vie, même si elle a besoin d’être aidée.

ll arrive également qu’une lettre alphabétique épouse la forme d’un chiffre. Dans ce cas, le symbolisme de celui-ci se combine à celui de la lettre en question. En les analysant conjointement, on découvre les méandres et les richesses d’une personnalité toujours en évolution.

 

Sylvie Chermet-Carroy, graphologue

Cours et consultations, écritures et dessins d’enfants

Site de graphologie

Site sur l’analyse des dessins d’enfant

Bibliographie:

  • Interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture. S Chermet-Carroy, Editions Exergue.
  • Zéro, biographie d’une idée dangereuse. Charles Seife. Editions JC Lattès

Chateaubriand, les mémoires confisquées

Voilà un procès retentissant pour une œuvre majeure, ou plutôt pour un manuscrit, les « Mémoires d’outre-tombe » déposé chez un notaire en 1836.
Rédigées au fil des années par François-René vicomte de Chateaubriand, « Les Mémoires » devaient n’être révélées qu’après le décès de l’auteur : « Je préfère parler du fond de mon cercueil; ma narration sera alors accompagnée de ces voix qui ont quelque chose de sacré, parce qu’elles sortent du sépulcre ».

chateaubriand - photoPortrait de Chateaubriand

Chateaubriand, avec ses éditeurs, avait négocié sa rente viagère pour une future parution après sa mort. Un vrai scoop à l’époque. Toujours est-il que la copie a sommeillé jusqu’à récemment. Précisons qu’elle n’est pas de sa main mais que c’est une copie écrite par le secrétaire de ce grand écrivain, précurseur du romantisme, qui a épousé une carrière militaire et qui s’est engagé également dans l’action politique.
Mais scandale, au fil des transmissions, le notaire d’aujourd’hui voulait vendre le fameux manuscrit. Un dilemme! A qui appartient-il au final? Sa valeur étant estimée à 400 000 ou même 500 000 Euros, cela mérite une juste réflexion. Après quelques procédures, voilà que les Mémoires d’outre tombe sont… confisquées par la justice fin 2015, puis rachetées par la Bibliothèque Nationale !

Le pouvoir et l’exaltation

Et si on en profitait pour découvrir la personnalité de Chateaubriand. Justement, voici une lettre dans laquelle il demande des sous à son libraire.

Chateaubriand lettre

écriture de Chateaubriand âgé

Ce qui frappe a priori, c’est l’écriture de très grande taille avec sa verticalité et des écrasements de plume puissants, critères qui n’évoquent pas l’humilité mais au contraire une conscience de soi bien affirmée, ainsi qu’un désir de puissance important. Allez lâchons le mot et tant pis pour ses admirateurs! L’orgueil prédomine avec une suffisance qui frôle la vanité.

Un personnage double

On remarque deux aspects contradictoires, qui cohabitent : d’une part la raideur associée à des formes agressives comme le « n » « mon » (ligne 2) qui se termine en pointe, des barres de « t » puissantes et obliques qui traduisent de la provocation, et d’autre part, de la souplesse, des courbes douces dans les « m » ou les « n » la finesse du trait par moments. Presque deux personnages en un ! L’homme guerrier, militant, provocateur et l’être sensible, délicat, raffiné. La souplesse, il l’a sans doute manifestée dans la stratégie politique : il a été ambassadeur ! Le raffinement n’est pas à démontrer dans les œuvres magnifiques qu’il a produites. Victor Hugo (en personne!) disait lorsqu’il était jeune : « je voudrais être Chateaubriand ou rien ».

La face cachée
Pourtant, ce qui est caractéristique dans cette écriture, c’est ce mélange de force et de discordance, les inégalités flagrantes de pression et de taille, une tenue de ligne qui danse avec des tremblements qui font soupçonner la maladie. L’excès et le désordre signalent une agitation mentale et les gonflements soudains questionnent sur l’équilibre psychique.
La souffrance est présente dans ces distorsions du graphisme et le rapport au réel n’est pas constant. Cette intensité exprimée par l’écriture traduit des élans propices aux grandes actions et aux projets d’envergure, mais le réel peut être sujet au désenchantement ou à une façon toute personnelle d’enjoliver les choses (par uniquement dans ses romans).

Ainsi lors du récit de son voyage en Amérique, son périple dans le Nouveau Monde laisse un peu perplexe. Ses descriptions ne sont pas confirmées par la réalité et lorsqu’il prétend avoir rencontré Georges Washington qui l’aurait gentiment salué, on veut bien le croire mais personne n’en est vraiment certain !

Les virgules énormes et noircies traduisent une angoisse qui est présente comme une toile de fond ou même comme une jouissance, une fascination pour le morbide. Ou bien est-ce la marque d’une mélancolie chronique source d’inspiration ? Les souffrances, très présentes ici, s’expliquent par une enfance douloureuse et l’orgueil ou même la mégalomanie ont pu être un levier pour mettre en œuvre le dépassement de soi et regarder vers le futur.

Décédé en 1848, Chateaubriand repose selon son vœu, sur le rocher du Grand Bé, auquel on accède à pied depuis Saint-Malo lorsque la mer s’est retirée.

Sylvie Chermet-Carroy
Consultations, cours de graphologie.

Urgent, le rébus d’Hitchcock.

Le rébus

Dans son échange avec François Truffaut, Alfred Hitchcock nous livre ce rébus à résoudre avec humour et un peu d’investigation. Profitons-en pour découvrir son écriture et ce qu’elle révèle du personnage.

Hiitchcock rébus

Il y a peu de matière à explorer, juste trois mots et des lettres de l’alphabet bien appliquées donc artificielles. Mais on remarque une quantité d’éléments très différents qui ne se contredisent pas mais montrent plusieurs facettes de la personnalité.

Tout d’abord la clarté et la douceur des mots qui s’agencent avec de belles courbes comme le lien entre « t » et « r » dans « très », les liaisons souples des « e » de « heureux ». La personnalité sait communiquer avec gentillesse, douceur et sait faire preuve de souplesse. Un peu d’angulosité est présente notamment dans le « n » de « Un » ce qui signale que la douceur n’exclut pas l’affirmation et le sens critique. Les barres de « t » toutes différentes sont grandes, fines, parfois couvrantes comme dans la signature qui accompagne son portrait.

HitchcockAlfred avait un côté légèrement autoritaire mais aussi protecteur et bienveillant. Il était charmant cet homme! Et les défauts alors? Toutes ses signatures « Hitch » ou celles qui combinent le nom complet sont hyperliées ce qui indique un fond tenace, une personnalité qui évite de se laisser influencer, qui suit son idée jusqu’au bout. J’ose dire même un peu obsessionnel. De plus les petites noirceurs au sein des lettres traduisent un fond un peu obscur, une sensibilité en souffrance et une anxiété certaine.

Regardons les lettres pendant que vous vous questionnez sur le rébus. Leur positionnement sur la ligne de base est fluctuante. Par exemple le « H » flotte un peu au-dessus de la ligne, « F et G » descendent, le « K » s’enfonce sous la ligne avec une finale massuée (avec un épaississement un peu comme une massue). Ces points révèlent un être qui passe du réel (la ligne) au rêve (au-dessus), qui accepte le concret mais demande à s’évader (tant mieux pour la création fabuleuse qu’il nous offre).

Notons que dans la symbolique des lettres le « i » correspond au principe créateur dans le sens large. Ici le « i » est plus grand que les autres lettres, il trône. Les finales des mots peuvent être comme une coupe qui recueille, qui attend, qui reçoit ou au contraire plus abrupte. Quelques colères n’étaient pas exclues sur un fond d’émotivité forte indiquée par les variations d’inclinaison. Notons que la signature complète est sobre et d’une grande simplicité à l’image d’un être conscient de lui-même mais qui ne se prend au sérieux. On retrouve ce recul dans la distance entre les ligne du fameux rébus. Bon, alors? Vous avez trouvé? Dans l’alphabet, il nous souhaite un très heureux  Noël (no « L »). Sacré Hitchcock!

Sylvie Chermet-Carroy
Cours et consultations
Auteure de « Interpréter les lettres et le chiffres dans l’écriture ». Editions Exergue

Le boustrophédon ? Droite, gauche, dans quel sens écrit-on ?

L’espace autour de nous, la route devant soi, le ciel au-dessus de notre tête, la terre sous nos pieds, autant d’évidences qui participent aux perceptions sensorielles, qui sont vecteurs de la pensée et même source de philosophie.
Selon les pays et la culture, le sens de l’écriture diffère. Elle peut être horizontale de gauche à droite ou à l’inverse se diriger de droite à gauche comme c’est le cas pour l’arabe et l’hébreu. Elle se trace en ligne verticale dans les traditions chinoise et japonaise.

Le boustrophédon
Quelques siècles avant notre ère, existait même un procédé étrange d’écriture de gauche à droite, puis ligne suivante de droite à gauche et ainsi de suite avec ces allers-retours gravés dans la pierre. C’est l’écriture en boustrophédon, terme d’origine grecque qui décrit le parcours du bœuf qui trace les sillons du labour. Pas très facile quand même pour lire le texte dont les lettres partent à rebours!
Quand une culture transmet une écriture qui se trace de gauche à droite et inversement, ou de haut en bas, ce n’est pas anodin, ni simplement le fruit du hasard.

Peut-on en tirer quelque conclusion?

Puisque le graphologue interprète les mouvements du graphisme vers le haut, le bas, la gauche, la droite, y aurait-il une signification lorsque l’écriture se déroule de droite à gauche ou en ligne verticale comme le chinois et le japonais?
D’une façon générale, l’être humain a tendance à placer vers le haut ce qui élève l’esprit, les idéaux, la spiritualité et vers le bas ce qui ressort du domaine concret, la matière, ce qui est quantifiable et palpable.

L’axe horizontal

Lorsque l’homme se déplace, les points cardinaux et l’horizon, sont les repères de son parcours et de son mouvement. L’axe horizontal représente la progression de l’homme, son avancée dans la vie. On y trouvera la notion du temps dans le mouvement qui mène d’un point à un autre.
Sur un plan symbolique (que l’on retrouve aussi au niveau psychosomatique), la gauche pour l’être humain est en affinité avec la vie intérieure, les origines, et la droite la vie extérieure, l’action, le mouvement vers le futur et l’inconnu. Je synthétise ici des développements que j’ai déjà faits dans d’autres ouvrages. Rappelons toutefois en exemple que les travaux de renommée internationale du chercheur A.Tomatis, nous précisent que chez l’enfant les pathologies répétées à l’oreille gauche peuvent être liées à la relation à la mère alors que l’oreille droite est liée à sa relation au père, à l’extériorisation ce qui évoque par extension une difficulté à aller vers les autres et vers son futur. Ceci est bien sûr plus que résumé et mérite des nuances.

L’axe vertical

On peut déjà percevoir que l’écriture verticale traduit une philosophie qui situe l’homme entre le Ciel et la Terre, ce qui privilégie le plan spirituel. L’écriture traditionnelle chinoise en est l’exemple. Dans cette culture, l’homme est, au sein de l’univers, en contact subtil avec les énergies de la nature. La richesse même de l’acupuncture met en lumière un concept où l’être humain est profondément, concrètement et psychiquement lié à l’univers et aux cycles de la vie.
Vous allez dire, ah oui! Mais maintenant le chinois s’écrit aussi sur un plan horizontal! Exact, depuis environ 1956, on a commencé à écrire le chinois de gauche à droite par souci de « simplification » paraît-il. Sans doute! Cela permettait aussi d’écrire facilement les mots occidentaux. Mais restons dans la symbolique. En modifiant la transmission de l’écriture, on transforme ce que l’on fait passer dans les mentalités. On pourrait donc conclure en raccourci (en 1956) que cela promettait des changements fondamentaux de mentalité. Facile à vérifier aujourd’hui. L’écriture gauche-droite: c’est l’axe du temps qui prend le dessus sur l’axe vertical (le Ciel et la Terre). Or la notion de temps n’est pas toujours vécue de la même façon selon les cultures. D’ailleurs dans la langue chinoise « les temps » en grammaire n’existent pas comme dans les langues occidentales. « Avant » ou « après » sont suffisamment explicites alors qu’en français par exemple, on a même des « futurs » dans le passé! Et des conditionnels dans le futur… Opter pour ce changement d’écriture est donc plus profond qu’il n’y paraît et l’occidentalisation que cela annonçait au départ, s’est vite accélérée. On peut penser que les mentalités aussi ont changé même si les valeurs profondes demeurent.

L’écriture de gauche à droite traduit un mouvement qui part du passé pour se diriger vers l’avenir. Dans l’autre direction, l’écriture qui se dirige vers la gauche traduit une philosophie qui va puiser dans les valeurs de la tradition, qui préserve la richesse du passé. Cela met en relief un retour aux sources. Dans l’étude d’une écriture individuelle, on tiendra compte de toutes les particularités puisqu’au sein de chaque forme apprise, l’écriture d’une personne est unique.

Et le boustrophédon alors?

BoustrophedonMais je serais tentée de dire qu’il faut une belle souplesse intellectuelle, sans a priori pour écrire de cette façon puisque dans le mouvement droite-gauche ici, on écrit un peu comme en miroir. Cela évoque une culture qui peut intégrer le passé et le futur, qui se nourrit de l’ancien mais qui va vers le futur en préservant les valeurs du passé.

Il y a peu de chance pour que le graphologue y soit confronté, surtout que c’est gravé dans la pierre. En toute franchise, je n’ai pas encore tenté d’analyser les bas-reliefs. Par contre j’ai apprécié (ou j’ai eu la chance) d’analyser l’écriture de personnes qui écrivaient dans deux langues différentes, en français et dans d’autres caractères d’alphabet. La comparaison des deux élargit le panorama de la recherche et met en lumière parfois la richesse d’une double culture.
De même dans une étude individuelle, je tiens compte de la culture initiale. Selon les pays, il peut y avoir un impact différent sur la façon d’écrire.

Sylvie Chermet-Carroy
Consultations, cours
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Ouvrages:

  • interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture. S Chermet-Carroy. Editions Exergue
  • La signature ou l’intimité dévoilée. S Chermet-Carroy. Guy Trédaniel Editeur
  • L’oreille et la vie. Dr Tomatis. Editiond Laffont

Un bonhomme à la rentrée

Très tôt l’enfant prend plaisir à laisser une trace, à marquer une page avec des couleurs. Il s’exerce avec surprise à faire naitre des formes, au départ sans intention particulière. Il découvre la maîtrise du geste. Du gribouillage, en passant par la conscience de lui-même, il évolue vers des formes représentatives.

Le dessin du bonhomme

Le bonhomme est l’élément majeur que l’enfant va reproduire, embellir, réinventer. Cela se fait par étapes. Le bonhomme représente l’enfant lui-même. De ce fait, ce dessin va évoluer en suivant les prises de conscience de l’enfant.

On peut donc suivre son évolution et l’image qu’il a de lui-même à partir de sa façon de dessiner ce fameux bonhomme. Je dis « fameux » car on en a fait un test (en comptant les détails, les éléments réalistes, la présence des vêtements, les boutons…). Et à l’école, il y a souvent le bonhomme que l’on dessine à la rentrée. Notamment en dernière année d’école maternelle, vers 5 ans, on voit parfaitement l’importance de l’évolution de l’enfant au fil de son année scolaire.

Le bonhomme « têtard »

Avant cet âge vers trois ans, il s’agit plutôt d’un « bonhomme têtard » nommé ainsi parce qu’on devine l’humain mais il fait plutôt penser à un têtard avec une sorte de gros ventre auquel s’attachent des bâtons (bras et jambes). Ensuite le dessin s’enrichit de deux cercles avec tête et ventre séparés, les cheveux, les mains, les pieds… Les parents s’inquiètent parfois de cette simplification qui en fait n’en est pas une. C’est au contraire une progression remarquable que l’enfant va effectuer petit à petit au fur et à mesure qu’il prend conscience de son schéma corporel.

Ainsi de plus en plus de détails apparaissent par la suite. Par exemple l’enfant dessine les oreilles lorsqu’il prend conscience qu’elles servent à entendre. On verra apparaître un enrichissement vestimentaire qui traduit souvent l’identification de l’enfant, parfois ses prises de conscience. Par exemple colliers ou jupes pour les petites filles qui s’identifie à la mère et représentation symboliquement masculines pour les garçons (moustache, formes de chapeau, képi…).
De plus, la situation du personnage dans la page, les couleurs utilisées et parfois la mise en scène en disent long sur la personnalité de l’enfant, ce qu’il traverse actuellement et comment il évolue.

Le dessin de Louis 5 ans

Vincent Roi

Un roi, enfin! Après quelques dessins qui traduisaient la timidité, le manque de confiance en lui-même, Louis dessine son bonhomme dans toute la page. Il prend donc mieux sa place dans son environnement y compris à l’école où on le trouvait assez réservé voire craintif. Mais ce n’est pas gagné! C’est ce que révèle ce bonhomme-roi.

En effet, le personnage se tient bien debout. Les jambes sont solides, la couronne est un vrai rayonnement solaire. La couleur verte dans le dessin d’enfant signale une volonté de communication, le désir d’être considéré par les autres. Tant mieux, c’est ce qui faisait défaut jusqu’à présent. Toutefois je remarque que les bras (symbole d’échange avec autrui, prendre et donner) sont coincés sous la cape. La couleur nous donne l’explication: elle est bleue symbole de la sensibilité et de l’émotion, de même que la bouche liée à l’échange verbal.

Ce que le dessin nous permet de conclure: c’est que Louis a beaucoup évolué. Il prend mieux sa place, il est équilibré et veut consciemment communiquer mais il est « drapé » encore dans sa sensibilité et son émotivité. Tous les petits points qui entourent le personnage révèlent l’anxiété. Cependant la taille superbe du personnage (ce qui est nouveau dans les dessins de Louis), la prestance (un roi quand même!) le rayonnement joyeux du jaune et de la couronne, les jambes vertes comme le corps (aller vers la communication), sont autant d’éléments positifs et constructifs. Louis est en phase de transformation. C’est juste une petite lutte intérieure: aller de l’avant et surmonter l’émotivité. C’est la force ici qui l’emporte. Une série de dessin permet de voir tout le processus. Il est intéressant pour les parents de les dater pour mieux percevoir la progression.

Sylvie Chermet-Carroy

Graphologie et interprétation des dessins d’enfant
Cours et consultation.

Dessin extrait de mon ouvrage
« Comprenez votre enfant par ses dessins » Editions Sand

Voltaire l’impertinent

voltaire portraitOn a retrouvé le manuscrit de « Candide » que l’on croyait perdu et, aujourd’hui, il est disponible en fac-similé (aux Editions des Saints Pères). Ce conte philosophique de Voltaire condense à lui seul les questions de la tolérance, du pouvoir, de la liberté de pensée.
François Marie Arouet dit Voltaire (1694-1778), tour à tour, homme de théâtre, pamphlétaire, philosophe, historien, acclamé aujourd’hui pour son indépendance de pensée a vu certaines de ses œuvres condamnées et même brulées. Ainsi, « Candide » avait-il été publié dans l’anonymat par crainte de la censure. Ironique et audacieux, Voltaire a même été emprisonné à la Bastille. Il a prôné la liberté, s’est élevé contre l’esclavage, l’autoritarisme, la torture. Il a connu le succès, la disgrâce, l’exil et sa reconnaissance à l’Académie Française.

Que nous dit son écriture?
VOLTAIRE LettreIl s’agit d’un extrait de son intervention auprès du Comte de Saint-Florentin sur l’affaire Calas. En prenant parti, Voltaire met en cause le pouvoir, les mécanismes de la justice qui s’appuyait en grande partie sur les ouï-dire et des présomptions.
« Il s’agissait, dans cette étrange affaire, de religion, de suicide, de parricide; il s’agissait de savoir si un père et une mère avaient étranglé leur fils pour plaire à Dieu, si un frère avait étranglé son frère, si un ami avait étranglé son ami, et si les juges avaient à se reprocher d’avoir fait mourir sur la roue un père innocent, ou d’avoir épargné une mère, un frère, un ami coupables. » (Voltaire).

Finesse et impétuosité dominent dans le graphisme tour à tour subtil et énergique. L’implication et l’élan vers l’avenir (mouvement de l’écriture vers la droite) signalent un être concerné par le futur.
L’écriture révèle aussi un personnage fort attaché à ses intérêts personnels. En témoignent tous les crochets et mouvements d’accaparement (les retours et courbes vers la gauche). Voltaire était près de ses sous, réputé pour être âpre au gain et coriace en affaires. La liaison des lettres met en relief une ténacité hors pair, mais réfléchie.
Des pointes agressives dans la zone supérieure (comme le « d » de « profond » ligne 4) signale un combat intellectuel avec des arguments bien aiguisés.
Les formes anguleuses comme dans le « m » de « humble » (avant dernière ligne) révèlent un sens critique remarquable et une dureté sans conteste. Ajoutez à cela des lignes plongeantes et écrasées fortement comme dans « daignez protéger » ligne 1, cela modifie un peu le portrait parfois dithyrambique que l’on fait de Voltaire. Car cette forme graphique évoque les colères et une virulence avec éventuellement « des coups bas ». On n’est pas là pour juger! Simplement le portrait comme pour tout être humain possède toute sa complexité.

Voltaire n’a pas mis sa virulence uniquement au service des idées de justice. Il a « descendu en flammes » ceux qui ne pensaient pas comme lui et ruiné la carrière de certains (notamment quand on lui faisait de l’ombre).
La Beaumelle fut l’un d’eux. Ecrivain beaucoup plus jeune que lui, au talent prometteur, il fut emprisonné « grâce » aux relations de Voltaire.
On n’est pas obligé d’aimer Jean-Jacques Rousseau mais après quelques démêlés avec lui, Voltaire le traitait publiquement de « ce Chiant-Pot-La perruque ».
N’empêche que son esprit contestataire et audacieux a fait bouger les mentalités. C’est à resituer dans un contexte historique.

Le lapsus de Voltaire
Penchez-vous sur la formule de politesse en bas de la lettre: « votre très humble très obéissan et très obligé Serviteur« . Maintenant, on pose le regard sur « très obéissan ». Cherchez un peu! Bon, ce n’est pas pour que vous observiez l’orthographe! A l’époque, les règles n’étaient pas encore fixées. Alors?
Eh bien voilà: je ne peux pas m’empêcher de voir que « très obéissan » est écrit nettement plus petit que le texte. Ce mot lui pose un problème. Alors « obéissant » Voltaire? Ça m’étonnerait. Cela nous rappelle que c’est la formule obligatoire à l’époque mais en fait, si Voltaire pouvait s’en passer…

Révolté, contestataire, homme de lettres et d’action, Voltaire a marqué son époque et exposé des questions toujours d’actualité. Son écriture le révèle sincère dans ses combats, paradoxal dans ses attitudes, virulent et sans pitié pour défendre son intérêt personnel, futuriste pour asseoir des principes de liberté et de justice avec une ténacité sans faille.

Sylvie Chermet-Carroy
Graphologue

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Alice dans le puits !

Le manuscrit « Alice au pays des Merveilles » a été mis en ligne début 2015 par la British Library. Fascinant, de pouvoir tourner les pages une par une de ce manuscrit original écrit de la main de Lewis Carroll! Avec les illustrations en plus!

Carrol Lewis Portrait

Portrait de Lewis Carroll

Lewis Carroll, de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson, est professeur de mathématiques au collège de Christ Church à Oxford. Il invente des histoires pour les enfants de son entourage. Et voilà qu’une des fillettes du doyen du Collège, Alice l’inspire au plus haut point. Ecrivain, il libère son talent dans des correspondances et des contes fantastiques. En 1869, « Alice au pays des merveilles, est un véritable succès, qui dure encore aujourd’hui. Lewis Carroll a souvent été décrit comme un introverti un peu guindé, mélancolique, donnant des cours assez ennuyeux.

Que nous dit le graphisme de ce manuscrit?

Carroll noté
L’écriture est très appliquée, visiblement étudiée afin d’être bien lisible. C’est normal. A son époque « le traitement de texte » n’existait pas. C’est donc le document destiné à l’éditeur! Que faire? Peut-on en tirer parti pour comprendre le personnage?
L’écriture est régulièrement inclinée à droite d’où un intérêt pour les autres. Toutefois l’élan vers autrui est pondéré: toutes les fins de mots sont douces et bien retenues. Il y a de la douceur certes et un solide souci de maitrise.
On remarque des formes recourbées comme des crochets, notamment dans les « y » ou le « q » de « quick ». Ce sont des signes de séduction et d’accaparement.
Les majuscules très travaillées comme dans le « s » de « Soon » ou le « m » de « Mary Ann » plus bas, révèlent l’intérêt pour le sens esthétique. Lewis Carroll était aussi photographe!
Le graphisme est parfaitement rigoureux. Cependant on note à toutes les pages des fluctuations dans les phrases qui ondulent légèrement comme « table and the little door had vanished » (au-dessus du dessin). Et plus bas « her, and at once » qui descend puis remonte au-dessus de la ligne. Cette dernière, la ligne sur la laquelle on écrit, représente symboliquement le réel. Ici, on passe de l’inconscient (sous la ligne) au rêve (au-dessus du réel).
Bizarre ! Dans cette écriture si bien ordonnée, voici par ci par là, des tirets bien aiguisés comme dans « river-bank ». Est-ce qu’il se lâche Monsieur Lewis Carroll? Cela respire quand même la colère car les tirets sont une mise à distance et parfois une agressivité rentrée ou pas d’ailleurs. Donc douceur, rigueur, esthétique, richesse de l’inconscient et visiblement un côté plus tumultueux qu’il n’y paraît. Cela tombe bien, voilà enfin l’écriture numéro deux, la vraie, celle qu’il utilise librement:

Lettre spontanée de Lewis Carroll

Carroll Lewis lettreElle est mouvementée avec des envolées, des liaisons solides à l’intérieur des mots. A l’image d’une personnalité passionnée, elle est intense, riche et nous révèle aussi quelques emportements (les barres de « t » et à nouveau les tirets) ainsi que de la générosité (l’ampleur du geste graphique). Elle danse également sur la ligne. A cela s’ajoute les gonflements qui traduisent l’emballement et l’imagination.
Cette personnalité a su marier l’imaginaire, la poésie et la richesse de l’inconscient. Alice qui tombe dans un puits, ne serait-ce pas une des images qui représentent la descente dans l’inconscient? Ce n’est pas étonnant que le roman poursuive sa vie au-delà du temps et des frontières. Il est lu dans le monde entier.
Salvador Dali lui-même passionné de psychanalyse, a été inspiré par « Alice au pays des Merveilles ».

Dali. Dans le terrier du lapinTableau de Salvador Dali : « Dans le terrier du lapin »

Tiens, pour la peine voilà une troisième écriture que je réserve spécialement aux anglicistes, un petit rébus que Lewis Carroll envoyé à Ina, 7 ans, pour son anniversaire (Il vous faudra trouver tout seuls la solution !).

Carroll rébusLa lettre rébus d’anniversaire à Ina (1)

Écriture étudiée, encore, pour être lisible pour l’enfant mais elle est plus douce, plus ronde, plus libre que le manuscrit destiné à l’éditeur.
Alors finalement, doit-on considérer qu’il existe de nombreuses écritures pour une seule personne? Non certainement pas, mais l’écriture appliquée mérite la comparaison avec un graphisme plus libre.
Je reçois parfois des personnes qui m’annoncent avoir deux écritures. Je demande toujours plusieurs documents. Même un brouillon peut révéler des richesses présentes au sein de la personnalité. Le papier libre (le brouillon) est comme son nom l’indique, l’être sans contrainte sauf celles qu’il s’impose lui-même. Le document destiné à être lu révèle l’être socialisé, ses facultés d’intégration, les motivations qu’il va partager avec autrui.

Sylvie Chermet-Carroy

Consultations – Cours

Site de graphologie

Site sur l’interprétation des dessins d’enfants

(1) Extrait de « L’or des manuscrits » Editions Gallimard – 2014