Alice dans le puits !

Le manuscrit « Alice au pays des Merveilles » a été mis en ligne début 2015 par la British Library. Fascinant, de pouvoir tourner les pages une par une de ce manuscrit original écrit de la main de Lewis Carroll! Avec les illustrations en plus!

Carrol Lewis Portrait

Portrait de Lewis Carroll

Lewis Carroll, de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson, est professeur de mathématiques au collège de Christ Church à Oxford. Il invente des histoires pour les enfants de son entourage. Et voilà qu’une des fillettes du doyen du Collège, Alice l’inspire au plus haut point. Ecrivain, il libère son talent dans des correspondances et des contes fantastiques. En 1869, « Alice au pays des merveilles, est un véritable succès, qui dure encore aujourd’hui. Lewis Carroll a souvent été décrit comme un introverti un peu guindé, mélancolique, donnant des cours assez ennuyeux.

Que nous dit le graphisme de ce manuscrit?

Carroll noté
L’écriture est très appliquée, visiblement étudiée afin d’être bien lisible. C’est normal. A son époque « le traitement de texte » n’existait pas. C’est donc le document destiné à l’éditeur! Que faire? Peut-on en tirer parti pour comprendre le personnage?
L’écriture est régulièrement inclinée à droite d’où un intérêt pour les autres. Toutefois l’élan vers autrui est pondéré: toutes les fins de mots sont douces et bien retenues. Il y a de la douceur certes et un solide souci de maitrise.
On remarque des formes recourbées comme des crochets, notamment dans les « y » ou le « q » de « quick ». Ce sont des signes de séduction et d’accaparement.
Les majuscules très travaillées comme dans le « s » de « Soon » ou le « m » de « Mary Ann » plus bas, révèlent l’intérêt pour le sens esthétique. Lewis Carroll était aussi photographe!
Le graphisme est parfaitement rigoureux. Cependant on note à toutes les pages des fluctuations dans les phrases qui ondulent légèrement comme « table and the little door had vanished » (au-dessus du dessin). Et plus bas « her, and at once » qui descend puis remonte au-dessus de la ligne. Cette dernière, la ligne sur la laquelle on écrit, représente symboliquement le réel. Ici, on passe de l’inconscient (sous la ligne) au rêve (au-dessus du réel).
Bizarre ! Dans cette écriture si bien ordonnée, voici par ci par là, des tirets bien aiguisés comme dans « river-bank ». Est-ce qu’il se lâche Monsieur Lewis Carroll? Cela respire quand même la colère car les tirets sont une mise à distance et parfois une agressivité rentrée ou pas d’ailleurs. Donc douceur, rigueur, esthétique, richesse de l’inconscient et visiblement un côté plus tumultueux qu’il n’y paraît. Cela tombe bien, voilà enfin l’écriture numéro deux, la vraie, celle qu’il utilise librement:

Lettre spontanée de Lewis Carroll

Carroll Lewis lettreElle est mouvementée avec des envolées, des liaisons solides à l’intérieur des mots. A l’image d’une personnalité passionnée, elle est intense, riche et nous révèle aussi quelques emportements (les barres de « t » et à nouveau les tirets) ainsi que de la générosité (l’ampleur du geste graphique). Elle danse également sur la ligne. A cela s’ajoute les gonflements qui traduisent l’emballement et l’imagination.
Cette personnalité a su marier l’imaginaire, la poésie et la richesse de l’inconscient. Alice qui tombe dans un puits, ne serait-ce pas une des images qui représentent la descente dans l’inconscient? Ce n’est pas étonnant que le roman poursuive sa vie au-delà du temps et des frontières. Il est lu dans le monde entier.
Salvador Dali lui-même passionné de psychanalyse, a été inspiré par « Alice au pays des Merveilles ».

Dali. Dans le terrier du lapinTableau de Salvador Dali : « Dans le terrier du lapin »

Tiens, pour la peine voilà une troisième écriture que je réserve spécialement aux anglicistes, un petit rébus que Lewis Carroll envoyé à Ina, 7 ans, pour son anniversaire (Il vous faudra trouver tout seuls la solution !).

Carroll rébusLa lettre rébus d’anniversaire à Ina (1)

Écriture étudiée, encore, pour être lisible pour l’enfant mais elle est plus douce, plus ronde, plus libre que le manuscrit destiné à l’éditeur.
Alors finalement, doit-on considérer qu’il existe de nombreuses écritures pour une seule personne? Non certainement pas, mais l’écriture appliquée mérite la comparaison avec un graphisme plus libre.
Je reçois parfois des personnes qui m’annoncent avoir deux écritures. Je demande toujours plusieurs documents. Même un brouillon peut révéler des richesses présentes au sein de la personnalité. Le papier libre (le brouillon) est comme son nom l’indique, l’être sans contrainte sauf celles qu’il s’impose lui-même. Le document destiné à être lu révèle l’être socialisé, ses facultés d’intégration, les motivations qu’il va partager avec autrui.

Sylvie Chermet-Carroy

Consultations – Cours

Site de graphologie

Site sur l’interprétation des dessins d’enfants

(1) Extrait de « L’or des manuscrits » Editions Gallimard – 2014

Publicités

Un brouillon qui en dit long !

Le gaz de schiste est arrivé avec ce projet de forage qui menace le village. En tout cas, ce sujet brûlant est présent dans les discussions et il le sera encore pour longtemps. Ici et ailleurs ! Voilà la toile de fond d’un beau roman de Jacques Cassabois, qui est avant tout une histoire d’amour et dont vous pouvez lire les quelques lignes ci-dessous.

casssabois brouillon4

Enfin lire ! C’est vite dit ! Bon courage si vous déchiffrez le texte ! En toute simplicité j’avoue humblement que les lignes m’ont été traduites (elles sont bien écrites en français, je vous assure).

Alors est-ce une énigme pour l’analyse graphologique ? Pas du tout ! Je précise toujours, à la grande surprise des personnes qui me consultent, que je ne lis pas le texte qui m’est confié pour analyse (sauf la lettre qui m’est adressée personnellement, évidemment). Et même, un aveu : les papiers libres ou griffonnés, sont un vrai cadeau pour le décryptage ! Pas faciles évidemment, mais tellement riches…

Quelle chance, un  brouillon !

Des pages et des pages écrites ainsi pour ce manuscrit «La colère des Hérissons», roman qui s’adresse aux adolescents. Que remarque-t-on ? Un graphisme de très petite taille, avec des formes concises, une écriture extrêmement rapide avec de multiples combinaisons dans la zone supérieure des lettres. Beaucoup de tensions et de formes originales animent le haut des lettres qui est la zone du mental.

Regardez simplement la première ligne. Allez ! Je vous livre le secret « Sur la place de la gare (rature) sous un abribus, … » Dans le mot « abribus », le point sur le « i », à lui tout seul trace une projection dynamique pour rejoindre le « b ». Tout le texte est riche de ce type d’astuce pour écrire plus vite et pour ne pas arrêter le fil de la pensée. Dans ce contexte graphique, ceci est la marque d’une créativité intellectuelle fulgurante.

Ce n’est pas de la voyance. Pourtant, on peut affirmer qu’une fois plongé dans le travail d’écriture, le romancier a besoin de rédiger d’une traite. Plus rien n’existe. « Absorbé » est bien le terme que l’on peut prendre à la lettre ! Parions qu’il peut s’abstraire de tout, oublier de manger, ne plus entendre ce qui se passe autour de lui. Gare ! Si on l’interrompt !  Il y a une telle intensité et une telle concentration mentale dans cette écriture !

Que nous révèle le graphisme de la lettre de Jacques Cassabois ? Il exprime un sens critique sans concession, la créativité, la profondeur, une formidable ouverture sur l’avenir.

C’est ce que l’on retrouve dans nombre de ses romans qui s’adressent aux adolescents et les amène à réfléchir au fil de l’imaginaire et des récits qui peuvent les transporter. « La colère des Hérissons » peut les concerner à plus d’un titre  puisqu’il s’agit de l’amour, de l’action, de la société.

CASSABOIS Hérissons couv 10

Ci-dessous, le lien du site de Jacques Cassabois :

http://www.jacquescassabois.com/index.php?option=com_content&view=article&id=22&Itemid=11

Sylvie Chermet-Carroy

Interprétation des dessins d’enfants, cours et consultations

http://www.interpretation-dessins-enfants.net/

http://chermetcarroy.free.fr