Un bonhomme à la rentrée

Très tôt l’enfant prend plaisir à laisser une trace, à marquer une page avec des couleurs. Il s’exerce avec surprise à faire naitre des formes, au départ sans intention particulière. Il découvre la maîtrise du geste. Du gribouillage, en passant par la conscience de lui-même, il évolue vers des formes représentatives.

Le dessin du bonhomme

Le bonhomme est l’élément majeur que l’enfant va reproduire, embellir, réinventer. Cela se fait par étapes. Le bonhomme représente l’enfant lui-même. De ce fait, ce dessin va évoluer en suivant les prises de conscience de l’enfant.

On peut donc suivre son évolution et l’image qu’il a de lui-même à partir de sa façon de dessiner ce fameux bonhomme. Je dis « fameux » car on en a fait un test (en comptant les détails, les éléments réalistes, la présence des vêtements, les boutons…). Et à l’école, il y a souvent le bonhomme que l’on dessine à la rentrée. Notamment en dernière année d’école maternelle, vers 5 ans, on voit parfaitement l’importance de l’évolution de l’enfant au fil de son année scolaire.

Le bonhomme « têtard »

Avant cet âge vers trois ans, il s’agit plutôt d’un « bonhomme têtard » nommé ainsi parce qu’on devine l’humain mais il fait plutôt penser à un têtard avec une sorte de gros ventre auquel s’attachent des bâtons (bras et jambes). Ensuite le dessin s’enrichit de deux cercles avec tête et ventre séparés, les cheveux, les mains, les pieds… Les parents s’inquiètent parfois de cette simplification qui en fait n’en est pas une. C’est au contraire une progression remarquable que l’enfant va effectuer petit à petit au fur et à mesure qu’il prend conscience de son schéma corporel.

Ainsi de plus en plus de détails apparaissent par la suite. Par exemple l’enfant dessine les oreilles lorsqu’il prend conscience qu’elles servent à entendre. On verra apparaître un enrichissement vestimentaire qui traduit souvent l’identification de l’enfant, parfois ses prises de conscience. Par exemple colliers ou jupes pour les petites filles qui s’identifie à la mère et représentation symboliquement masculines pour les garçons (moustache, formes de chapeau, képi…).
De plus, la situation du personnage dans la page, les couleurs utilisées et parfois la mise en scène en disent long sur la personnalité de l’enfant, ce qu’il traverse actuellement et comment il évolue.

Le dessin de Louis 5 ans

Vincent Roi

Un roi, enfin! Après quelques dessins qui traduisaient la timidité, le manque de confiance en lui-même, Louis dessine son bonhomme dans toute la page. Il prend donc mieux sa place dans son environnement y compris à l’école où on le trouvait assez réservé voire craintif. Mais ce n’est pas gagné! C’est ce que révèle ce bonhomme-roi.

En effet, le personnage se tient bien debout. Les jambes sont solides, la couronne est un vrai rayonnement solaire. La couleur verte dans le dessin d’enfant signale une volonté de communication, le désir d’être considéré par les autres. Tant mieux, c’est ce qui faisait défaut jusqu’à présent. Toutefois je remarque que les bras (symbole d’échange avec autrui, prendre et donner) sont coincés sous la cape. La couleur nous donne l’explication: elle est bleue symbole de la sensibilité et de l’émotion, de même que la bouche liée à l’échange verbal.

Ce que le dessin nous permet de conclure: c’est que Louis a beaucoup évolué. Il prend mieux sa place, il est équilibré et veut consciemment communiquer mais il est « drapé » encore dans sa sensibilité et son émotivité. Tous les petits points qui entourent le personnage révèlent l’anxiété. Cependant la taille superbe du personnage (ce qui est nouveau dans les dessins de Louis), la prestance (un roi quand même!) le rayonnement joyeux du jaune et de la couronne, les jambes vertes comme le corps (aller vers la communication), sont autant d’éléments positifs et constructifs. Louis est en phase de transformation. C’est juste une petite lutte intérieure: aller de l’avant et surmonter l’émotivité. C’est la force ici qui l’emporte. Une série de dessin permet de voir tout le processus. Il est intéressant pour les parents de les dater pour mieux percevoir la progression.

Sylvie Chermet-Carroy

Graphologie et interprétation des dessins d’enfant
Cours et consultation.

Dessin extrait de mon ouvrage
« Comprenez votre enfant par ses dessins » Editions Sand

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La couleur dans les dessins d’enfants

Dessiner est la grande liberté de l’enfant. Il expérimente par le tracé. Il libère par la gestuelle. Il traduit ce qu’il ressent. Peu importe l’esthétique du personnage, de l’arbre ou de la maison. Peu importe la ressemblance avec le réel. Ses critères ne sont pas ceux de l’adulte.

Bien sûr, à chaque âge le rapport au dessin est fort différent. Mais globalement, laissons l’enfant dessiner comme il le ressent. Il a besoin de cette plage de liberté et même de cette « libération » éventuelle.  Le dessin exprime ce que l’enfant ne peut pas verbaliser. Désirs, craintes, inquiétudes transparaissent dans le dessin. D’où l’importance de suivre le cheminement intérieur de l’enfant à travers ses dessins. Cela permet de mieux l’accompagner dans son évolution.

Dans l’interprétation, chaque élément est important, la fleur, le bonhomme, les fenêtres de la maison…et bien entendu les couleurs !

F7acrayondessin de Lucie – 7 ans

Chaque couleur possède sa signification. Pas question d’improviser en analysant les couleurs sans tenir compte de l’ensemble du dessin! Mais dans un premier temps, vous pouvez remarquer aisément les tonalités préférées de l’enfant. N’oubliez pas de rassembler plusieurs dessins pour vérifier cette constante !

Couleurs chaudes et couleurs froides

Ainsi certains dessins ont une dominante de couleurs froides (bleu, vert, gris) alors que d’autres sont éclairés de couleurs chaudes (rouge, jaune, orange, rose, marron).

 Le rouge, choix typique des tempéraments actifs et dynamiques, traduit l’énergie, la virilité, les pulsions, parfois la colère. Souvenez-vous, on dit « voir rouge » et ce n’est pas pour rien ! Le rouge fait même monter la tension ! Etonnant n’est-ce pas ? C’est vérifié en laboratoire. Il se trouve qu’une dominante de couleurs chaudes révèle un tempérament extraverti ou même remuant si c’est excessif.

A l’inverse, si l’enfant choisit les couleurs froides, cela correspond à un tempérament introverti. L’enfant possède une richesse intérieure, sa sensibilité s’exprime sans doute sur un mode plus nuancé. A l’extrême si l’ensemble des dessins le confirment, il peut y avoir de la timidité. On n’est pas obligé de lui proposer des cours de théâtre pour s’exprimer, mais pourquoi pas ! Le monde des contes et de la musique peut lui réussir. Lui octroyer encore plus d’écoute, l’aider à s’exprimer peut amorcer plus de confiance en lui.

F9 et demie palais dessin d’Irénée – 9ans

Lorsqu’on a des couleurs chaudes et froides comme dans le dessin d’Irénée 9 ans, il y a un bon équilibre entre la vie intérieure, la réflexion et la capacité à participer activement à la vie extérieure. Ici, cependant le tracé du château qui est superbe esthétiquement, a un petit côté rigide.  La porte est bien gardée. N’entre pas qui veut, dans le monde d’Irénée : apparemment elle a son mot à dire !  Voilà une personnalité bien affirmée !

Sylvie Chermet-Carroy

Cours et consultations

Site Interprétation des dessins d’enfants