Google et les hiéroglyphes

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Google et l’entreprise Ubisoft ont pour projet de créer un traducteur des hiéroglyphes Egyptiens. Les créateurs sont persuadés de pouvoir automatiser la lecture de ces dessins mystérieux qui gardent une part de leur secret depuis des millénaires. C’est Champollion qui serait content! Lui qui a ouvert ce champ de découverte fabuleuse il y a 200 ans. Super! On va pouvoir lire les pyramides comme on lit le journal! Je pourrai m’exercer place de la Concorde grâce à l’obélisque. Enfin, nous n’en sommes pas vraiment encore là!

Rappelons juste que les hiéroglyphes se comptent par milliers et qu’ils peuvent se lire dans tous les sens (horizontalement, verticalement) et qu’en plus de cela le sens dépend du contexte. Mais l’intelligence artificielle accomplit des prouesses qui  mènent si loin… Ah j’allais oublier: Hiero-glyphe veut dire langue sacrée.

Ceci  est au coeur de la méthode de graphologie que j’utilise créée par M de Surany : la symbolique des lettres basée sur la signification des hiéroglyphes égyptiens avec ces trois plans: concret, psychologique et spirituel. Chaque lettre que nous traçons a pour origine un hiéroglyphe égyptien et révèle un aspect de l’être dans toute sa richesse, du plus concret au plus subtil.

Ainsi ce que l’on considère comme l’alphabet hiéroglyphique (environ une vingtaine de hiéroglyphes qui sont à l’origine de notre alphabet.) comportait une dimension concrète et une dimension spirituelle. Ces hiéroglyphes expriment l’origine du monde et son corollaire au sein de l’être humain. Il y a donc une signification qui concerne le cosmos et l’être humain dans sa façon d’être, sa psychologie, et ses actes.

Parmi toutes les lettres, je choisis volontiers la lettre « e », pas tout à fait au hasard!

E

Le hiéroglyphe égyptien, à l’origine de notre « e » latin, représente un lien, une corde tressée en trois boucles. Cela fait allusion à la conception ternaire de l’homme (le corps, l’âme, l’esprit) avec un courant continuel de descente de l’esprit vers la matière et de remontée vers le plan spirituel. Les chaînons représentent le mouvement incessant de la double circulation de l’énergie. D’un côté l’aspect involutif met en contact avec le domaine des sensations et des impressions, de l’autre, le courant évolutif opère une transformation de l’émotion au contact de la raison ou de l’esprit. Cette lettre représente l’âme et la vie. Le tracé de la lettre « e » nous renseigne sur le vécu émotionnel, les états d’âme, l’espoir que l’on met dans la vie.

Je vous propose de découvrir cet élan dans la signature d’Eugène Ionesco puis dans la celle du photographe J.H Lartigue.

Ionesco

On remarque dans la signature du dramaturge, l’ampleur de l’accent sur le « e » de Eugène, qui sert à tracer le « i » de Ionesco. Le « e » c’est l’âme, la vie. Le « i » c’est la création et l’affirmation de soi. La traduction directe de cette particularité: l’auteur est animé d’un souffle vital « e » qui alimente sa création « i ». Etre et créer, voilà bien ce qui a préoccupé l’écrivain. Malgré les thèmes défaitistes, la présence de l’absurde, l’ironie du néant, l’écriture d’Eugène Ionesco avec des « e » bien déliés montre son attachement à la vie. Cependant, le mouvement tombant de « le » à la troisième ligne ou celui de « bavardage » qui sombre sous le point final, sont le reflet d’une lutte intérieure entre le désespoir et la joie de vivre.

Lartigue

Écriture de Jacques Henri  LARTIGUE 

L’ardeur et la clarté animent le graphisme du photographe J.H Lartigue. Cette signature a été tracée à un âge avancé de son existence. Le mouvement ascendant montre l’espoir et l’enthousiasme, confirmés par la lettre « e » qui représente l’âme, la vie, qui lui sert à tracer justement… un soleil! Cette signature nous dit que la lumière est ici rayonnement personnel et un certain regard sur la vie. Elle émane de l’âme et montre une lumière qui irradie de l’intérieur (par la lettre « e ») et qui se transpose dans la relation aux autres (le soleil à droite). Cela n’exclut pas une haute opinion de soi, car ce graphisme attire l’œil et se singularise par un symbole sans égal.

Les hiéroglyphes égyptiens décidément, nous emmènent fort loin! Pour changer d’ambiance, je vous invite à parcourir mon article « la mort, un accouchement à l’envers » (février 2014) dans lequel vous découvrirez le symbolisme de la lettre « m » et son interprétation dans l’écriture de Saint-Exupéry et Eric Satie.

Mais direz-vous, comment se fait-il qu’au siècle d’aujourd’hui ces symboles nous habitent avec autant de puissance? Je vous poserais bien une autre question: comment se fait-il que dans la thérapie de rêve éveillé, à un moment donné le patient décrive dans le moindre détail et avec toute sa signification …. certains hiéroglyphes égyptiens, alors qu’il n’a jamais mis les pieds en Egypte, qu’il n’y connaît rien et qu’il n’est pas historien non plus? Les pistes de recherche sont multiples et dépassent le cadre de ce billet. On peut chercher du côté de l’inconscient collectif avec les travaux de CG Jung mais pas seulement, d’autant plus que l’accès aux grands symboles dépasse clairement le conditionnement culturel d’une personne, d’un pays et ouvre le passage d’une civilisation à une autre.

 

Sylvie Chermet-Carroy

Graphologue, cours et consultations.

Auteur de :

  • « Interpréter les chiffres et les lettres dans l’écriture » Editions Exergue
  • « La signature ou l’intimité dévoilée » Edition Guy Tredaniel
  • « La graphologie, caractère, personnalité » Edition Guy Tredaniel.
  • « Ce que révèlent vos gribouillis » Edition « Le courrier du Livre »

A lire: « les pharaons survivent en nous » Georges Romey

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La mort, « un accouchement à l’envers « 

A l’heure où la société pose la question de la mort sans souffrance, voilà une formulation qui ne laisse pas indifférent !

Je réagis sur ces paroles d’Hélène CIXOUS, philosophe et poétesse d’exception, qui dans un débat sur la question de l’euthanasie, a laissé émerger cette idée  « la mort, un accouchement à l’envers ».

Pourquoi cette expression me semble-t-elle remarquablement exacte ?

Et quel lien avec la graphologie ? Eh bien justement, je vous emmène au cœur du sujet avec une lettre alphabétique qui a trait à la vie et à la mort. Il s’agit de la lettre « m ». Chaque lettre possède un symbolisme qui lui est propre et que l’on manifeste à notre insu. Cela apparaît dans notre façon de personnaliser la lettre, de la tracer plus grosse ou plus légère, ou déformée.

Chaque lettre est un symbole

En plus de l’approche graphologique traditionnelle, j’utilise la symbolique des lettres. Or nos lettres latines ont une origine fort lointaine : il s’agit des hiéroglyphes égyptiens. Vous allez dire « tiens, tiens, on penserait plutôt que c’est l’alphabet phénicien qui en est l’origine ». Exact ! Mais bien avant celui-ci, ce sont les hiéroglyphes qui ont constitué la base de notre alphabet. L’historique de l’évolution de l’écriture mis en évidence par les Égyptologues du Musée du Louvre, dépasse le cadre de cet article et sera développé dans un autre billet.

Dans cet état d’esprit, découvrons la signification de la lettre « m ». Entendons-nous ! L’idée n’est pas de faire un cours d’égyptologie mais de découvrir que la façon de tracer une lettre révèle une dimension étonnante.

Dans l’Égypte ancienne, le hiéroglyphe qui correspond à notre « m » latin entrait dans la composition de tous les mots qui ont trait à naître ou mourir. En effet, le fait de naître nous oblige à mourir. Avec ce hiéroglyphe, il s’agit de la venue dans une matrice, la gestation, et du chemin inverse après la mort, le retour vers l’au-delà. En graphologie, avec cette approche, le tracé du « m » nous renseigne sur la relation à la mère. Il s’agit de celle qui a donné la vie, la matrice qui va donner forme à l’esprit qui s’incarne et qui de ce fait nous confronte aussi à la mort. Ainsi cette lettre comprend l’idée de la mort et de toutes les métamorphoses que la vie impose.

Quand le tracé du « m » est abîmé, cela questionne sur la relation à la mère mais aussi sur la relation à la vie ou au désir parfois inconscient de quitter la vie. La lettre est donc liée, pas uniquement au vécu avec la mère mais à tout un processus. Pourquoi ?

MLe hiéroglyphe à l’origine de notre « m » latin représente un oiseau nocturne (une chouette) et signifie la nuit, la mort. Dans la philosophie égyptienne, il s’agit symboliquement du « soleil mort ». Le soleil représente l’énergie vitale, la source de l’existence. La nuit représentée par la chouette, évoque une nuit symbolique. Il s’agit de l’ensevelissement de l’âme et de la conscience dans les ténèbres (dans la matière). Ceci avant la réapparition du soleil. L’idée majeure est donc la mort et la renaissance.

La mère en donnant la vie nous confronte aussi à la mort. Dans l’Égypte ancienne, les rituels funéraires accompagnaient ce passage (dans les deux sens, vers la vie terrestre et vers l’au-delà ).

le symbolisme des 3 peaux

« Naitre » était aussi représenté par un hiéroglyphe stylisé : on voit un cercle solaire et trois rayons qui en découlent. On l’utilisait dans la composition hiéroglyphique de tous les mots se rapportant à la naissance tels que « enfanter, façonner ou créer ».

Sur le plan symbolique cela apporte un élargissement. Il s’agit de la création de soi-même, créer sa vie, se renouveler, engendrer ses propres métamorphoses et cela, tout au fil de notre vie. N’est-ce pas ainsi, au final que l’on aborde notre propre mort ? Là est un autre débat, revenons au symbolisme et à la graphologie.

J’ai choisi pour illustration deux tracés caractéristiques :

Erik Satie et Saint-Exupéry

Satie MErik Satie

Quelle ne fût ma surprise en me penchant sur l’écriture d’Erik Satie ! La souffrance présente dans les formes à rebours, la raideur, et surtout les noircissements qui sont signes d’angoisse, montrait un homme tourmenté de douleur. Mais le plus frappant et sans doute la clé de l’énigme si l’on peut dire est contenue dans certains de ses « m » Majuscules comme dans le mot « Méchanceté ». Ils sont noircis, alourdis de crochets souterrains et surplombés d’une barre horizontale qui bouche l’horizon ou la « remontée vers le spirituel ».

On peut conclure que la mère, la femme, la mort, sont à la fois source d’obsession, de douleur et de refus. Dans d’autres courriers les « m » sont brisés, interrompus. Intriguée, j’ai ensuite cherché à connaître un peu sa vie. Il a traversé des drames liés à la mère et à la mort. Orphelin à quatre ans, il fut ensuite traumatisé par le décès de sa grand-mère que l’on a retrouvée noyée. Ses « m » montrent que ces épreuves sont restées comme une blessure à vif qui rejaillit sur le regard qu’il porte sur la vie.

Son écriture manifeste cependant beaucoup de douceur en parallèle à la révolte. C’est le cadeau qu’il nous a fait par sa création musicale.

Saint Ex MSaint-Exupéry

Dans l’écriture de Saint-Exupéry, on observe des « m » étranges, faits de trois petits bâtons verticaux. Et c’est tout ! Pas de liaison à l’intérieur de la lettre (alors qu’il en fait par ailleurs). On le voit nettement dans « ma vie ». En tout cas, il écrit ainsi à 40 ans.

Ces petits traits laissent un passage entre le bas et le haut, symboliquement la terre et le ciel, la matière et l’esprit. C’est même un peu comme un trait d’union entre les deux. Cela nous signale qu’à cette phase de son existence, Antoine de Saint-Exupéry a spiritualisé l’idée de la vie et de la mort, comme un être entre ciel et terre. N’oublions pas qu’il était aviateur, mais quand même ! Bien sûr il a frôlé la mort au fin fond du désert. C’est là, croyant mourir qu’il a éprouvé le besoin d’écrire à sa mère. Ce ne sont pas ces épreuves ni son métier de pilote de guerre qui ont « produit » ce « m » spiritualisé. La transcendance qui apparaît dans ce graphisme, c’est l’homme qui l’a créée avec son regard sur la vie.

Ainsi lorsqu’une lettre est très abîmée par exemple ou juste déformée, il y a quelque chose à comprendre dans ce qu’elle représente (ici la relation à la mère) mais on peut aller plus loin en considérant le processus ou la philosophie qu’elle manifeste.

Sylvie Chermet-Carroy

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Sessions sur la symbolique des lettres à Paris.

A paraître en Avril 2014 : « Interpréter les lettres et les chiffres. » Editions Exergue.