GEORGES BRAQUE : portrait revisité.

BRAQUE Le port 1909Le Port (1909)

Né en 1882 à Argenteuil, fils d’un peintre en Bâtiment, Georges Braque est considéré comme un des initiateurs du cubisme avec Picasso. Après une période d’explosion de la couleur, il travaille la forme, privilégie l’abstraction et choisit une palette de couleurs plus sobre. Il introduit des pochoirs et des collages. Grièvement blessé durant la première guerre mondiale , trépané, il cesse de peindre durant un temps avant de poursuivre ses recherches picturales et de donner libre cours à sa fécondité.

Dans le milieu artistique de son époque, sa personnalité a inspiré le respect mais pas toujours ! Les petites phrases sibyllines n’ont pas manqué. On l’a souvent décrit comme quelqu’un de distant, solitaire, flegmatique, n’exprimant pas tellement ses sentiments, bref un peu « ours ».  Il est vrai que comparé à Picasso dont l’ego ne manquait pas d’audace, Georges Braque a pu paraître effectivement effacé. Voyons un  peu ces qualificatifs qu’on lui a attribués !

Flegmatique, vraiment ?

BRAQUE lu et approuvé 1916Rien que sa signature, oblique,  bien appuyée, avec  son « G » majuscules puissant, nous traduit de l’élan, de la force vitale, de l’ambition. Et « lu et approuvé » est tracé dans un geste rapide, avec  des finales retenues mais fortes. Alors flegmatique ? Pas tant que cela !

Par contre effectivement les émotions sont contenues (les finales des mots maîtrisées). Georges Braque livre ses sentiments s’il le veut ! Toutefois, quelques finales bien envolées (« lu »  et le « e » de la signature) signalent des débordements et montrent que par moment, les émotions peuvent exploser. C’est peut-être pour cela qu’il disait « j’aime la règle qui corrige l’émotion », une façon d’après lui, de gérer le problème.

Finalement il est plus enthousiaste qu’il n’y paraît mais avec un réel souci de maîtrise. La passion l’a animé et pas uniquement pour la peinture. Il a aimé la musique et fut l’ami d’Erik Satie. C’était par ailleurs un passionné de voitures de sport . Il a même voulu courir les 24 Heures du Mans !

Timide et distant ?

L’écriture est simple, sobre, avec un bon équilibre entre l’élan vers autrui et la réserve. Il n’y a pas d’exagération ni  d’artifice. Cela veut dire que Georges Braque n’était pas un mondain, même s’il gravitait dans un milieu artistique parfois élitiste. L’écriture nous dit surtout qu’il aimait la simplicité et qu’il ne cherchait pas à se mettre en avant. Une personnalité modeste en somme.

BRAQUE Dédicace 1952La dédicace à Blaise et Raymone Cendrars, écrite à 70 ans, est  tracée avec  plus de rondeur et des arrêts au milieu des lettres (le « u », les « m »).  L’affectif est bien présent et rayonnant. Et malgré la lenteur, on voit un dynamisme fabuleux dans les traits qui sortent de la palette. A cette période la personnalité à donné plus de place à l’expression du sentiment et aux transports irrésistibles de la créativité. « Je n’ai plus besoin de soleil, je porte ma lumière en moi » dit-il un jour à  l’écrivain Pauhlan.

BRAQUE le port de La CiotatLe Port de La Ciotat (1906)

 Sylvie Chermet-Carroy

http://chermetcarroy.free.fr/

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