Beethoven à la Philharmonie de Paris

Une exposition lui est consacrée.

Ludwig van Beethoven (1770-1827) né à Bonn dans une famille de musicien a connu une enfance difficile avec un père alcoolique et violent. Compositeur précoce, il a crée sa première œuvre connue à 12 ans. A 14 ans,  il gagnait déjà sa vie et contribuait à nourrir sa famille. Il a côtoyé de grands musiciens. Il fut l’élève de Haydn. Avant cela, en 1787, il joue devant Mozart qui dira en tout simplicité  » Ce jeune homme fera parler de lui ».

Personnage hors du commun Ludwig van Beethoven a franchi les barrières du classicisme. Il a ouvert le champ à des courants artistiques toujours renouvelés. Mondialement admiré et interprété, il est à la fois présent et intemporel.

 Un personnage toujours en évolution, c’est ce qui est particulièrement frappant dans son écriture tout au fil de sa vie. Penchons-nous sur trois documents pour tenter de comprendre l’homme qu’il a été.

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Ecriture à 17 ans

Ce qui est surprenant ici, c’est la maturité remarquable de l’écriture. Cela transparait dans  la tenue de ligne rigoureuse, une angulosité des formes, une ponctuation irréprochable, des finales aiguisées comme des flèches, autant d’éléments qui traduisent une détermination et une exigence peu communes à cet âge. On décèle également une attitude très critique face à la vie sur un fond de rigidité. Aucune influençabilité dans la mentalité du jeune homme mais au contraire la force et la volonté. Sans doute que la pénibilité de l’enfance a renforcé un caractère déjà bien trempé. Ce n’est pas sans angoisse car les noirceurs du graphisme trahissent une certaine morbidité.

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A 27 ans un autre homme

Le graphisme est totalement libéré, le mouvement n’est plus dans la contrainte. La rapidité de l’écriture s’associe à des formes parfois extravagantes. Les règles sont bousculées. Alors qu’à 17 ans apparaissait une mise en page rigoureuse (signe de respect des convenances), ici personne ne dicte de règles sauf Ludwig van Beethoven lui-même! En même temps cela renseigne sur un comportement peu sociable. Pour exemple, cela ne s’est pas très bien passé avec Haydn qui lui a déclaré « vous avez beaucoup de talent…vous aurez des pensées que personne n’a encore eues, vous ne sacrifierez jamais votre pensée à une règle tyrannique mais vous sacrifierez les règles à vos fantaisies… »

Ludwig Van Beethoven, n’avait pas la réputation d’être diplomate! Son écriture met l’accent sur la révolte face à la contrainte, le refus des limitations (les formes sont escamotées, amplifiées, majestueuses, originales) et la révolte contre le père symbolique. Farouchement indépendant, le terme est insuffisant pour traduire sa soif de vivre à la hauteur de sa philosophie. Un incident illustre cette réalité. En 1806 son mécène, le  prince Carl Lichnowsky, lors d’une réception dans son château l’avait menacé de le mettre aux arrêts s’il refusait obstinément de jouer du piano pour des officiers français. Beethoven quitta les lieux avant d’envoyer le billet suivant: « Prince, ce que vous êtes, vous l’êtes par le hasard de la naissance. Ce que je suis, je le suis devenu par moi-même. Des princes, il y en a et il y en aura encore des milliers. Il n’y a qu’un Beethoven. » Après cet éclat, on s’en doute, le prince a supprimé la pension qu’il donnait au compositeur.

La taille de l’écriture, les gonflements soudains, les envolées suivies d’effondrements, avec des formes évanescentes sont à la hauteur d’un personnage tout en contrastes, tour à tour excédé ou nuancé, enthousiaste ou révolté.  L’ego prend toute la place mais l’imaginaire également sur un fond d’hypersensibilité à vif. Rappelons qu’à cette époque est apparu le début de la surdité, rien de pire pour un musicien. Les formes élancées, la continuité du trait (pas de coupure dans les mots) et cette association de la souplesse et de formes incisives mettent en évidence une personnalité qui face aux crises de la vie, peut occasionner sa propre renaissance. « Je veux saisir le destin à la gorge » dira-t-il plus tard.

L’amour malmené

L’écriture témoigne d’une extraordinaire sensibilité, d’une puissance portée à franchir tous les obstacles. Toutefois, la zone médiane de l’écriture qui témoigne du vécu affectif est particulièrement instable avec des formes changeantes et escamotées. Les gonflements soudains sont à l’image de l’emballement, le trait filiforme à l’inverse signale une fuite en avant. Désir et peur de l’amour. Fantasmes, exaltation des sentiments et impossibilité à s’investir pleinement dans la relation, telle est la conclusion révélée par l’écriture. L’amour peut être vécu dans le rêve impossible, dans un idéal, mais vraisemblablement pas dans le quotidien. Ce n’est pas la marque de l’insensibilité, au contraire! En témoigne l’extrême souffrance qui transparait dans l’écriture plus tardive, juste après avoir appris la tentative de suicide de son neveu.

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Dans ce document la noirceur et la rigidité, l’écriture étrécie sont autant d’indicateur d’angoisse, de repli sur soi et de désespoir, voire de culpabilité. Toutes les situations de sa vie ont touché Ludwig Von Beethoven au plus profond de lui-même.

Tout est extrême dans son écriture et dans sa personnalité. Dans sa formulation, Haydn lui avait formulé: « vous me faites l’impression d’un homme qui a plusieurs têtes, plusieurs cœurs, plusieurs âmes ». N’est-ce pas le propre de l’homme de génie?

Ludwig van Beethoven a bien gardé ses secrets dans le domaine de l’amour. Il est décédé lorsque sa santé s’est délabrée avec entre autres une intoxication sévère due au plomb. Il était grand amateur de vin qu’il savourait dans une coupe de cristal de plomb et il ajoutait paraît-il du sel de plomb pour le sucrer…

L’histoire en a fait un personnage particulièrement bourru mais dans son testament d’Heiligenstadt (1802), il nous livre (ce qui pourrait être son épitaphe).

 « Ô vous, hommes qui pensez que je suis un être haineux, obstiné, misanthrope, ou qui me faites passer pour tel, comme vous êtes injustes ! Vous ignorez la raison secrète de ce qui vous paraît ainsi. […]Songez que depuis six ans je suis frappé d’un mal terrible, que des médecins incompétents ont aggravé. D’année en année, déçu par l’espoir d’une amélioration, […] j’ai dû m’isoler de bonne heure, vivre en solitaire, loin du monde. […] Si jamais vous lisez ceci un jour, alors pensez … que le malheureux se console en trouvant quelqu’un qui lui ressemble et qui, malgré tous les obstacles de la Nature, a tout fait cependant pour être admis au rang des artistes et des hommes de valeur. »

Sylvie Chermet-Carroy

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