Le jour où je me suis aimé pour de vrai…

« Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle
n’étaient rien d’autre qu’un signal
lorsque je vais à l’encontre de mes convictions.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle authenticité »
Charlie CHAPLIN

Charlie Chaplin, qui nous fait rire par son humour, ses gags et parfois son cynisme révèle dans ce texte une autre dimension. La profondeur sur lui-même d’une lucidité remarquable, un vrai discours de psychanalyste

Que nous montre son écriture?

CHAPLIN Charlie CARTE1Document  N°1

Une pression variable, tour à tour très appuyée ou très légère.

La puissance et la délicatesse se côtoient ou alternent selon les fluctuations de la sensibilité. Des hauts et des bas avec une tenue de ligne qui monte et qui descend, une alternance d’états d’âme puis d’exigence (avec les angles prononcés dans les « n » les « m », les pointes du « h »).

Des moments de doute et de découragement lorsque l’écriture descend avec parfois des mots qui chutent vers le bas comme « stage » ligne 1. Un fond même un peu dépressif dans la signature « Charles » qui se termine dans un mouvement tombant escamoté. Mais par contre « Chaplin » est dessiné dans un élan qui s’envole avec optimisme. Notons que dans l’analyse d’une signature, le prénom représente l’enfance et le nom, le moi social.

Effectivement, son enfance a été une succession de souffrances avec la misère au quotidien et sa mère qu’il a fallu interner très tôt. C’est Charlie Chaplin lui-même qui l’a conduite à l’hospice définitivement. Il avait 14 ans et il s’est retrouvé seul et démuni.

Optimisme encore!

CHAPLIN autographeDocument  N°2

Dans la carte au dessin ci-dessus, regardez la date: Féb 1966, le mouvement est grossissant vers la droite (qui représente l’avenir) notamment le 2ème six de 1966. Son choix c’est donc: aller de l’avant. Malgré le doute sur lui-même et l’alternance d’optimisme et de pessimisme, c’est l’ardeur de vivre qui l’emporte.

Les chiffres et les lettres:
Étonnante cette date sur la carte au dessin: « féb » pour février trace un chiffre 7. Or les chiffres ont un symbolisme et les lettres aussi. Le 7 dans de nombreuses cultures, a valeur d’universalité, de création incessante et dynamique. C’est le symbole de la puissance (je résume car c’est un sujet à développer). Mais c’est surtout l’idée d’être vainqueur dans sa vie, de mener son existence vers l’affirmation de soi et la réussite.
Retenons que pour Charlie Chaplin ce « f » transformé en « 7 » manifeste la volonté extrême de vivre sa liberté intérieure (le « f ») en étant celui qui remporte la victoire sur les difficultés de la vie. Je sais, cela fait beaucoup d’informations à la fois, mais la symbolique des lettres sera développée dans d’autres articles.

chaplin extrait 3 lignes

Document  N°3

Faisons un détour vers la lettre « g ». Elle attire l’attention car le jambage est souvent aplati, noirci d’encre comme dans « stage » (Document N°1) ou « ground » (Document N°3, dernière ligne). Dans la symbolique des lettres le « g » c’est l’image du moi. Lorsque la lettre « g » est abîmée, cela révèle une insatisfaction ou une mauvaise image de soi.

On pourrait se demander s’il est possible qu’avec une telle réussite mondiale, le « moi » soit insatisfait. En fait c’est un problème de reconnaissance de soi qui fait défaut.

Un jour Charlie Chaplin arrivait sur le quai d’une gare (je crois que c’était en Angleterre) et il voit le quai noir de monde. Étonné et cherchant à comprendre, il n’avait pas pensé une seule seconde que les gens n’étaient pas là pour le train, mais pour…lui!

La barre horizontale du T : « manifeste une qualité de décision et la hauteur de vue que cela implique. Elle reflète la capacité à trouver l’attitude juste dans les initiatives et dans la relation aux autres. Elle enregistre les fluctuations de la volonté, l’hésitation, la combativité » (voir le développement et les exemples dans mon livre : « Interpréter les lettres et les chiffres » Éditions Exergue page 232).
Quand aux barres de « t » énergiques, excessives, montantes (Document N°3, 5ème et 6ème mot – « feet » et  » touch » – dernière ligne), qui parfois surplombent les lettres: on y reconnaît l’autorité, un dynamisme effréné, une façon de se projeter dans les événements peut-être pour concilier les extrêmes ou pour canaliser la sensibilité.

En tout cas, c’est la volonté et l’énergie qui l’emportent. Nous y sommes, Charlie Chaplin n’a jamais baissé les bras ! (l’histoire de sa vie)
La zone supérieure de l’écriture, le haut des lettres, (liée au mental) est très mouvementée et riche, à l’image d’un intellect toujours en action. Ce sont des idées que Charlie Chaplin transmettait et pas uniquement la drôlerie. Cela lui a coûté très cher car il a été soupçonné de sympathiser avec le communisme, et donc d’avoir une activité anti-américaine. Cela a été jusqu’à la suppression de son passeport américain.
Les contrastes dans son écriture se retrouvent dans les événements de sa vie, dans ses prises de positions, dans son humanité. Son évolution l’a mené à écrire ceci:

« Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir.
Mais si je la mets au service de mon cœur,
Elle devient un allié très précieux.« 

Sylvie Chermet-Carroy
Graphologue, consultations et cours sur la symbolique des lettres.

Mon site
Auteur de « Interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture » Edition EXERGUE.
« La signature ou l’intimité dévoilée » Guy TREDANIEL Editeur

Le texte auquel il est fait référence dans l’article:

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai compris qu’en toutes circonstances,
j’étais à la bonne place, au bon moment.
Et alors, j’ai pu me relaxer.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle estime de soi.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle
n’étaient rien d’autre qu’un signal
lorsque je vais à l’encontre de mes convictions.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle authenticité
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai cessé de vouloir une vie différente,
et j’ai commencé à voir que tout ce qui m’arrive contribue
à ma croissance personnelle.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle maturité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai commencé à percevoir l’abus dans le fait de forcer une situation,
ou une personne,
dans le seul but d’obtenir ce que je veux, sachant très bien
que ni la personne ni moi-même ne sommes prêts,
et que ce n’est pas le moment.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle respect.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai commencé à me libérer de tout ce qui ne m’était pas salutaire :
personnes, situations, tout ce qui baissait mon énergie.
Au début, ma raison appelait ça de l’égoïsme.
Aujourd’hui, je sais que ça s’appelle amour-propre.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai cessé d’avoir peur du temps libre et j’ai arrêté de faire des grands plans.
Aujourd’hui, je fais ce qui est correct, ce que j’aime,
quand ça me plait et à mon rythme.
Aujourd’hui, j’appelle ça simplicité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai cessé de chercher à toujours avoir raison,
et je me suis rendu compte de toutes les fois où je me suis trompé.
Aujourd’hui, j’ai découvert l’humilité.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai cessé de revivre le passé et de me préoccuper de l’avenir.
Aujourd’hui, je vis au présent, là où toute la vie se passe.
Aujourd’hui, je vis une seule journée à la fois, et ça s’appelle plénitude.
Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir.
Mais si je la mets au service de mon cœur,
Elle devient un allié très précieux.
Charlie Chaplin

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GEORGES BRAQUE : portrait revisité.

BRAQUE Le port 1909Le Port (1909)

Né en 1882 à Argenteuil, fils d’un peintre en Bâtiment, Georges Braque est considéré comme un des initiateurs du cubisme avec Picasso. Après une période d’explosion de la couleur, il travaille la forme, privilégie l’abstraction et choisit une palette de couleurs plus sobre. Il introduit des pochoirs et des collages. Grièvement blessé durant la première guerre mondiale , trépané, il cesse de peindre durant un temps avant de poursuivre ses recherches picturales et de donner libre cours à sa fécondité.

Dans le milieu artistique de son époque, sa personnalité a inspiré le respect mais pas toujours ! Les petites phrases sibyllines n’ont pas manqué. On l’a souvent décrit comme quelqu’un de distant, solitaire, flegmatique, n’exprimant pas tellement ses sentiments, bref un peu « ours ».  Il est vrai que comparé à Picasso dont l’ego ne manquait pas d’audace, Georges Braque a pu paraître effectivement effacé. Voyons un  peu ces qualificatifs qu’on lui a attribués !

Flegmatique, vraiment ?

BRAQUE lu et approuvé 1916Rien que sa signature, oblique,  bien appuyée, avec  son « G » majuscules puissant, nous traduit de l’élan, de la force vitale, de l’ambition. Et « lu et approuvé » est tracé dans un geste rapide, avec  des finales retenues mais fortes. Alors flegmatique ? Pas tant que cela !

Par contre effectivement les émotions sont contenues (les finales des mots maîtrisées). Georges Braque livre ses sentiments s’il le veut ! Toutefois, quelques finales bien envolées (« lu »  et le « e » de la signature) signalent des débordements et montrent que par moment, les émotions peuvent exploser. C’est peut-être pour cela qu’il disait « j’aime la règle qui corrige l’émotion », une façon d’après lui, de gérer le problème.

Finalement il est plus enthousiaste qu’il n’y paraît mais avec un réel souci de maîtrise. La passion l’a animé et pas uniquement pour la peinture. Il a aimé la musique et fut l’ami d’Erik Satie. C’était par ailleurs un passionné de voitures de sport . Il a même voulu courir les 24 Heures du Mans !

Timide et distant ?

L’écriture est simple, sobre, avec un bon équilibre entre l’élan vers autrui et la réserve. Il n’y a pas d’exagération ni  d’artifice. Cela veut dire que Georges Braque n’était pas un mondain, même s’il gravitait dans un milieu artistique parfois élitiste. L’écriture nous dit surtout qu’il aimait la simplicité et qu’il ne cherchait pas à se mettre en avant. Une personnalité modeste en somme.

BRAQUE Dédicace 1952La dédicace à Blaise et Raymone Cendrars, écrite à 70 ans, est  tracée avec  plus de rondeur et des arrêts au milieu des lettres (le « u », les « m »).  L’affectif est bien présent et rayonnant. Et malgré la lenteur, on voit un dynamisme fabuleux dans les traits qui sortent de la palette. A cette période la personnalité à donné plus de place à l’expression du sentiment et aux transports irrésistibles de la créativité. « Je n’ai plus besoin de soleil, je porte ma lumière en moi » dit-il un jour à  l’écrivain Pauhlan.

BRAQUE le port de La CiotatLe Port de La Ciotat (1906)

 Sylvie Chermet-Carroy

http://chermetcarroy.free.fr/