Voltaire l’impertinent

voltaire portraitOn a retrouvé le manuscrit de « Candide » que l’on croyait perdu et, aujourd’hui, il est disponible en fac-similé (aux Editions des Saints Pères). Ce conte philosophique de Voltaire condense à lui seul les questions de la tolérance, du pouvoir, de la liberté de pensée.
François Marie Arouet dit Voltaire (1694-1778), tour à tour, homme de théâtre, pamphlétaire, philosophe, historien, acclamé aujourd’hui pour son indépendance de pensée a vu certaines de ses œuvres condamnées et même brulées. Ainsi, « Candide » avait-il été publié dans l’anonymat par crainte de la censure. Ironique et audacieux, Voltaire a même été emprisonné à la Bastille. Il a prôné la liberté, s’est élevé contre l’esclavage, l’autoritarisme, la torture. Il a connu le succès, la disgrâce, l’exil et sa reconnaissance à l’Académie Française.

Que nous dit son écriture?
VOLTAIRE LettreIl s’agit d’un extrait de son intervention auprès du Comte de Saint-Florentin sur l’affaire Calas. En prenant parti, Voltaire met en cause le pouvoir, les mécanismes de la justice qui s’appuyait en grande partie sur les ouï-dire et des présomptions.
« Il s’agissait, dans cette étrange affaire, de religion, de suicide, de parricide; il s’agissait de savoir si un père et une mère avaient étranglé leur fils pour plaire à Dieu, si un frère avait étranglé son frère, si un ami avait étranglé son ami, et si les juges avaient à se reprocher d’avoir fait mourir sur la roue un père innocent, ou d’avoir épargné une mère, un frère, un ami coupables. » (Voltaire).

Finesse et impétuosité dominent dans le graphisme tour à tour subtil et énergique. L’implication et l’élan vers l’avenir (mouvement de l’écriture vers la droite) signalent un être concerné par le futur.
L’écriture révèle aussi un personnage fort attaché à ses intérêts personnels. En témoignent tous les crochets et mouvements d’accaparement (les retours et courbes vers la gauche). Voltaire était près de ses sous, réputé pour être âpre au gain et coriace en affaires. La liaison des lettres met en relief une ténacité hors pair, mais réfléchie.
Des pointes agressives dans la zone supérieure (comme le « d » de « profond » ligne 4) signale un combat intellectuel avec des arguments bien aiguisés.
Les formes anguleuses comme dans le « m » de « humble » (avant dernière ligne) révèlent un sens critique remarquable et une dureté sans conteste. Ajoutez à cela des lignes plongeantes et écrasées fortement comme dans « daignez protéger » ligne 1, cela modifie un peu le portrait parfois dithyrambique que l’on fait de Voltaire. Car cette forme graphique évoque les colères et une virulence avec éventuellement « des coups bas ». On n’est pas là pour juger! Simplement le portrait comme pour tout être humain possède toute sa complexité.

Voltaire n’a pas mis sa virulence uniquement au service des idées de justice. Il a « descendu en flammes » ceux qui ne pensaient pas comme lui et ruiné la carrière de certains (notamment quand on lui faisait de l’ombre).
La Beaumelle fut l’un d’eux. Ecrivain beaucoup plus jeune que lui, au talent prometteur, il fut emprisonné « grâce » aux relations de Voltaire.
On n’est pas obligé d’aimer Jean-Jacques Rousseau mais après quelques démêlés avec lui, Voltaire le traitait publiquement de « ce Chiant-Pot-La perruque ».
N’empêche que son esprit contestataire et audacieux a fait bouger les mentalités. C’est à resituer dans un contexte historique.

Le lapsus de Voltaire
Penchez-vous sur la formule de politesse en bas de la lettre: « votre très humble très obéissan et très obligé Serviteur« . Maintenant, on pose le regard sur « très obéissan ». Cherchez un peu! Bon, ce n’est pas pour que vous observiez l’orthographe! A l’époque, les règles n’étaient pas encore fixées. Alors?
Eh bien voilà: je ne peux pas m’empêcher de voir que « très obéissan » est écrit nettement plus petit que le texte. Ce mot lui pose un problème. Alors « obéissant » Voltaire? Ça m’étonnerait. Cela nous rappelle que c’est la formule obligatoire à l’époque mais en fait, si Voltaire pouvait s’en passer…

Révolté, contestataire, homme de lettres et d’action, Voltaire a marqué son époque et exposé des questions toujours d’actualité. Son écriture le révèle sincère dans ses combats, paradoxal dans ses attitudes, virulent et sans pitié pour défendre son intérêt personnel, futuriste pour asseoir des principes de liberté et de justice avec une ténacité sans faille.

Sylvie Chermet-Carroy
Graphologue

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