Hector BERLIOZ au Panthéon

Considéré  comme le plus grand musicien romantique français, décrié de son vivant,  Hector Berlioz (1803-1869) compositeur, critique musical et écrivain est resté incompris dans son propre pays. Pour Debussy, il était « le musicien préféré de ceux qui ne connaissent pas très bien la musique » ! Auteur de « la Symphonie fantastique » « Harold en Italie » « la Damnation de Faust », inspiré par Goethe, il est aujourd’hui considéré comme un précurseur de l’orchestre moderne. Après un parcours difficile, il s’éteint dans le dénuement moral et matériel, seul et ruiné.

Regardons ensemble le parcours de cet homme à travers les fluctuations de son écriture à travers différentes étapes de sa vie.

Écriture d’Hector Berlioz à 15 ans

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Ce qui est frappant sur le plan graphologique, c’est avant toute chose, une maturité exceptionnelle.  Ici ressortent déjà toutes les qualités, les tendances de l’adulte ce qui n’est pas une anomalie en soi car la personnalité est toujours déjà bien établie à cet âge et parfois avant. Mais l’organisation spatiale du texte (les espaces entre les mots), la tenue de la ligne, la personnalisation du graphisme sont autant d’éléments surprenants et rares dans l’écriture d’un adolescent de cet âge. Nous sommes loin d’une écriture scolaire !

 C’est  une exception remarquable, les prémices du génie ou d’un comportement hors normes mais structuré. Aujourd’hui, on dirait peut-être «  Hector est un surdoué !» sauf qu’on peut être surdoué sans avoir totalement atteint une maturité affective. Dans l’écriture d’Hector Berlioz, seule la signature est un peu maladroite, hésitante. Elle comporte des relâchements, une sorte de mollesse entre le H et le « e ». Or, les majuscules représentent inconsciemment le « moi social » qui bien sûr n’est  pas encore accompli à cet âge. Notons qu’Hector est tracé plus gros que Berlioz. Le prénom c’est ce qui symboliquement nous rattache à l’enfance bien davantage que le nom de famille qui s’adresse au monde l’extérieur.

Écriture d’Hector Berlioz à 35 ans

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La composante intellectuelle domine dans les combinaisons de lettres personnalisées. L’agitation dans la zone supérieure de l’écriture (les « t », les « d »), les volutes, les écrasements de plumes, sont autant la marque d’une créativité intellectuelle que d’une angoisse profonde. Dans ses « Mémoires » Hector Berlioz nous raconte qu’en écrivant « La Symphonie fantastique », l’adagio (scène aux champs) l’a complètement épuisé pendant des semaines alors que pour écrire « la marche au supplice », pas de problème, c’est venu tout seul, composé en une nuit !

Les formes pointues voire effilées comme des lames nous rappellent que son sens critique était parfaitement aiguisé et toujours disponible pour lancer des réparties sans douceur. Les élans vers autrui (le mouvement vers la droite) est soit arrêté dans son élan, soit catégorique (« tel » ligne 5), soit carrément agressif (mouvements « nord-est » des « e » dans les « je » du dernier paragraphe).

On en conclut que la sociabilité n’était pas son fort et qu’un côté hautain et vindicatif était sa réponse systématique aux autres et aux évènements.

« La musique adoucit les mœurs » ?

Il paraît ? Ça dépend ! D’après Berlioz elle concerne les hommes intelligents  et « elle n’est pas faite pour tout le monde ». Elle peut même susciter des réactions négatives chez les hypersensibles, dit-il. Comme c’est quelqu’un de rigoureux, il donne des exemples dont « le roi de Danemark, Eric, que certains chants rendaient furieux au point de tuer ses domestiques ».

Les envolées de plume, les grossissements soudains (« suffrage » ligne 4, le « s » de « paroles » dernier paragraphe) expriment l’emballement inconsidéré, l’exagération, la démesure, l’orgueil,  un imaginaire décuplé qui retombe ensuite (mots recroquevillés et petits) avec repli sur soi et réflexion pour repartir de plus belle sur un mode intransigeant. C’est peut-être cela qui lui a permis de tenir bon et d’aller de l’avant coûte que coûte. De nombreuses épreuves affectives l’ont profondément marqué. Hector Berlioz a eut du succès à l’étranger mais son attirance pour le grandiose l’a littéralement ruiné. Notamment en voulant produire un opéra (130 musiciens) qui lui a coûté une immense fortune.

Écriture d’Hector Berlioz 3 ans avant sa mort

Berlioz 1866005

Le trait a changé. Il est devenu léger, presque grêle par endroit, à l’image d’une vitalité qui s’amoindrit.

Comparée à d’autres documents au cours de sa vie, on note la même qualité intellectuelle, la créativité vivace, une sécheresse qui s’est cependant un peu adoucie (les « m » et les « n » sont pour la plupart légèrement arrondis). Les finales qui étaient agressives sont parfois recourbées « sœur » ligne 1, ce qui signale que l’agressivité s’est atténuée, transformée en désir d’accaparer, d’amener les autres à soi. On a quand même quelques sursauts cinglants (« elle » au milieu du texte, 3 lignes avant la fin). On ne change pas comme ça lorsqu’on a une forte personnalité ! Les qualités sont restées intactes.

Hector Berlioz qui a été tant décrié est proposé aujourd’hui pour figurer au Panthéon. Sa force intérieure, son énergie fulgurante et sa capacité à dépasser les contingences ordinaires en font un grand musicien pour tous les temps.

Sylvie Chermet-Carroy

Consultations, cours, analyse d’écritures et de dessin (adulte et enfant)

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Vidocq, un escroc célèbre

Vidocq portrait

Eugène-François Vidocq, fils de petits bourgeois, né en 1775 a commencé sa carrière de bonne heure. A treize ans il vole ses parents (des couverts en argent) et son père l’envoie en redressement, histoire de lui apprendre l’honnêteté. La leçon n’a pas marché ! Un peu plus tard, il leur vole toutes leurs économies. Il fait plusieurs fois de la prison, s’évade à de multiples reprises, fait quelques années de bagne pour avoir réalisé un faux en écriture d’un document administratif et au final : il propose ses service à la police.

Indicateur efficace, il a été chef de la police de sûreté à Paris et se vante d’avoir arrêté plus de vingt mille voyous. Sauf que les voyous en question révèlent que Vidocq a spécialement fomenté les « coups » lui-même pour pouvoir arrêter ces voleurs et en récolter tous les honneurs! Un vrai héros! Il a même écrit ses mémoires et donné de l’inspiration à Balzac, Victor Hugo, des séries télévisées, des films dont celui de décembre 2018. Quand on pense que certains font plein d’efforts pour être célèbre, eh bien pour Vidocq cela a été plus simple!

J’ai même mis sa signature dans mon ouvrage « La Signature ou l’intimité dévoilée ». Alors dévoilons Vidocq avec sa signature.

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En graphologie, la ligne sur laquelle on écrit représente la vie dans laquelle on prend place. Sous la ligne, c’est le plan symbolique des instincts, du secret, de la matière. Dans cette signature à deux niveaux, on remarque la partie visible, le nom et en dessous, le domaine caché qui occupe une place beaucoup plus importante. Avant de louer ses services à la police parisienne Vidocq a bourlingué dans des trafics de toutes sortes. La signature plus développée dans la zone souterraine nous indique bien où va sa préférence, certainement pas dans la clarté mais plutôt dans les jeux occultes de pouvoir et d’influence.

La signature est descendante ce qui signale soit le découragement, soit la dépression ou l’acharnement:

Le découragement?  Ici n’y pensons pas! La pression du trait est puissante jusqu’au bout, à l’image de quelqu’un qui ne lâche rien.

 La dépression? Pas le cas non plus avec ce superbe panache dans le « V » et la finale en aiguillon acéré dans le dessin du dessous. Dans un langage familier, on dira qu’il sait « rebondir ».  D’ailleurs il a même inventé un papier infalsifiable, lui qui avait été arrêté pour falsification de document! Et de surcroit il a cherché à faire fortune en créant des serrures incrochetables!

 L’acharnement? pour sûr! L’énergie de la pression est même plus forte à la fin qu’au début (voir l’épaisseur de la lettre « q »). Autrement dit plus il avance, plus il insiste sans jamais rien lâcher.

Tiens, au fait! Je me pose une question sur la petite dame qu’il a cherché à embaucher et dont il décrit toutes les qualités requises dans cette lettre. Retraité de la police, il veut la « perle rare » à qui il promet plein de choses et même un habit de deuil si elle reste auprès de lui jusqu’à sa mort. Il veut qu’elle soit attentive, propre, sage… Ah! Il a oublié de préciser si elle doit être…Honnête.

Et lui, est-ce qu’il aura envie de lui payer ses gages?

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Dans cette lettre, où le tonus est encore bien présent ainsi que l’autorité (barres de « t » couvrantes et écrasements de plume), on note que les lettres « p » et « s » qui sont en relation symbolique avec l’argent sont alourdies de coquilles et de fermetures comme des petits sacs (« p » de « Plus une  chambre » ligne 2, le « p » de « Pardonnez » dernier paragraphe) donc son argent est bien gardé. Pas sûr qu’il ait tellement envie de lâcher ses sous… Les lettres « s » sont aussi magnifiées et alourdies de crochets qui signalent de l’avidité (« s » de « somme » ligne 3, « semble » ligne 5).

Vidocq termine sa lettre « Pardonnez moi de vous déranger, L’évangile dit frappez on vous ouvrira, demandez on vous donnera ». Ça alors! Il nous étonne Monsieur Vidocq! Aurait-il fait amende honorable? Voyons, regardons la signature. Ah, avec toutes les belles boucles qui entortillent la vérité, nous avons la réponse!

Sylvie Chermet-Carroy

Graphologue, consultations, cours.

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  • Auteur de « La signature ou l’intimité dévoilée » Guy Trédaniel Editeur
  • « Interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture ». Editions Exergue
  • « Ce que révèlent vos gribouillis ». Courrier du Livre
  • « Comprenez votre enfant par ses dessins » Editions Sand

Record Mondial pour Van Gogh

Hors compétition , Van Gogh récolte tous les suffrages, lui qui n’a pratiquement jamais vendu ses toiles. Celles-ci inaugurent aujourd’hui des endroits prestigieux, le Louvre Abou Dhabi avec l’impact international que cela représente. Un autoportrait de l’artiste y figure, prêté par le Musée d’Orsay.

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Les tableaux de Van Gogh  font exploser les enchères: du « jamais vu » pour une toile de jeunesse vendue récemment 7 millions d’Euros! Les « Raccommodeuses de filets » alors qu’il ne peignait que depuis deux ans.

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Raccommodeuses de filets

Ces tableaux inspirent le Land Art avec Stan Herd qui a reproduit une toile de Van Gogh sur … devinez un peu:  5000 m2 de terrain! Vrai de vrai, ce n’est pas un gag. Il a quand même fallu 6 ans à l’artiste Stan HERD (pas tout jeune, 67 ans) pour défricher, désherber et planter afin reproduire le tableau en plein champ. Cette création a été sponsorisée par le Minneapolis Institute of Art. Du coup, Van Gogh est vu du ciel.

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Le tableau en plein champ  de 5000 m²

 

Analyse de l’écriture de Van Gogh

Personnalité au destin étonnant, Van Gogh avec toute sa sensibilité exprimait ses émotions dans de longues lettres adressées à son frère. Penchons-nous sur son écriture.

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Extrait de : » Interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture » Éditions EXERGUE

Facile et difficile à lire, au rythme parfois régulier, parfois désordonné. Certains mots sont très appuyés, d’autres à peine visibles ou minuscules. Ceci est à l’image du moi, qui cherche à s’affirmer et qui se confond dans une perte d’identité.

 Certaines finales de mots sont fortes et traduisent la brusquerie (à la fin des trois premières lignes par exemple avec les prolongements des lettres « n », « e » ligne 2, « au » ligne 3). Les émotions sortent brutalement, soumises à l’impulsivité. Puis cela peut être tout l’inverse avec des formes entrecoupées, des lettres brisées sans continuité (lignes 9 et 10) ce qui signifie l’arrêt, l’inhibition, le doute. Ces changements brusques sont à l’image des réactions exacerbées et instables.

La sensorialité est épidermique, visible dans les écrasements de plume (comme dans la lettre « q » ligne 2). Il existe une quête de spiritualité signalée par les « a » et les « o » ouverts vers le haut. Les « b » comme des antennes et très appuyés (dans « bien » et « bas » ligne 6 et 7) évoquent une réceptivité au monde spirituel. Cela nous rappelle que Van Gogh a vécu un appel spirituel intense, au point de devenir prédicateur à un moment de sa vie. Les « h » morcelés comme dans « Gachet » ligne 1 ou parfois gonflés traduisent une sociabilité capricieuse où alternent l’orgueil et la négation de lui-même. Ceci est l’écriture d’un être qui se débat dans une angoisse existentielle voire dans une quête d’identité.

Rappelons que tous les dimanches dans son enfance, Vincent Van Gogh devait accompagner son père et méditer devant la tombe de … Vincent Van Gogh, le frère  mort avant sa propre naissance qui portait le même prénom.

Aujourd’hui cette quête, l’énergie puissante, la force vie qui se sont exprimées dans la création de Van Gogh, n’habitent pas uniquement ses toiles mais animent un courant universel et ses œuvres continuent à inspirer le monde.

Sylvie Chermet-Carroy

Graphologue

Cours et consultations

Auteure de :

  • La graphologie, caractère, personnalité, comportement – Guy Trédaniel Éditeur
  • Ce que révèlent vos gribouillis – Éditions Le courrier du livre
  • Interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture – Éditions EXERGUE

Trump – Kim Jong Un : signatures

L’écriture de chacun est unique et révélatrice d’une personnalité, elle répond à des critères d’apprentissage. Puis très vite, au cours de l’enfance et de l’adolescence, elle se personnalise. Tant mieux pour le graphologue! C’est à travers cette personnalisation qu’il peut déceler tous les registres de la personnalité.

Quant à la signature, celle-ci est encore plus caractéristique car elle est libre. On signe comme on le veut. Un trait, une forme, un dessin! Et voilà donc un condensé du tempérament qui révèle une identité.

Après une interview pour BFMTV, je vous invite à parcourir l’article de cette revue en ligne avec les deux signatures face à face: Donald Trump et Kim Jong Un.

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Bonne lecture.

Sylvie Chermet-Carroy

Graphologue, consultations, cours.

Auteure de : la signature ou l’intimité dévoilée. Guy Trédaniel Editeur.

La punition du robot

Voici la demande étrange que me fit récemment un artiste numérique, Filipe Vilas-Boas. « J’ai une page d’écriture faite par un robot ». Je souhaite qu’on l’analyse. Ah! Surprise, c’est bien la première fois qu’une telle demande aboutit dans mon bureau!

Le bras du robot a écrit dix lignes avec une écriture qui se veut manuscrite, une punition paraît-il « je ne dois pas faire de mal aux humains ».

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punition écrite par le robot

Ce qui frappe immédiatement dans cette écriture, c’est une régularité anormale du graphisme. Les lettres sont reproduites à l’identique par exemple les « h », les « m » dont la première arcade est toujours plus petite y compris son inclinaison. Les lettres semblent décalquées ce qui est infaisable lorsqu’on écrit. Même en s’appliquant on aurait du mal.

Et ce qui est surtout anormal dans cette écriture c’est l’absence de rythme. Celui-ci est propre à l’humain et produit des irrégularités même minimes au sein des mots et à l’intérieur de ceux-ci également. C’est pour cette raison que pour une étude graphologique je demande toujours un texte « libre » et non un texte recopié. Ce dernier oblige à faire des interruptions avec des mouvements qui altèrent la fluidité de l’écriture (qu’est-ce qu’on ne va pas chercher quand on est graphologue!).

Un autre point qui signale que l’écriture est artificielle, c’est l’alignement des mots, l’espace entre les mots dont la régularité gomme l’éventualité d’une respiration ou du moindre mouvement de l’être humain. Or c’est ce rythme intérieur très personnel qui fait qu’une écriture est unique. C’est ce que décèle le graphologue, au-delà des formes d’écritures. Ici, il n’y a pas de souffle, pas d’âme. Il paraît que le robot est gentil quand même.

Sylvie Chermet-Carroy

Graphologue, cours et consultations

Vidéo du robot puni fournie par Filipe Vilas-Boas, artiste numérique.

Google et les hiéroglyphes

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Google et l’entreprise Ubisoft ont pour projet de créer un traducteur des hiéroglyphes Egyptiens. Les créateurs sont persuadés de pouvoir automatiser la lecture de ces dessins mystérieux qui gardent une part de leur secret depuis des millénaires. C’est Champollion qui serait content! Lui qui a ouvert ce champ de découverte fabuleuse il y a 200 ans. Super! On va pouvoir lire les pyramides comme on lit le journal! Je pourrai m’exercer place de la Concorde grâce à l’obélisque. Enfin, nous n’en sommes pas vraiment encore là!

Rappelons juste que les hiéroglyphes se comptent par milliers et qu’ils peuvent se lire dans tous les sens (horizontalement, verticalement) et qu’en plus de cela le sens dépend du contexte. Mais l’intelligence artificielle accomplit des prouesses qui  mènent si loin… Ah j’allais oublier: Hiero-glyphe veut dire langue sacrée.

Ceci  est au coeur de la méthode de graphologie que j’utilise créée par M de Surany : la symbolique des lettres basée sur la signification des hiéroglyphes égyptiens avec ces trois plans: concret, psychologique et spirituel. Chaque lettre que nous traçons a pour origine un hiéroglyphe égyptien et révèle un aspect de l’être dans toute sa richesse, du plus concret au plus subtil.

Ainsi ce que l’on considère comme l’alphabet hiéroglyphique (environ une vingtaine de hiéroglyphes qui sont à l’origine de notre alphabet.) comportait une dimension concrète et une dimension spirituelle. Ces hiéroglyphes expriment l’origine du monde et son corollaire au sein de l’être humain. Il y a donc une signification qui concerne le cosmos et l’être humain dans sa façon d’être, sa psychologie, et ses actes.

Parmi toutes les lettres, je choisis volontiers la lettre « e », pas tout à fait au hasard!

E

Le hiéroglyphe égyptien, à l’origine de notre « e » latin, représente un lien, une corde tressée en trois boucles. Cela fait allusion à la conception ternaire de l’homme (le corps, l’âme, l’esprit) avec un courant continuel de descente de l’esprit vers la matière et de remontée vers le plan spirituel. Les chaînons représentent le mouvement incessant de la double circulation de l’énergie. D’un côté l’aspect involutif met en contact avec le domaine des sensations et des impressions, de l’autre, le courant évolutif opère une transformation de l’émotion au contact de la raison ou de l’esprit. Cette lettre représente l’âme et la vie. Le tracé de la lettre « e » nous renseigne sur le vécu émotionnel, les états d’âme, l’espoir que l’on met dans la vie.

Je vous propose de découvrir cet élan dans la signature d’Eugène Ionesco puis dans la celle du photographe J.H Lartigue.

Ionesco

On remarque dans la signature du dramaturge, l’ampleur de l’accent sur le « e » de Eugène, qui sert à tracer le « i » de Ionesco. Le « e » c’est l’âme, la vie. Le « i » c’est la création et l’affirmation de soi. La traduction directe de cette particularité: l’auteur est animé d’un souffle vital « e » qui alimente sa création « i ». Etre et créer, voilà bien ce qui a préoccupé l’écrivain. Malgré les thèmes défaitistes, la présence de l’absurde, l’ironie du néant, l’écriture d’Eugène Ionesco avec des « e » bien déliés montre son attachement à la vie. Cependant, le mouvement tombant de « le » à la troisième ligne ou celui de « bavardage » qui sombre sous le point final, sont le reflet d’une lutte intérieure entre le désespoir et la joie de vivre.

Lartigue

Écriture de Jacques Henri  LARTIGUE 

L’ardeur et la clarté animent le graphisme du photographe J.H Lartigue. Cette signature a été tracée à un âge avancé de son existence. Le mouvement ascendant montre l’espoir et l’enthousiasme, confirmés par la lettre « e » qui représente l’âme, la vie, qui lui sert à tracer justement… un soleil! Cette signature nous dit que la lumière est ici rayonnement personnel et un certain regard sur la vie. Elle émane de l’âme et montre une lumière qui irradie de l’intérieur (par la lettre « e ») et qui se transpose dans la relation aux autres (le soleil à droite). Cela n’exclut pas une haute opinion de soi, car ce graphisme attire l’œil et se singularise par un symbole sans égal.

Les hiéroglyphes égyptiens décidément, nous emmènent fort loin! Pour changer d’ambiance, je vous invite à parcourir mon article « la mort, un accouchement à l’envers » (février 2014) dans lequel vous découvrirez le symbolisme de la lettre « m » et son interprétation dans l’écriture de Saint-Exupéry et Eric Satie.

Mais direz-vous, comment se fait-il qu’au siècle d’aujourd’hui ces symboles nous habitent avec autant de puissance? Je vous poserais bien une autre question: comment se fait-il que dans la thérapie de rêve éveillé, à un moment donné le patient décrive dans le moindre détail et avec toute sa signification …. certains hiéroglyphes égyptiens, alors qu’il n’a jamais mis les pieds en Egypte, qu’il n’y connaît rien et qu’il n’est pas historien non plus? Les pistes de recherche sont multiples et dépassent le cadre de ce billet. On peut chercher du côté de l’inconscient collectif avec les travaux de CG Jung mais pas seulement, d’autant plus que l’accès aux grands symboles dépasse clairement le conditionnement culturel d’une personne, d’un pays et ouvre le passage d’une civilisation à une autre.

 

Sylvie Chermet-Carroy

Graphologue, cours et consultations.

Auteur de :

  • « Interpréter les chiffres et les lettres dans l’écriture » Editions Exergue
  • « La signature ou l’intimité dévoilée » Edition Guy Tredaniel
  • « La graphologie, caractère, personnalité » Edition Guy Tredaniel.
  • « Ce que révèlent vos gribouillis » Edition « Le courrier du Livre »

A lire: « les pharaons survivent en nous » Georges Romey

Nadja est entrée à la Bibliothèque Nationale avec Breton.

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André Breton est né en 1896 dans une famille modeste. Etudiant en médecine il fut mobilisé lors de la première guerre mondiale, en 1916 et affecté en tant qu’infirmier dans un service neurologique. Là, il découvre les pathologies mentales. Fasciné par ce domaine, il refuse d’y voir un simple dérangement de l’esprit mais au contraire, il y décèle un puits de créativité.

Considéré comme le chef de file du surréalisme, André Breton se lie avec Aragon, Soupault, Desnos, Apollinaire. Le « manifeste du surréalisme » est publié en 1924. André Breton participe au mouvement Dada. Fasciné par les mécanismes de la pensée, il explore les états hypnotiques. Il découvre « l’écriture automatique » et s’élève contre le conformisme et les préjugés.

Le courant surréaliste a pris une ampleur internationale avec des déclinaisons dans toute forme artistique et peut être aussi considéré comme un mode de vie.

Au cours de la deuxième guerre mondiale, sous le gouvernement de Vichy, on dénonce André Breton comme « un anarchiste dangereux »! Il est mis en prison préventivement. Libéré, il se réfugie aux USA. De retour à Paris en 1946, André Breton intervient contre le colonialisme français et défend en même temps le droit à « l’objection de conscience ».

Et Nadja dans tout cela? Une femme mystérieuse dont la relation avec André Breton a inspiré le roman du même nom, en partie autobiographique. Il s’agit d’une jeune femme que la misère à conduit à la prostitution. André Breton garde ses écrits, ses dessins, la pousse également dans ses retranchements en analysant sa pensée. Il la considère comme « un génie libre ». Nadja perd la raison et est internée en hôpital  psychiatrique.

« Nadja » une des œuvres majeures du poète et écrivain André Breton se trouve à la Bibliothèque Nationale de Paris.  Le manuscrit complet! Tout un ensemble de feuillets écrits à la main sur des pages de cahier d’écolier.

La ligne rouge est franchie

André BRETON NadjaManuscrit « Nadja »

Ce qui m’a intéressée au premier regard c’est l’écrit d’un théoricien de la pensée, sur des cahiers d’écolier. André Breton ne cherchait rien de formel, dans aucun domaine. Par ailleurs lorsqu’on écrit sur des pages quadrillées (à l’inverse de la page blanche), cela aide inconsciemment à fixer l’attention, voire la mémoire. On a tout de même l’homme adulte et intellectuel, qui se livre dans un cahier qui symbolise l’enfance. Choix volontaire ou accidentel? En tout cas, ce qui est certain, c’est que sur toutes les pages, André Breton a franchi la ligne rouge. En effet, la marge de gauche tracée en rouge est transgressée.

Les couleurs ont un symbolisme. Elles sont liées à l’émotionnel, à l’énergie. Elles révèlent des tendances. Ici, le rouge qui symbolise entre autres l’autorité, nous intéresse particulièrement. Le rouge est souvent associé à l’interdit (au feu rouge on doit s’arrêter). La marge tracée par un trait rouge dans le cahier d’écolier signale à l’élève qu’il ne doit pas écrire dans cette zone de gauche qui est réservée à l’autorité du maître. D’ailleurs les maîtres notent leurs corrections en…rouge.

En franchissant allègrement et systématiquement la ligne rouge, André Breton nous dit « l’autorité,  on la transgresser quand on le décide ».

André Breton  remet en cause le formalisme, les règles établies. Ce tracé inconscient révèle le choix délibéré de « piétiner » l’autorité. En tout cas de ne pas la subir.

Autre point significatif: le contraste entre des mouvements très appuyés, comme de gros tirets épais (page de gauche), la marque d’un geste rageur et autoritaire, et par ailleurs, la délicatesse d’un tracé constant, presque appliqué avec un trait nuancé (dans la plupart des pages). Personnalité double, qui connaît la finesse, la maîtrise de soi et l’inverse, le domaine des pulsions. Celles-ci s’expriment donc par à-coup, au moment où on ne s’y attend pas. Douceur et rébellion, voilà où nous en sommes à ce stade de l’observation! D’ailleurs André Breton, qui prônait la liberté disait : « En matière de révolte, aucun de nous ne doit avoir besoin d’ancêtres. »

Comprendre et se faire comprendre

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Dans le petit mot à Philippe Soupault, on remarque un trait étrange en début de texte. André Breton trace un tiret avant d’écrire « – est-ce que… » Le tiret est une mise à distance, une attaque symbolique. Malgré l’ouverture et la souplesse de l’ensemble du graphisme, il ressort qu’André Breton traduit ici la crainte de ne pas être entendu ou d’être contesté. En même temps, il ne met pas de majuscule à son début de phrase (la majuscule symbolise le conformisme, l’attitude conventionnelle courante). Cela signale qu’il ne veut pas s’embarrasser de conventions. Normal! Le surréalisme est ouvert à toute liberté. Cela nous dit qu’André Breton était en accord, au fond de sa personnalité, avec le mouvement et la philosophie qu’il a prônés.

Autre remarque: les phrases sont nettement plus appuyées vers la droite que dans la partie gauche du texte. Il y a donc  une insistance, une façon d’accroitre son affirmation au fur et à mesure qu’il avance. Les petites formes massuées (épaissies) en fin de mots à droite confirment une façon peut-être parfois un peu brutale de s’affirmer ou de s’imposer.

Plus profondément la forme tracée en chiffre 8 dans le A de la signature dévoile une souffrance problématique liée à la vie affective. La lettre « a » qui est liée à l’élan vital et à l’amour (voir mon livre) est un peu malmené ici et se transforme en jambage (un grand mouvement vers le bas) qui n’a rien à voir avec le tracé d’un A. Le bas, c’est la matière et la sexualité. La vie affective semble scindée entre l’intellect (le haut tracé comme une envolée) et le bas alourdi dans un dessin clos (dans le 8 on tourne en rond à l’infini). On a donc une forte dualité entre l’amour idéalisé et la passion sexuelle. Une clé, peut-être, pour tenter d’éclairer autant que faire ce peut, l’histoire liée à Nadja qui gardera toujours une immense part de beauté et de mystère.

Sylvie Chermet-Carroy

Graphologue, cours et consultations

Auteure de « interpréter les lettres et les chiffres dans l’écriture » Editions Exergue

« La signature ou l’intimité dévoilée »  Trédaniel Editeur

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Les signatures

Signer est un acte simple aujourd’hui. C’est un geste qui authentifie notre accord. La signature a valeur juridique. C’est un engagement. C’est un acte courant. Pourtant le tracé de notre signature, procède d’un long cheminement au fil de l’histoire.

En France ce n’est qu’au 16ème siècle sous le règne d’Henry II qu’une ordonnance rend la signature obligatoire pour les actes privés. A cette époque, tout le monde ne savait pas écrire. Les illettrés traçaient une croix devant témoins ou pouvaient apposer un sceau ou un dessin parfois corporatif, par exemple un marteau pour un tailleur de pierre, un violon pour le musicien…

Rappelons qu’avant le 16ème siècle, l’identité se faisait par une caractéristique personnelle (lieu, métier, aspect physique) ajoutée au prénom par exemple Jean Sans Peur, Legros, Lefol, Tisserand. Certains noms (en fait des surnoms) désignaient l’étranger comme Lescot (l’écossais) ou Langlois (l’anglais). Parfois ces noms avaient pour origine  des jurons: Depardieu par exemple.

Les surnoms ont donc proliféré et le « nom » tel qu’on le conçoit aujourd’hui n’était pas héréditaire. L’hérédité du surnom remonte au 11ème siècle, et encore! Ce n’était pas systématique.

Quant à la période de la Révolution Française, on pouvait même changer de nom et de prénom comme on le souhaitait! Il était stipulé que « chaque citoyen a la faculté de se nommer comme il lui plaît, en se conformant aux modalités prescrites par la loi ». Cela n’a pas duré longtemps car cela faisait un peu désordre.

Comme quoi signer n’est sûrement pas anodin car c’est un long cheminement qui se situe aux confins de l’histoire et du droit. Lorsqu’on trace une signature, on libère un geste qui vient du plus profond de soi et qui est un engagement social. C’est l’union du personnel et du collectif.

Comment signait-on dans le passé?

Là encore c’est tout un parcours. Les rois Mérovingiens signaient avec des dessins pleins d’arabesques. Au-delà de l’aspect esthétique, les paraphes très étudiés en forme de ruche, comportaient une complexité incroyable, avec des formes cryptées, des rébus, des clefs, des treillis qui en principe devaient décourager les faussaires. Vous pensez bien que signer d’une croix, c’était facile à imiter! Il semble même que certains rois n’écrivant pas se contentaient de tracer un point au milieu du dessin. Signer a été un vrai rituel.

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Signature du roi mérovingien CHILPERIC II (roi de 715 -721)

Aujourd’hui la signature éminemment personnelle est unique. Elle révèle un tempérament, une personnalité. Je sens que je vais vous donner quelques exemples bientôt, dans un prochain billet.

Sylvie Chermet-Carroy

Graphologue. Cours et consultations.

Auteur de « La signature ou l’intimité dévoilée » Guy Trédaniel Editeur

Révisez votre anglais

Yesterday I discovered an article published some time ago! You may learn more (in french) reading my book « Ce que révèlent vos gribouillis ». Have a nice time and have a look at your doodles!

Doodling:

Why do I scribble when on the phone or in a meeting?

Lindsay POUI-DI

marie france ASIA 19 January 2015

 

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Checkerboards, a mini-wall of China, mandalas, clouds, arrows, arabesques, flowerets and other doodles tend to sneakily make their way onto any empty paper we might be holding. During a discussion, a lengthy meeting or a sudden phone call, we illustrate our pads, Post-its or corners of the pages of our austere reports with spontaneous scribbles. Once the conversation or the meeting ends, we hurry to crumple them – discreetly if possible.

Why do we scribble?

Scribbling at the office or during a phone call, particularly when we are sitting, is “a door opened to the unconscious”, according to graphologist, Sylvie Chermet-Carroy. She states, “A creative gesture, where we give freedom to our imagination, we scribble to stop worrying, facilitate the wait, but also to escape and be inspired.”

Should we be worried about scribbling?

Absolutely not. We hide or we tear our scribbles out of fear of being considered bored, but rather than betraying a lack of concentration, they indicate that we are concentrating or deepening our ideas.

No complex!

Even Victor Hugo scribbled and loved doing it, “It amuses me between two stanzas”. Essentially it is a secret language just for oneself.

Scribbling is useful…

Because it is also, “A way to release oneself from tension ».

Beethoven à la Philharmonie de Paris

Une exposition lui est consacrée.

Ludwig van Beethoven (1770-1827) né à Bonn dans une famille de musicien a connu une enfance difficile avec un père alcoolique et violent. Compositeur précoce, il a crée sa première œuvre connue à 12 ans. A 14 ans,  il gagnait déjà sa vie et contribuait à nourrir sa famille. Il a côtoyé de grands musiciens. Il fut l’élève de Haydn. Avant cela, en 1787, il joue devant Mozart qui dira en tout simplicité  » Ce jeune homme fera parler de lui ».

Personnage hors du commun Ludwig van Beethoven a franchi les barrières du classicisme. Il a ouvert le champ à des courants artistiques toujours renouvelés. Mondialement admiré et interprété, il est à la fois présent et intemporel.

 Un personnage toujours en évolution, c’est ce qui est particulièrement frappant dans son écriture tout au fil de sa vie. Penchons-nous sur trois documents pour tenter de comprendre l’homme qu’il a été.

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Ecriture à 17 ans

Ce qui est surprenant ici, c’est la maturité remarquable de l’écriture. Cela transparait dans  la tenue de ligne rigoureuse, une angulosité des formes, une ponctuation irréprochable, des finales aiguisées comme des flèches, autant d’éléments qui traduisent une détermination et une exigence peu communes à cet âge. On décèle également une attitude très critique face à la vie sur un fond de rigidité. Aucune influençabilité dans la mentalité du jeune homme mais au contraire la force et la volonté. Sans doute que la pénibilité de l’enfance a renforcé un caractère déjà bien trempé. Ce n’est pas sans angoisse car les noirceurs du graphisme trahissent une certaine morbidité.

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A 27 ans un autre homme

Le graphisme est totalement libéré, le mouvement n’est plus dans la contrainte. La rapidité de l’écriture s’associe à des formes parfois extravagantes. Les règles sont bousculées. Alors qu’à 17 ans apparaissait une mise en page rigoureuse (signe de respect des convenances), ici personne ne dicte de règles sauf Ludwig van Beethoven lui-même! En même temps cela renseigne sur un comportement peu sociable. Pour exemple, cela ne s’est pas très bien passé avec Haydn qui lui a déclaré « vous avez beaucoup de talent…vous aurez des pensées que personne n’a encore eues, vous ne sacrifierez jamais votre pensée à une règle tyrannique mais vous sacrifierez les règles à vos fantaisies… »

Ludwig Van Beethoven, n’avait pas la réputation d’être diplomate! Son écriture met l’accent sur la révolte face à la contrainte, le refus des limitations (les formes sont escamotées, amplifiées, majestueuses, originales) et la révolte contre le père symbolique. Farouchement indépendant, le terme est insuffisant pour traduire sa soif de vivre à la hauteur de sa philosophie. Un incident illustre cette réalité. En 1806 son mécène, le  prince Carl Lichnowsky, lors d’une réception dans son château l’avait menacé de le mettre aux arrêts s’il refusait obstinément de jouer du piano pour des officiers français. Beethoven quitta les lieux avant d’envoyer le billet suivant: « Prince, ce que vous êtes, vous l’êtes par le hasard de la naissance. Ce que je suis, je le suis devenu par moi-même. Des princes, il y en a et il y en aura encore des milliers. Il n’y a qu’un Beethoven. » Après cet éclat, on s’en doute, le prince a supprimé la pension qu’il donnait au compositeur.

La taille de l’écriture, les gonflements soudains, les envolées suivies d’effondrements, avec des formes évanescentes sont à la hauteur d’un personnage tout en contrastes, tour à tour excédé ou nuancé, enthousiaste ou révolté.  L’ego prend toute la place mais l’imaginaire également sur un fond d’hypersensibilité à vif. Rappelons qu’à cette époque est apparu le début de la surdité, rien de pire pour un musicien. Les formes élancées, la continuité du trait (pas de coupure dans les mots) et cette association de la souplesse et de formes incisives mettent en évidence une personnalité qui face aux crises de la vie, peut occasionner sa propre renaissance. « Je veux saisir le destin à la gorge » dira-t-il plus tard.

L’amour malmené

L’écriture témoigne d’une extraordinaire sensibilité, d’une puissance portée à franchir tous les obstacles. Toutefois, la zone médiane de l’écriture qui témoigne du vécu affectif est particulièrement instable avec des formes changeantes et escamotées. Les gonflements soudains sont à l’image de l’emballement, le trait filiforme à l’inverse signale une fuite en avant. Désir et peur de l’amour. Fantasmes, exaltation des sentiments et impossibilité à s’investir pleinement dans la relation, telle est la conclusion révélée par l’écriture. L’amour peut être vécu dans le rêve impossible, dans un idéal, mais vraisemblablement pas dans le quotidien. Ce n’est pas la marque de l’insensibilité, au contraire! En témoigne l’extrême souffrance qui transparait dans l’écriture plus tardive, juste après avoir appris la tentative de suicide de son neveu.

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Dans ce document la noirceur et la rigidité, l’écriture étrécie sont autant d’indicateur d’angoisse, de repli sur soi et de désespoir, voire de culpabilité. Toutes les situations de sa vie ont touché Ludwig Von Beethoven au plus profond de lui-même.

Tout est extrême dans son écriture et dans sa personnalité. Dans sa formulation, Haydn lui avait formulé: « vous me faites l’impression d’un homme qui a plusieurs têtes, plusieurs cœurs, plusieurs âmes ». N’est-ce pas le propre de l’homme de génie?

Ludwig van Beethoven a bien gardé ses secrets dans le domaine de l’amour. Il est décédé lorsque sa santé s’est délabrée avec entre autres une intoxication sévère due au plomb. Il était grand amateur de vin qu’il savourait dans une coupe de cristal de plomb et il ajoutait paraît-il du sel de plomb pour le sucrer…

L’histoire en a fait un personnage particulièrement bourru mais dans son testament d’Heiligenstadt (1802), il nous livre (ce qui pourrait être son épitaphe).

 « Ô vous, hommes qui pensez que je suis un être haineux, obstiné, misanthrope, ou qui me faites passer pour tel, comme vous êtes injustes ! Vous ignorez la raison secrète de ce qui vous paraît ainsi. […]Songez que depuis six ans je suis frappé d’un mal terrible, que des médecins incompétents ont aggravé. D’année en année, déçu par l’espoir d’une amélioration, […] j’ai dû m’isoler de bonne heure, vivre en solitaire, loin du monde. […] Si jamais vous lisez ceci un jour, alors pensez … que le malheureux se console en trouvant quelqu’un qui lui ressemble et qui, malgré tous les obstacles de la Nature, a tout fait cependant pour être admis au rang des artistes et des hommes de valeur. »

Sylvie Chermet-Carroy

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